Pourquoi la reprise de la production dans l’usine Ineos d’Hambach ne résout pas tous les problèmes

Après de longues semaines d’arrêt de production à cause d’une rupture d’approvisionnement par un fournisseur, l’usine Ineos Automotive d’Hambach (Moselle) doit recommencer à fabriquer ses 4x4 en janvier 2025. Mais les ventes en berne inquiètent les salariés, qui craignent pour leur emploi.

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INEOS Grenadier
En janvier 2025, le constructeur automobile britannique Ineos va relancer la production de son modèle Grenadier dans son usine française d'Hambach (Moselle).

La chaîne de montage va doucement se remettre en branle. Début janvier, les 1100 employés de l’usine Ineos Automotive doivent reprendre du service à Hambach (Moselle). Dans l’ancienne usine Smart de Daimler, rachetée en 2021 par la filiale du géant britannique de la chimie, la production des modèles de 4x4 Grenadier et Quartermaster (semblables au défunt Defender de Land Rover) est à l’arrêt depuis le 26 septembre, faute de sièges.

Leur fournisseur, l’allemand Recaro Automotive, a fait faillite. Face à cette «pénurie critique d'approvisionnement», le constructeur n’a pas eu d’autre choix que de mettre en sommeil l’ex-Smartville. Il a aussi dû recourir au dispositif d’APLD pour ses salariés, rendu possible grâce à un fonds de 90 millions d'euros provisionné par Daimler lors de la cession de l’usine pour indemniser les salariés en difficulté.

Après plusieurs semaines d’inactivité et d’incertitude pour les ouvriers, une lumière surgit au bout du tunnel : le constructeur a annoncé le 20 novembre que la production va reprendre en début d’année 2025. Un nouveau fournisseur de sièges a été trouvé, mais son nom n’a pour l’heure pas été divulgué. Cette apparente bonne nouvelle ne rassure cependant pas complètement les représentants du personnel. «Le fournisseur qui a fait faillite, c’est l’arbre qui cache la forêt !», s’exclame Jean-Luc Bielitz, élu CGT.

Les ventes d'Ineos ne décollent pas

Le vrai problème, selon les syndicats interrogés par L’Usine Nouvelle, c’est que les ventes d’Ineos ne décollent pas. Au total, l’usine aura produit environ 15000 véhicules en 2024. Initialement, la direction tablait sur 26000 unités, selon nos informations. L’an prochain, la cadence de production devrait rester faible. «On reprendra avec un rythme de fabrication de 30 véhicules par jour, pour espérer atteindre 90 en juin», détaille à L’Usine Nouvelle Patrick Hoszkowicz, élu CFDT. Encore loin du pic de production du début d’année 2024, quand l’usine assemblait jusqu’à 110 exemplaires par jour. Des sources syndicales évoquent entre 5000 et 6000 véhicules produits, mais qui n’ont pas trouvé preneur, alors que les véhicules d’Ineos, très polluants, sont frappés d’un malus dissuasif de… 60000 euros !

Malgré la fin de contrat de la majorité des 800 intérimaires sur le site, les salariés permanents de l’usine redoutent de se retrouver en sureffectif et déplorent le manque de transparence de leur direction. «Ils font de la rétention d’information, regrette Mario Mutzette, délégué CFE-CGC sur le site. Ils ne nous donnent aucun élément sur l’état des ventes». «On ne connait pas l’état exact du stock. On est dans le flou», complète Patrick Hoszkowicz.

300 emplois menacés en 2025 ?

Preuve des difficultés de l'entreprise, Ineos a mis en stand by son projet de 4x4 électrique, prévu pour être fabriqué en Autriche par l'équipementier Magna. Dès le mois de juillet, les syndicats français ont déclenché en comité social et économique une expertise sur les finances du constructeur, comme l’avait révélé L’Informé. Le rapport de l’expert indépendant est attendu pour la fin du mois de janvier. Avant même qu’il rende ses conclusions, les organisations syndicales s’interrogent sur l’avenir de l’emploi sur le site. Se dirige-t-on vers une cessation anticipée d’activité pour les salariés volontaires proches de la retraite ? Ou vers un plan de sauvegarde de l’emploi, comme le subodore la CFE-CGC ?

Le syndicat des cadres a réalisé une estimation à la louche de la situation, qui fait état d’environ 300 emplois menacés dès 2025, et 150 autres en 2026. «Si on avait voulu supprimer des emplois, on aurait profité de l’arrêt de production pendant trois mois. On ne l’a pas fait», commente un porte-parole de l’entreprise, qui veut croire que l’ouverture de «nouveaux marchés très prometteurs comme le Mexique et la Chine» va permettre à Ineos d’écouler en nombre ses véhicules.

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