Pourquoi les activités spatiales et militaires pénalisent encore la rentabilité d’Airbus

A l’occasion de la publication de ses résultats annuels, Airbus a annoncé une charge de 600 millions d’euros pour sa branche Defence and Space. La faute à une mauvaise gestion des programmes de satellites.

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Airbus teste le satellite Sentinel-6
L'origine des difficultés de l'activité satellite d'Airbus est multiple : des développements technologiques sous-estimés en terme de complexité, des hausses des prix des matières premières, des difficultés chez les sous-traitants, des estimations de marché trop optimistes, une organisation industrielle pas suffisamment efficace...

C’est presque devenu un classique quand Airbus annonce ses résultats : ils sont plombés par les activités spatiales et militaires réunies au sein de la branche Airbus Defence & Space (D&S). Cela est encore le cas pour ses résultats annuels de 2023 rendus publics le 15 février : le groupe annonce une charge de 600 millions d’euros pour cette division.

Le problème ne vient pas de l’avion de transport A400M comme cela a été longtemps le cas mais de l’activité des satellites. Selon le fabricant, cette contreperformance est  due «à la révision des estimations au terme de certains programmes spatiaux». Ainsi l’EBIT ajusté (l’un des indicateurs de performance économique retenu par le groupe, ndlr) de la branches D&S recule de 40% en un an de 384 à 229 millions d’euros. Dans le même temps, cet indicateur pour la branche des avions commerciaux et des hélicoptères progresse respectivement de 5% et de 15%.

Le programme de satellite reconfigurable en retard

«C’est le prix à payer quand on développe de la haute technologie et que l’on prend des risques», a commenté Guillaume Faury, le président exécutif du groupe. Le dirigeant reconnaît une gestion défaillante de plusieurs de ses programmes de satellites. Avec à la clé des surcoûts, des retards et in fine des pénalités à verser aux clients lésés.

Les causes de ces difficultés sont multiples selon une source interne : des développements technologiques sous-estimés en terme de complexité, des hausses des prix des matières premières, des difficultés chez les sous-traitants, des estimations de marché trop optimistes, une organisation industrielle pas suffisamment efficace... A titre d’exemple, le programme OneSat, nouveau fer de lance du groupe pour les satellites de télécommunications reconfigurables en orbite, enregistre plus d’un an de retard sur le calendrier initial.

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Autre programme en souffrance de la division Defence & Space: l’Eurodrone, pour lequel Airbus est le maître d’œuvre industriel. Ce drone de grande envergure, armé et taillé pour des missions de renseignement et de surveillance, a été commandé par l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie. Au moment de la commande de l’appareil en 2022, il était prévu que la fabrication d’un premier prototype soit engagée en 2024 : or Airbus précise qu’il a enregistré des retards et que le design de l’appareil n’est toujours pas finalisé.

Réorganisation effective en début d'année

Y’a-t-il pour autant le feu au sein des activités spatiales et militaires d’Airbus ? Loin de là, mais la performance est pour le moins contrastée. La division s’est réorganisée en début d’année autour de trois businesss units (avions militaires, systèmes spatiaux et intelligence connectée) pour mieux tirer profit d’un marché très porteur, avec la hausse des dépenses militaires au niveau mondial déclenchée par la guerre en Ukraine et des activités spatiales, matérialisée par l’essor des constellations de satellites.

Le chiffre d’affaires qui s’établit à 14,5 milliards d’euros, progresse seulement de 2% d’une année sur l’autre quand la croissance du groupe atteint 11%. Les prises de commandes ont toutefois augmenté de 15% à 15,7 milliards d’euros. Parmi les contrats décrochés en fin d’année 2023 : la vente de 16 appareils de transport militaire C295 à l’Espagne ou encore le développement de dispositifs de guerre électronique au profit de 15 Eurofighters allemands. «Cette performance commerciale confirme notre ambition à long terme pour cette division et souligne la force de nos produits dans cette activité», s’est félicité Guillaume Faury.

Cela suffira-t-il pour que la division d’Airbus corrige le tir pour le prochain exercice ? Rien n’est moins sûr. Le spectre des provisions de l’A400M pourrait faire son come back ! L’avion de transport militaire dont 8 exemplaires ont été livrés en 2023 contre 10 un an auparavant, pourrait générer de nouvelles charges financières. En toute transparence, l’avionneur reconnait en effet que «des risques demeurent» concernant ce programme. Notamment en ce qui concerne la qualification des capacités techniques ainsi que la fiabilité opérationnelle des avions.

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