Pour faire face à son climat semi-aride et répondre aux besoins de son puissant secteur agricole, l’Espagne a recours depuis plusieurs décennies au recyclage des eaux usées. Entre 7 et 13% des eaux usées, traitées dans les plus de 2000 stations d'épuration que compte l’Espagne, sont réutilisées. C’est beaucoup plus qu’en France où ce chiffre ne dépasse pas 1%. L’Espagne est aujourd’hui le leader européen de cette solution vertueuse. En moyenne, 2% seulement des eaux usées sont réutilisées en Europe.
Leader du secteur en Espagne, Agbar qui appartient au groupe Veolia réutilise 14% de l’eau qu’elle traite. «L’eau recyclée permet d’augmenter la résilience hydrique des territoires. Cela permet de limiter l’usage de sources alternatives, comme l’eau désalinisée ou celle qui vient des bassines et des retenues collinaires qui puisent dans les nappes phréatiques», explique Javier Santos Ramirez, directeur du traitement de l’eau et de l’économie circulaire chez Agbar. «En réutilisant l’eau nous réduisons le prélèvement de l’eau des fleuves et des aquifères. C’est une bonne solution pour faire face à la crise climatique». En 2022, l’Espagne a réutilisé 400 hectomètres cubes d’eau. Dans le même temps, elle a dessalinisé deux fois plus d’eau de mer.
Sans surprise, ce sont les régions les plus arides qui réutilisent majoritairement les eaux usées : Valence, Murcie, l’Andalousie et les Îles Baléares. Cette eau est principalement destinée à l’agriculture (60%). Elle est également utilisée par les municipalités (20%) pour l’arrosage des espaces verts et des espaces récréatifs comme les golfs. Enfin 7% de l’eau réutilisée va à l’industrie.
Le dessalement, une alternative énergivore
Si l’Espagne affiche de bons chiffres par rapport à ses voisins européens, elle doit faire beaucoup mieux, insistent tous les experts du secteur. «Il faudrait que d’ici la fin de la décennie, nous puissions réutiliser 50% des eaux usées», soutient Javier Santos Ramirez. «Souvent, on renonce à réutiliser l’eau pour des raisons économiques de court terme, à cause du surcoût que représente le processus de dépollution de l’eau». Après avoir été épurée, pour être réutilisée, l’eau doit en effet être soumise à un traitement tertiaire. «Mais c’est un processus qui ne coûte pas cher : il faut compter 10 à 15 centimes pour produire 1000 litres d’eau recyclée». Un faible coût si on le compare aux dommages économiques que provoquent les épisodes de sécheresse qui se multiplient en Espagne. «C’est beaucoup moins onéreux que dessaliniser l’eau de mer», ajoute le responsable d’Agbar. «Les installations pour régénérer les eaux usées sont bien plus rentables que les usines de dessalement, qui consomment énormément d’énergie».
Entre ces usines de dessalement énergivores, et les très nombreuses retenues d’eau artificielles qui ne parviennent plus à se remplir, la réutilisation des eaux usées apparaît en Espagne comme la solution la plus vertueuse et la plus efficace pour faire face à la sécheresse. Le pays l’a bien compris : la plupart des régions investissent dans des stations de recyclage de l’eau. Ainsi, la Catalogne, qui vit sa plus grave sécheresse depuis 15 ans, vient d’annoncer un investissement de 120 millions d’euros en 5 ans pour augmenter ses capacités de production d’eau recyclée.



