Pourquoi Nvidia devient la société de puces la plus valorisée en Bourse

Portée par le boom de l’intelligence artificielle, Nvidia s’impose comme la star du moment des semi-conducteurs avec une capitalisation boursière supérieure à celles de TSMC, Intel ou Samsung. Ses performances financières dépassent toutes les attentes et provoquent une folie en Bourse qui fait craindre une bulle.

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Jensen Huang, PDG de Nvidia
Jensen Huang, PDG de Nvidia, savoure le succès de sa société tant sur le marché qu'en Bourse

Nvidia s’impose comme la valeur star des investisseurs dans les semi-conducteurs. Alors que cette société fabless, leader des processeurs graphiques et puces d’intelligence artificielle, pointe à la douzième place mondiale des fournisseurs de semi-conducteurs en 2022 selon Gartner, elle jouit de la première place en Bourse avec une capitalisation boursière de 940 milliards de dollars, désormais supérieure à celles de Tesla (580 milliards de dollars), de Meta (650 milliards de dollars) et même de TSMC, Intel et Broadcom réunis (870 milliards de dollars).

Les résultats du premier trimestre fiscal clos le 30 avril 2023 et les perspectives affichées par la direction pour les trimestres suivants ont provoqué une folie boursière au point de faire craindre une bulle autour de l'entreprise. L’indice MSCI Information Technology de Fidelity, qui suit la performance boursière des sociétés technologiques aux Etats-Unis, a augmenté de plus de 3,50 % au lendemain de la publication des résultats trimestriels de Nvidia et de 40 % depuis la baisse d'octobre 2022. Il se négocie actuellement 30 fois les bénéfices. Par comparaison, le ratio atteint 219 pour Nvidia. Alors que l’indice boursier SOXX, qui représente l’industrie des semi-conducteurs à travers 24 entreprises emblématiques du secteur, a gagné 32 % de sa valeur depuis le début de l’année, l’action de Nvidia se distingue par un bond de 160 % !

Des résultas supérieurs aux attentes des analystes

«Nous sommes donc naturellement amenés à nous demander si le rallye technologique de cette année ne s'est pas trop étiré», s’interroge  Ipek Ozkardeskaya, analyste à la banque Swissquote, avant de conclure à la formation probable d'une bulle dans les actions liées à l'IA.

Les chiffres financiers de Nvidia ont de quoi susciter l’engouement des investisseurs. Alors que la plupart de sociétés de semi-conducteurs déplorent une baisse du chiffre d’affaire d’un trimestre à l’autre du fait de l’effondrement de la demande dans les PC, smartphones ou serveurs, Nvidia se targue d’une hausse de 20% de son revenu au premier trimestre fiscal par rapport au trimestre précédent avec un chiffre d’affaires de 7,2 milliards de dollars, supérieur de plus de 670 millions de dollars aux attentes des analystes financiers. Mais ce sont les projections qui ont le plus enthousiasmé les investisseurs. Pour le deuxième trimestre fiscal, Nvidia table sur un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars, en augmentation de 53% par rapport au trimestre précédent, soit près de 4,5 milliards de dollars de plus que le consensus des marchés financiers. Coté profitabilité, la direction fait miroiter une marge d’exploitation autour de 55%, qui ferait de Nvidia l’entreprise de semi-conducteurs la plus rentable, et entrevoit la poursuite d’une forte croissance au second semestre fiscal.

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Paradigme de l'IA générative

Jensen Huang, PDG-fondateur de Nvidia, motive ces belles perspectives par le paradigme de l’IA générative qui est en train de transformer le traitement des données notamment dans les datacenters des géants du cloud et de l’internet. «Nous bénéficions de deux transitions simultanées : l’extension des capacités des datacenters et le recours croissant à des accélérateurs de calcul, explique-t-il aux analystes lors de la présentation des résultats trimestriels le 24 mai 2023. Les centres de données représentent aujourd’hui un marché de 250 milliards de dollars et cette opportunité est en train de croître. Cette infrastructure s’appuie aujourd’hui principalement sur des processeurs de calcul et des cartes réseau peu intelligents. Pour des questions d’efficacité énergétique et d’optimisation des investissements, elle va passer à du calcul accéléré par des processeurs graphiques, circuits neuronaux et autre composants intelligents. Cette prendra dix ans et transformera le monde des datacenters en notre faveur. »

Nvidia est connu au départ comme un spécialiste de processeurs graphiques destinés à épauler le processeur central dans des tâches graphiques et de visualisation, principalement dans les jeux vidéo sur PC. L’entreprise a su décliner sa technologie pour accélérer les calculs dans les supercalculateurs, l’automobile et l’entrainement des modèles d’IA dans les datacenters. Elle est devenue ainsi le leader incontesté des puces d’intelligence artificielle tant dans les datacenters que dans des applications embarquées comme l’automobile. Elle est vue comme un modèle par les nombreuses start-up développant des puces d’IA comme le britannique Graphcore ou le français Kalray.

L'entreprise d'IA la plus innovante

Doug O'Laughlin, analyste financier indépendant auteur du blog boursier Fabricated Knowledge, ne tarit pas d’éloge sur cette star de la Silicon Valley.  «Il s'agit probablement de l'entreprise la plus innovante et la plus dominante dans le domaine des puces d'IA, avec une croissance de ses revenus d'environ 70 % par an, alors que l’action devrait se négocier en Bourse 30 fois les bénéfices de l'année prochaine, estime-t-il dans une note publiée sur Nvidia après la présentation des résultats trimestriels. L'IA va probablement provoquer un changement de paradigme, et les estimations de la demande et des revenus de Nvidia sont toujours en dessous de la réalité.»

Alors que le marché des circuits intégrés logiques, qui incluent les processeurs, est attendu en recul de 4% en 2023 à environ 270 milliards de dollars par le cabinet TechInsights, cet analyste voit Nvidia atteindre un chiffre d’affaires de 45,2 milliards de dollars sur l’exercice fiscal à clôturer le 31 janvier 2024, en bond de 67% par rapport à l’exercice précédent. Cela représenterait 15 milliards de dollars de plus que le consensus actuel des marchés financiers.

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