Analyse

Pour sortir du pétrin, la start-up de l'hydrogène Hopium regarde au-delà de l’automobile

Virage stratégique chez Hopium. En difficulté financière, la start-up cherche à retrouver la confiance des investisseurs en défendant son savoir-faire dans les piles à combustible. Une technologie que la jeune société souhaite proposer à d’autres industriels, avant d’accomplir ses rêves de constructeur automobile.

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Prototype Hopium Machina
Hopium avait exposé un prototype de berline en grande pompe lors du Mondial de l'Auto 2022.

Pas si facile de devenir le Tesla français de l’hydrogène. Pour surmonter ses difficultés financières, Hopium a remis de l’ordre dans ses idées en présentant le 6 avril une nouvelle stratégie. Sans abandonner son projet de commercialiser une berline à hydrogène, l’entreprise compte «prioriser» le développement de sa pile à combustible pour la proposer à d’autres industriels. Malgré une concurrence féroce dans le secteur, la jeune pousse espère que sa technologie séduira d’autres acteurs de la mobilité, et pas que dans le domaine automobile.

Désormais, les activités d’Hopium seront organisées autour de deux pôles: Hopium Technologies, pour la conception d’une pile à combustible à destination du marché professionnel ; et Hopium Automotive, pour développer des véhicules à hydrogène grand public, dont la luxueuse Hopium Machina. Malgré cette réorganisation, la start-up veut continuer de croire en son plan ambitieux: démarrer la production de son premier modèle en France en 2025.

«Nous avons rencontré des difficultés. Le projet évolue dans un contexte qui n’est pas facile, pour nous comme pour d’autres start-up, met en avant Olivier Lombard, fondateur d’Hopium, auprès de L’Usine Nouvelle. Aujourd’hui, scinder nos activités permet de faire comprendre qu’il y a un gros potentiel de revenus, bien plus tôt que la Machina. Cela va nous aider à aller chercher de nouveaux investisseurs qui seront peut-être plus portés sur la partie technologique.»

Hopium ouvre le capot 

Si Hopium travaille avec Plastic Omnium pour développer les réservoirs de sa Machina, la start-up a développé en interne la pile à combustible, l’élément au cœur de la performance des véhicules à hydrogène. Pour la première fois, Hopium lève le voile sur ses caractéristiques techniques: la pile affiche un rendement de 8,4 kW par litre et de 5 kW par kilo à l’échelle de la cellule. Avec ces chiffres, la start-up revendique une solution «aux caractéristiques inégalées en termes de puissance, de compacité et de durabilité».

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Cette affirmation reste difficile à vérifier… Les autres acteurs communiquent souvent leurs performances, non pas à l’échelle de la cellule, mais au niveau du «stack», c'est-à-dire l’empilement de membranes échangeuses de protons et de plaques bipolaires où le courant électrique circule. Hopium maintient tout de même que sa pile tient tête aux autres solutions sur le marché. «Si on compare un stack de la concurrence et le nôtre, à la même puissance, nous sommes 20% plus léger», affirme Fabien Guimard, responsable du département pile à combustible chez Hopium. Avant de rejoindre Hopium en 2021, l’ingénieur a travaillé pour une autre société bien placée dans la course à l’hydrogène: Symbio, la coentreprise entre Faurecia et Michelin

Hopium revendique aussi une expertise sur le logiciel lié à la pile. «C’est une compétence assez rare. Nous développons à la fois la partie hardware et software. Dans un système de pile, cette partie intelligente détermine vraiment la performance et la durabilité», fait valoir Fabien Guimard.

À la conquête de nouveaux marchés

La pile à combustible d’Hopium présenterait un autre avantage: la modularité. La technologie serait déclinable en différentes gammes de puissance allant de 20 kW (pour réaliser par exemple des prolongateurs d’autonomie) à presque 2 MW pour adresser les besoins de la mobilité lourde, que ce soit dans le transport routier, le maritime ou le ferroviaire. Autant de marchés sur lesquels Hopium souhaite se positionner.

«La principale contrainte de la mobilité lourde, c’est la durabilité requise de la pile. Pour l’automobile, la durée de vie ciblée tourne autour de 7000 heures, ce qui équivaut à 240 000 kilomètres. Les acteurs du transport lourd demandent plutôt 20 000 heures. C’est un aspect sur lequel nous sommes en train de travailler», développe Fabien Guimard. Les négociations commerciales avancent également, à en croire le fondateur de la société. «Dans chaque marché, nous avons des discussions en cours. Nous visons une commercialisation dès 2025», projette Olivier Lombard.

Le dirigeant ne donne pas d’objectif de ventes pour cette nouvelle activité. Hopium s’aventure en tout cas dans un territoire hautement concurrentiel. Plastic Omnium produit déjà des piles à combustible en Allemagne avec ElringKlinger. Faurecia et Michelin mettent aussi les grands moyens pour démarrer leur production à Saint-Fons (Rhône) au second semestre 2023. On peut également citer la start-up Inocel, accompagnée par le CEA, qui revendique elle aussi une solution sans équivalent sur le marché.

Un nouveau prototype

Ce changement de cap d’Hopium doit-il faire redouter un éventuel abandon de la Machina? Hopium ne serait pas la première start-up à arrêter le développement d’un véhicule pour se positionner en équipementier. Incapable de financer sa voiture solaire, la société allemande Sono Motors a annoncé en février qu’elle allait se concentrer sur le marché B2B.

Pour l’instant, Hopium refuse d’envisager un tel renoncement. «La Machina, c’est quand même le rêve de cette société. La Machina reste à l’ordre du jour», assure Olivier Lombard. Les ingénieurs de la start-up travaillent désormais sur l’intégration du système-pile au sein de la plateforme du véhicule. Un nouveau prototype devrait ainsi être présenté fin 2023 ou début 2024.

L’automne 2022 avait été particulièrement radieux pour Hopium. La start-up avait annoncé la construction d’une usine à Douains (Eure) avant de recevoir une gigantesque commande de 10 000 véhicules de la part du Crédit Agricole. Un instant de grâce qui a vite laissé place aux doutes dans un contexte financier difficile. Entre début octobre 2021 et octobre 2022, Hopium a vu son cours baisser de presque 80%. Une dégringolade qui a accentué les doutes sur les ambitions de la start-up.

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