Entre Bigorre, Pays basque et Landes, le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) a vu naître sa culture industrielle autour de l’extraction du gaz. A l’apogée de la filière, la communauté de communes de Lacq-Orthez (Pyrénées-Atlantiques, 61 communes, 52 800 hab.) comptait 8000 emplois industriels. «Dès 1993, puis dans un deuxième temps à partir de 2003 avec la création du groupement d’intérêt public (GIP) Chemparc, réunissant acteurs publics et privés, il y a eu une volonté de prendre à bras-le-corps le sujet de la reconversion du bassin. Initialement l’idée était d’opérer une prospection exogène, mais rapidement il s’est avéré que le développement endogène fonctionnait mieux», indique Marlène Hayet, directrice générale en charge du développement économique à la communauté de communes de Lacq-Orthez. Cette première diversification a porté ses fruits puisque aujourd’hui encore le secteur industriel pèse 7500 emplois sur le territoire de l’intercommunalité.
Plus près de Pau, la filière aéronautique, avec autour de l’entreprise Safran tout un tissu de TPE et PME, constitue un autre pilier de l’industrie locale. «Il faut aussi compter avec la filière chimie des matériaux, principalement sur Lacq, mais aussi les filières agroalimentaires et la filière équine. Pour ne pas perdre son avance, le secteur industriel s’appuie sur l’expertise de centres de recherche privés, mais aussi de l’université Pau et des pays de l’Adour, qui a reçu le label d’excellence», complète Mohamed Amara, vice-président à l’enseignement supérieur, à la recherche et l’innovation à la communauté d’agglomération Pau Béarn (Pyrénées-Atlantiques, 14 communes, 145 200 hab.).
Depuis 2018, neuf intercommunalités collaborent à leur développement économique au sein du pôle métropolitain Pays de Béarn. Et la stratégie est résolument à la décarbonatation de l’ensemble des industries du territoire. «Après avoir aidé Turbomeca, devenu Safran, à repenser ses process industriels, robotiser et numériser son usine, il s’agit pour la Région d’être en soutien dans la recherche de nouvelles productions et de nouvelles conceptions industrielles. D’ici 2030, 3 milliards d’investissements publics seront réalisés sur le bassin de Lacq autour de la "Green Technology Valley", avec à la clé 1500 emplois directs», note Alain Rousset, président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.
Biosourcé, bioéthanol, hydrogène...
Parmi les projets dans les cartons, le recyclage de terres rares issus des aimants prévu par la société Carester, le projet Nacre de bio-ethanol ou celui de production de principes actifs pour médicaments élaborés à partir de carapaces de crevettes ou de krill ou encore de champignons. La construction d’une unité de production de biokérosène est également prévue à partir de 2025 par la société Elyse Energy. Et un partenariat entre cette PME et l’opérateur d’infrastructures énergétiques Teréga a été noué pour développer des synergies industrielles autour d’infrastructures d’hydrogène bas carbone. «Sur l’hydrogène, tous les dossiers ne sont pas opérationnels. Mais nous accompagnons le dialogue qui se fait en co-construction», souligne Alain Rousset.
Le label Territoire d’industrie Lacq-Pau-Tarbes, décroché en 2019 puis renouvelé en 2023, s’est révélé un véritable coup de pouce. «Il a consolidé certains volets de la stratégie de développement économique, permis d’anticiper des sujets industriels, fait travailler ensemble entreprises et collectivités territoriales et apporté un soutien en terme d’ingénierie», reconnaît Mohamed Amara. Le projet est piloté par deux industriels référents : le président et directeur général de l’opérateur d’infrastructure gazière Teréga et le président de l’UIMM (Union des industries des métiers de la métallurgie) Occitanie Adour Atlantique. Ils ont fédéré un comité de suivi industriel réunissant 80 acteurs.
D’octobre 2023 à février 2024, le territoire a également bénéficié d’une mission flash d’accompagnement, grâce au dispositif Rebond industriel déployé dans le cadre de France 2030. «Cette mission choc de quatre mois vise à accompagner les TPE et PME qui sortent des radars. Le dispositif est assorti d’un fonds de 2,5 millions d’euros et d’une ingénierie de projet pour travailler sur les enjeux collectifs et accompagner les industriels et les chargés de développement économique des collectivités. Cela nous a permis de partager les bonnes pratiques pour coconstruire notre stratégie de territoire», note Audrey Le-Bars, directrice générale du GIP Chemparc et directrice de projet Territoire d’industrie Lacq-Pau-Tarbes.
Gaëlle Ginibrière, pour La Gazette des communes



