Il est possible de démocratiser le photovoltaïque chez les particuliers sans pour autant ne proposer que des produits chinois. Marie Juyaux, la directrice générale de la start-up Oscaro Power, qui propose des kits solaires sur mesure à monter soi-même, en est persuadée. Elle vient de lancer la commercialisation d’une borne de charge individuelle pour véhicule électrique 100% made in Europe, produite en Espagne, qui peut être alimentée directement par l’électricité produite par les panneaux solaires de la maison. Elle pourra aussi être pilotée par un outil de gestion de l’énergie pour particulier, en développement par Oscaro Power.
Mais, alors que fin 2021 on pouvait encore acheter sur son site des panneaux solaires du fabricant français Recom Sillia, implanté à Lannion, ce n’est plus possible. Seuls sont référencés des panneaux du chinois Trina, les panneaux hauts de gamme de l’américain Sunpower, qui les produit en Asie, et, depuis peu, des panneaux du fabricant slovène Bisol. Des panneaux un peu plus chers que les chinois, mais plus innovants. Bisol fabrique à Prebold, en Slovénie, des panneaux design tout noirs, translucides et légèrement biface, ou de couleurs pour satisfaire les architectes ou être installés sur des sites classés. Ses panneaux sont aussi bas carbone.
Des panneaux innovants et bas carbonetruncate
Grâce à l’utilisation de cellules - toujours produites en Chine, mais avec du polysilicium norvégien (à 70%) ou recyclé -, à des profilés d’aluminium provenant de Turquie ou de Pologne, et à ses 20 MW d'installations solaires en Solvénie qui produisent 12 fois ses besoins en électricité, Bisol sait sortir des panneaux affichant une empreinte carbone de 411 kilos de CO2 par kilowatt crête (kgCO2/kWc). « C’est très en dessous des panneaux asiatiques, qui affichent eux autour de 550 kgCO2/kWc », explique Marie Juyaux.
Bisol n’est pourtant pas le seul en Europe à fabriquer encore des panneaux photovoltaïques. Ils sont cinq principaux fabricants en Europe, dont deux allemands et un français, Voltec Solar, filiale du groupe Sturb. Ce dernier a annoncé en juin un investissement de 14,7 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production à Dinsheim-sur-Bruche (Bas-Rhin) pour porter sa capacité de 200 à 500 MW. Il y avait déjà investi 5 millions d’euros en 2019. Le fabricant français travaille lui aussi, depuis 2015, à réduire l’empreinte carbone de ses panneaux. Grâce à un sourcing plus local du verre, à « un gros travail dans l’usine sur la partie procédés, sur la gestion des déchets, et une intégration des énergies renouvelables avec de l’autoconsommation », expliquait Lucas Weiss, le directeur général de Voltec Solar, à L'Usine Nouvelle en 2021, l’industriel peut descendre l’empreinte de ses panneaux « jusqu’à 250 kCO2/kWc ». Las, sa production est réservée aux grandes fermes solaires. Or Oscaro Power a besoin d'une fournisseur pouvant lui garantir de grands volumes. Et « le directeur commercial de Voltec ne croit pas trop au marché des particuliers », regrette Marie Juyaux.
Boom de la demande
Le rebond du solaire dans le résidentiel pourra peut-être le faire changer d’avis. En 2022, Oscar Power va multiplier par six son chiffre d’affaires, passant de 6 millions d'euros en 2021 à près de 35 millions cette année. Son fournisseur slovène prévoit, lui, de plus que doubler son chiffre d’affaires cette année, passant de 45 millions d'euros en 2021 à 95 voire 100 millions d'euros en 2022. Il va investir 40 millions d’euros dans les cinq années à venir, notamment dans la construction d’une nouvelle usine, toujours en Solvénie. Elle ne produira qu’une seule gamme de produits, alors que le site actuel de Prebold, qui emploie 200 personnes et fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, alterne les productions des différentes références. Bisol compte multiplier sa capacité de production par trois. Elle est de 400 MW aujourd’hui.



