Pourquoi le secteur agroalimentaire s’inquiète de la guerre commerciale avec les Etats-Unis

En riposte aux annonces américaines sur l’acier et l’aluminium, l’Union européenne va taxer les bourbons de l’Oncle Sam. Le secteur agroalimentaire craint de se retrouver au milieu de l’engrenage. Après avoir promis de cibler le secteur à compter du 2 avril, Donald Trump a annoncé ce 13 mars qu'il pourrait mettre en place des taxes à 200% sur les vins et spiritueux européens. 

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Coupe de champagne
Les vins et spiritueux pourraient être à nouveau ciblés... Excepté les champagnes ?

Autour de l’agroalimentaire européen d'être aspiré par le flot des annonces liées à la guerre commerciale souhaitée par Donald Trump. Le président américain avait déjà annoncé au début du mois de mars sur le réseau social Truth qu’il ciblerait les produits agricoles du Vieux Continent à compter du 2 avril. Mais tout pourrait s'accélérer : suite à l'annonce le 12 mars de mesures de rétorsion européennes ciblant notamment les bourbons de l’Oncle Sam, après que les États-Unis ont adopté des surtaxes sur l'acier et l'aluminium, Donald Trump a annoncé sur la plateforme sociale qui pourrait déployer des taxes de 200% sur les vins et spiritueux. 

Un déficit commercial de 15 milliards d'euros

L’Amérique de Trump veut rééquilibrer sa relation commerciale avec le reste du monde : son déficit commercial pour les biens a dépassé les 1200 milliards de dollars en 2024 (environ 1100 milliards d’euros). «Son soucis à l’ami Donald c’est de réduire ce déficit (sic)», résume Christian Ligeard, conseiller aux affaires agricoles à l’ambassade de France aux États-Unis lors d’une table ronde organisée par FranceAgriMer au Salon de l’agriculture. Et puisqu’il est question de cure d’amaigrissement, il faudra bien s’attaquer au gâteau de l’agroalimentaire : le déficit commercial avec l’Union européenne est de l’ordre de 15 milliards d’euros sur ce seul secteur

Or, comme le rappelle FranceAgriMer, près de la moitié de ce déficit commercial est le fait du secteur des vins et spiritueux – et la moitié de cette moitié est le seul fait de la filière française. Les vins et spiritueux européens craignent donc de se retrouver pris dans l’engrenage, en atteste un communiqué du lobby européen Spirits Europe ce 12 mars. D’autant qu’ils ont le souvenir d’un précédent : à partir de 2019, en répercussion notamment au conflit entre Airbus et Boeing, le secteur avait dû affronter des taxes douanières. Mi-2021, ces surtaxes de 25% avaient été suspendues. À l’époque, les champagnes avaient bénéficié d’une exemption à ces droits de douane. La bonne relation entre Bernard Arnaud et Donald Trump, du fait de l’engagement de LVMH aux États-Unis, avait permis de sauver les bulles.

Exception sur les produits infantile et le champagne ?

Le champagne pourrait cette fois être pris dans la tourmente alors que les filières, via Spirits Europe ou encore l'Union des maisons de champagne, se faisaient l'écho d'une forte incertitude quelques heures avant l'annonce de Donald Trump sur Truth Social. D’après la FEVS, Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France, le chiffre d’affaires du secteur à l’export a été de 16,2 milliards d’euros en 2024. «Les États-Unis représentent un quart de ce total, a indiqué Nicolas Ozanam, délégué général lors de la table ronde FranceAgriMer. C’est un marché d’autant plus clef que depuis la prohibition le système de distribution est très particulier. Chaque maillon prend sa marge : c’est un marché assez rémunérateur.» Une nouvelle qui viendrait s'ajouter aux difficultés rencontrées par le cognac en Chine. 

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Si les mesures se précisent pour les vins et spiritueux, le secteur des produits laitiers se montre plus confiant. Celui des fromages par exemple – les européens réalisent un bénéfice commercial de 1,2 milliard d’euros – estime que les consommateurs américains seraient en capacité d’absorber les hausses de prix, du moins pour les produits français, assez haut de gamme. Le dirigeant d’un des fleurons des produits laitiers en France parie par ailleurs «qu’ils ne fermeront pas le marché des produits infantiles : les États-Unis ont eu une énorme crise sanitaire en 2022, leur production est trop fragile.»

La guerre commerciale n'est pas qu'une affaire de taxes

Détail important, peut-être plus que dans d’autres secteurs, la guerre commerciale ne se limite pas à une affaire de tarifs douaniers. Les règles sanitaires et phytosanitaires pourraient être au cœur de la bataille. «Chaque fois qu’il y a une non-approbation de substance et un abaissement de la LMR (limite maximale de résidu, un seuil réglementaire sur les traces de pesticides, ndlr) les US considéreront qu’ils n’auront pas de cadeau à faire aux européens», indique Charles Martins-Ferreira, adjoint de Christian Ligeard. «Le poulet chloré et le bœuf aux hormones pourraient revenir sur la table», a-t-il souligné, alors que ces produits n’ont pas accès au marché européen. «Nous ne savons pas ce qu’il y aura comme mesure miroir mais ce sont bien ces questions qui vont irriter les américains si on doit leur opposer des conditions particulières de production», conclut-il. Les juristes vont avoir du travail.

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