A Ramonchamp, dans les Vosges, le sous-traitant automobile VT2i (Vosges technologie innovation et industrie) récolte les fruits de dix longues années d’efforts pour préserver ses savoir-faire, après la liquidation de l’entreprise en 2013 par son ancien actionnaire, l’américain TRW, et la relance de l’activité par d’anciens salariés. Cet été, la PME engage un plan de 22 millions d’euros d’investissement sur cinq ans, avec l’objectif d’aller au-delà de son cœur de métier, la fabrication de rotules de suspension. L’entreprise de 100 personnes va désormais assembler la totalité du bras de suspension, le sous-ensemble de liaison entre le châssis et la roue, dont la rotule est un composant.
«Plus VT2i a avancé dans le temps, plus nous avons observé nos marchés se consolider. Or, nous n’avions ni la taille critique ni la présence internationale pour saisir les opportunités liées à cette évolution», analyse Xavier Grandjean, président de VT2i.
L’entrée de la société, le 5 septembre 2022, dans le giron de Raufoss Technology, filiale de la société d’investissement autrichienne CAG Holding, détentrice d’actifs dans l'aluminium, le verre ou encore la biomasse, s’est avérée décisive. Fournisseur de rang 1 de l’automobile, Raufoss Technology intègre, en effet, la totalité de la chaîne de fabrication des bras de suspension ; de la recherche et développement à l’assemblage, en passant par le formage des pièces en aluminium. Pour Matthias Benz, PDG de Raufoss Technology, «investir davantage dans nos propres capacités de conception et de fabrication de rotules et élargir notre portefeuille de produits est une étape stratégique importante dans le renforcement de la compétitivité et de l'attractivité de notre activité mondiale de châssis».
Le rapprochement avec l’entreprise autrichienne, qui compte 800 salariés pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2022, a fait gagner à VT2i des marchés auprès des constructeurs Jaguar Land Rover, Mercedes et Volvo. Une première tranche de 10 millions d’euros d’investissement va permettre à la société vosgienne d’installer cinq nouveaux ensembles d’usinage et d’assemblage au printemps 2024.
VT2i VT2i va s’équiper de nouvelles machines en vue d’assembler la totalité des bras de suspension. ©VT2i
Esprit d’une société coopérative
L’histoire se poursuit donc pour la PME, reconstruite en 2013 dans l’esprit d’une société coopérative, en associant à son capital une holding minoritaire de 60 salariés et une holding majoritaire de trois cadres-dirigeants parmi lesquels Xavier Grandjean. A l’époque, 83 emplois avaient pu être préservés sur un total de plus de 300. Le président de VT2i insiste par ailleurs sur le fait que Raufoss Technology affiche l’envergure nécessaire aux ambitions de l’entreprise «sans le gigantisme de TRW, un groupe qui a compté plus de 150000 personnes».
Au sein du groupe autrichien, où elle conserve par ailleurs une marge d’autonomie, VT2i a également bénéficié d’une promotion. «Nous sommes devenus le centre de compétences et d’excellence pour l’activité rotules de suspension du groupe, ce qui signifie que notre bureau d’études de 7 personnes va s’étoffer afin d’être en mesure de concevoir des pièces qui seront industrialisées sur d’autres sites de l’entreprise au Canada et au Mexique», se félicite le président de VT2i. Pour accompagner sa croissance et relever le challenge d’alléger encore davantage les véhicules, la société prévoit de recruter 40 salariés sur cinq ans à Ramonchamp et anticipe l’évolution de son chiffre d’affaires de 21 millions d’euros en 2022 à 70 millions d’euros à l’horizon 2026.



