Pourquoi Pfizer et BioNTech ont différé leurs livraisons de vaccin en Europe

140 000 doses du vaccin Pfizer/BioNTech de moins en France cette semaine, 165 000 doses de moins en Italie, 36 075 contre 43 875 attendues initialement en Allemagne… Le principal producteur de vaccins contre la Covid-19 a été contraint de revoir à la baisse la livraison de ses vaccins à travers l’Europe cette semaine, pour procéder à quelques ajustements. Un délai temporaire qui, pour l’heure, n’inquiète pas outre-mesure Paris et Bruxelles.

 

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Vazccin Covid-19 Pfizer
Vazccin Covid-19 Pfizer

Paradoxalement, alors que ce lundi 18 janvier marquait, en France, les débuts d’une campagne de vaccination contre le Covid-19 élargie à toutes les personnes âgées de plus de 75 ans, il aura aussi été le premier jour d’une semaine avec moins de vaccins. Dans un communiqué publié vendredi 15 janvier, le groupe américain Pfizer et le laboratoire allemand BioNTech annonçaient en effet, à la surprise générale, que le site de production Pfizer établi à Puurs, dans la « Pharma Valley » belge, ne pourrait livrer, cette semaine, qu’un nombre réduit de doses de leur vaccin.

Modifier les "processus de production"

Cette usine, stratégiquement située à une trentaine de kilomètre du plus grand aéroport belge et du port d’Anvers, emploie plus de 2 800 travailleurs, produit et conditionne plus de 400 millions de doses de vaccins et de médicaments chaque année, à destination de plus de 170 pays dans le monde, selon les chiffres avancés par la firme. Plus grand site de production Pfizer en Europe, deuxième mondial après celui du Michigan, l’usine de Puurs est donc censée assurer l’essentiel de l’approvisionnement de l’UE en vaccin Pfizer/BioNTech depuis que celui-ci a obtenu, le 21 décembre, son autorisation de mise sur le marché conditionnelle de la Commission Européenne.

Comment expliquer alors le ralentissement temporaire de cet approvisionnement après seulement quatre semaines ? Les deux firmes écrivent sobrement que des « modifications des processus de production sont nécessaires dès à présent ». Le groupe Pfizer, contacté par l’Usine Nouvelle, n’a pas été en mesure de divulguer davantage d’informations sur ces modifications.

L’objectif 2021 rehaussé à 2 milliards de doses

Il indique toutefois, dans son communiqué, qu’elles sont le résultat d’un « plan » élaboré dans le but d’augmenter les capacités de fabrication en Europe et de fournir des doses « nettement plus importantes » au cours du deuxième trimestre. Les deux firmes tablent en effet désormais sur une production mondiale pour 2021, non plus de 1.3 milliard de doses, mais de 2 milliards. Ces prévisions, explique Pfizer, sont fondées sur la mise à jour de l’autorisation de mise sur le marché conditionnelle, indiquant désormais qu’après dilution, un flacon contient six doses.

Ces prévisions ont également été obtenues en tenant compte de « l'amélioration continue des processus de production » ainsi que de « l'expansion des installations actuelles du groupe », toujours selon les informations communiquées par Pfizer, qui précise que d'autres fournisseurs et fabricants sous contrat devraient bientôt s’ajouter à l’équation.

Outre-Rhin notamment. Le laboratoire BioNTech avait annoncé en décembre, dans un communiqué, compter sur l’ouverture d’un troisième site de production à Marburg pour augmenter, lui aussi, sa capacité de production. Interrogée sur les changements en cours, la compagnie allemande reste toutefois tout aussi réservée que son partenaire américain, se contentant d’indiquer que l’augmentation de la production en cours devra permettre la livraison d’« une quantité nettement plus importante au deuxième trimestre ».

Un retour à la normale la semaine prochaine

Pfizer et BioNTech se veulent toutefois rassurants : les retards de livraisons induits par ces changements dans le processus de productions ne dureront pas plus d’une semaine. Le retour à la normale est annoncé pour lundi prochain 25 janvier. Et les deux firmes s’engagent à ce qu’une augmentation des livraisons à l’Union européenne intervienne dès le 15 février, afin que « la quantité totale de doses de vaccins prévue au premier trimestre soit livrée ».

La ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher, confirme que la baisse est  très temporaire. « Le calendrier prévoit une baisse de livraison de 140 000 doses cette semaine et, à partir de la semaine prochaine, nous aurons 520 000 livraisons hebdomadaires»a-t-elle détaillé sur Cnews ce 18 janvier, assurant toutefois rester « vigilante ».

Même son de cloche du côté de Bruxelles, où la Commission européenne assure l’achat groupé des vaccins pour l’ensemble des États membres. Le 14 janvier, après une discussion avec le CEO de Pfizer, la présidente de l’institution, Ursula von der Leyen, s’était, elle aussi, voulu rassurante. Elle avait toutefois appelé la firme à se tenir à ses engagements.

« Un délai d’une semaine c’est évidemment moins grave qu’un délai de quatre semaines, mais il reste essentiel que ce qui doit être livré au premier trimestre le soit. On a reçu les garanties de la société en ce sens », a indiqué à l’Usine Nouvelle Stefan de Keersmaecker, porte-parole de la Commission, chargé des questions de santé.

Plus d’affolement donc à Bruxelles. Alors qu’ils étaient réunis ce 16 janvier pour discuter entre autres choses de la vaccination dans l’UE, les 27 ministres des Affaires européennes n’ont pas même abordé le sujet. Trop occupés, désormais, par la question du passeport vaccinal.

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