65 millions de tonnes de CO2 : c’est la capacité théorique de l’aquifère salin profond situé à Grandpuits, qui porte donc bien son nom, en Seine-et-Marne. C'est là que C-Questra, start-up néerlandaise spécialisée dans le stockage géologique du CO2, a décidé d’installer la première unité de captage direct de CO2 dans l’atmosphère avec stockage (DACS), en collaboration avec la start-up israélienne spécialiste du DAC (Direct Air Capture) RepAir. Le projet a été officiellement annoncé fin août.
Le choix de ce site est le résultat de plusieurs années de travail, comme le détaille Fernanda Veloso, directrice technique de C-Questra : « tout a commencé en 2018, avec le projet européen Strategy CCUS, dont j’étais coordinatrice alors que j’étais encore au BRGM. Nous avons cartographié les émissions du nord de la France, en excluant Dunkerque et le Grand Est dont on savait déjà qu’ils étaient des grands points d’émissions. L’idée était justement de découvrir les autres points d’émissions, en dehors de ceux qu’on connaissait ».
Décarboner une usine de production d'ammoniac
C’est ainsi qu’ils ont découvert Grandpuits, son usine de production d’ammoniac (l’ex-usine Borealis rachetée par LAT Nitrogen) et … ses plus de 500 000 tonnes de CO2 émis par an. « La particularité de ce type d’industrie est que le CO2 est un coproduit de la production d’ammoniac et n’est donc pas issu de la combustion. La seule façon de décarboner cette industrie est d’utiliser de l’hydrogène blanc ou vert ». Or pour le moment, ni l’un ni l’autre ne sont disponibles en grande quantité. L’idée était donc d’installer une unité de CCS sur le site de l’usine et de stocker le CO2 ainsi capté directement sur place.
D’autant que parallèlement, le réservoir, lui, est identifié lors d’un autre projet européen intitulé PilotStrategy et lancé en 2021. Il est depuis en cours de caractérisation. Situé dans la même zone que d’anciens réservoirs pétroliers bien identifiés, dit réservoirs déplétés, mais dans des couches géologiques plus profondes, il a une capacité de stockage bien plus importante.
Une demande de permis d'exploration déposée
Mais le projet connait un coup d’arrêt en 2022, lorsque l’usine de production d’ammoniac ralentit drastiquement sa production. « Le partenariat avec RepAir nous a alors permis de donner une nouvelle perspective au site et de continuer à y travailler », explique Fernanda Veloso. « Nous avons d’ailleurs fait ensemble une demande de permis d’exploration dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le gouvernement français au printemps », ajoute-t-elle, en espérant que l’obtention interviendra rapidement, d’ici à fin 2025, pour commencer à injecter en 2026. En effet, une fois le permis obtenu, « nous sommes autorisés à injecter jusqu’à 100 000 tonnes de CO2 à travers notre puits d’appréciation, pour faire des tests. Et ce qui est génial dans ce projet est que nous pourrons faire des tests d’injection avec du CO2 atmosphérique, donc des émissions négatives ».
Un réseau national pour le CO2
La start-up voit plus loin. « Sur le site de Grandpuits se trouve aussi une ancienne raffinerie de TotalEnergies, fermée en 2023. Elle a pour nous un avantage : celui d’être connectée à un oléoduc qui pourrait un jour être converti en carboduc pour le transport du CO2 », indique Walid Sinno, PDG de C-Questra. L'intérêt pour la start-up serait de pouvoir connecter son réseau local participer à un réseau national pour le CO2. « Car la raison d’être de C-Questra est avant tout de pouvoir apporter une solution à nos industries qui sont un peu le dos au mur aujourd’hui », note le PDG. Dans cette optique, C-Questra travaille en parallèle sur d’autres projets de stockage, ailleurs en France, mais aussi à l’étranger, comme en Pologne.
Edit : ce papier a été mis à jour le 16/09/2024 pour clarifier le fait que TotalEnergies n'est pas impliqué dans le projet de C-Questra.



