Dans les airs, c’est avec Boeing qu’Airbus se mesure, mais dans l’espace, c’est avec Maxar, un autre américain, que l’avionneur européen se confronte. Un duel qui concerne le marché de l’imagerie satellite à haute résolution, évalué à environ 5 milliards d’euros selon Euroconsult, et dans lequel Airbus est en train de se renforcer : le groupe a annoncé mardi 17 août le lancement du deuxième satellite Pléiades Neo, offrant une résolution de 30 cm par pixel.
La constellation de ces satellites de nouvelle génération, qui comptera au total quatre satellites en 2022, devrait donner des ailes à Airbus. Pour sa division Defence and Space, elle représente quelques centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires par an : un chiffre que le groupe espère voir doubler d’ici cinq ans. C’est à Toulouse que se concentre une grande partie de cette activité qui regroupe un millier de personnes. Mais qui doit sans cesse innover pour faire face à la concurrence, comme l’explique François Lombard, directeur des activités Intelligence d'Airbus Defence & Space.
L’Usine Nouvelle. - En quoi les satellites Pléiades Neo vont-ils améliorer votre offre, basée sur la vente d’images satellitaires ?
François Lombard. - Ils offrent une précision de 30 cm par pixel pour une fauchée de 14 km. Lorsque la constellation de quatre satellites Pléiades Neo sera complète en 2022, nous aurons la capacité d’observer 2 millions de km² par jour. Mais ce ne sont pas les seuls satellites sur lesquels nous misons chez Airbus.

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Nous exploitons déjà douze satellites optiques et radars aujourd’hui, avec des résolutions et des fauchés différentes, allant de 22 m à 50 cm de résolution. Nous avons par ailleurs signé, en juillet 2019, un contrat avec la DGA et le CNES pour les quatre satellites de la constellation CO3D, qui nous fourniront des données quotidiennes complémentaires et une cartographie en 3D très précise des terres émergées. Nous bénéficions également d’un accès précieux aux données de trois satellites radars, utiles par exemple pour voir à travers les nuages, de jour comme de nuit, et pour lesquels nous nous préparons aussi à lancer une nouvelle génération de satellites à l'horizon 2025-26.
Comment comptez-vous vous différencier face à votre concurrent Maxar, actuellement numéro un, et aux start-ups qui se multiplient sur ce créneau ?
Par l’innovation et l’avance technologique, comme nous le faisons maintenant avec le programme Pléiades Neo, qui est extrêmement ambitieux, mais aussi en s’assurant une maitrise opérationnelle des dernières technologies numériques et en particulier celles liées à l’intelligence artificielle. Le marché de l’observation satellitaire aiguise effectivement les appétits. A moyen terme, nous allons aussi devoir nous poser la question d’effectuer encore plus de revisites à très haute résolution, autrement dit le fait de pouvoir prendre une image du même endroit plusieurs fois par jour et sur de nombreux créneaux horaires. Nous pourrions augmenter le nombre de nos propres satellites, mais cette solution est onéreuse. Nous pouvons aussi miser sur des partenariats avec d’autres acteurs, institutionnels et privés, qui partageront leurs ressources satellitaires avec nous, comme dans le cas du programme français CO3D. Par ailleurs il faut continuer à travailler sur une meilleure exploitation des données disponibles, qui vont fortement augmenter avec Pléiades Neo, ce qui rejoint l’enjeu de l’intelligence artificielle pour automatiser l’analyse de ces images.
D’où la volonté de multiplier les partenariats…
Le partenariat avec la start-up Preligens nous permet notamment de proposer une offre dédiée à la surveillance de sites stratégiques et militaires, via par exemple la reconnaissance d’aéronefs dans les aéroports et de bateaux dans les ports. Mais d’autres partenariats ont été noués dans les domaines de la cartographie urbaine, avec Ecopia, la surveillance maritime, la mesure de l’activité économique avec Orbital Insight…
L’investissement de près de 700 millions d’euros pour ces nouveaux satellites concerne donc aussi le traitement des données ?
Tout à fait. La valeur ajouté de ces satellites se trouve en bonne partie… au niveau du sol. Chaque satellite Pléiades Neo transfère ses données au sol, avec la possibilité d’utiliser soit des stations de réception directes, soit d’utiliser une connexion laser via le réseau de satellites européens géostationnaires EDRS pour gagner du temps pour la réception des images, primordial en cas de crise par exemple. Toutes ces données sont stockées via un data center basé à Toulouse grâce à une solution cloud. Les nouvelles capacités dans lesquelles nous avons investi nous permettent de passer d’un planning d’une poignée de missions par jour à une quinzaine pour un seul satellite, pour mieux s’adapter aux demandes de nos milliers de clients, puis de leur transférer de façon automatisée nos différents produits d’imageries. Ils vont de la cartographie aux modèles d’élévation de terrain, en passant par les services à valeur ajoutée pour l’agriculture de précision, ou bien encore la surveillance d’infrastructures industrielles.
Quelles sont vos ambitions en matière de volume d’activité ?
Actuellement, notre activité de services dans le domaine géospatial représente plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Notre objectif est de le doubler en profitant de la croissance du marché et du positionnement fort de la constellation Pléiades Neo.
Comment expliquer cette croissance du marché ?
Elle résulte à la fois de la disponibilité croissante des données et des progrès réalisés en intelligence artificielle pour en tirer le maximum de valeur. Les capacités de communication pour transférer ces flux massifs de données contribuent aussi à l’expansion de ce marché. Le marché a toujours beaucoup évolué ces 30 dernières années et récemment de nombreuses start-up l’ont investi pour proposer des services novateurs basés sur l’exploitation des images satellitaires.
Cette activité qui emploie un millier de personnes, pour bonnes parts basées à Toulouse et à Sofia Antipolis, relève-t-elle de la souveraineté du pays ?
Oui, absolument. Elle est née en 1982 via un spin off du CNES, Spot Image, afin de commercialiser les premières images du satellite SPOT 1 lancé en 1986. Elle a peu à peu aggloméré d’autres entités pour finir dans le giron d’Airbus dans les années 2010. Aujourd’hui, très peu de pays maîtrisent la construction de satellites d’observation de très haute résolution, et d’une telle qualité. Outre la France, il y a une poignée de pays dont naturellement les Etats-Unis et probablement à termes la Chine. Il est donc stratégique de savoir développer de tels outils de surveillance, pour maitriser la chaine d’information et s’assurer de la véracité des informations, qui peuvent aussi être utiles pour répondre à des besoins géopolitiques, tels que la sécurité des frontières ou bien l’enjeu environnemental et ainsi pouvoir surveiller les impacts des politiques de préservation mises en place dans différentes zones du monde. Je pense d’ailleurs que l’Europe est en train de se réveiller sur ce sujet de manière très concrète en investissant et en reconnaissant de plus en plus le caractère stratégique des activités spatiales, que ce soient pour les infrastructures clefs de communication et navigation, ou pour l’indépendance européenne dans l’accès à des services d’imagerie de dernière génération.
Propos recueillis par Olivier James



