Entretien

Pour "être autosuffisant", Plastic Omnium va produire ses propres masques en France et au Mexique

Stéphane Noël, directeur général de la division "Intelligent Exterior Systems" de Plastic Omnium, revient sur le redémarrage des usines du groupe et la mise en production en France et au Mexique de masques chirurgicaux pour répondre aux besoins des salariés. L'équipementier automobile français a révélé mardi 21 avril des résultats en baisse modérée malgré la crise du Covid-19, avec une diminution du chiffre d'affaires de -4,4 % pour le premier trimestre 2020, à 2,14 milliards d'euros.

Réservé aux abonnés
Stéphane Noël Plastic Omnium
50 des 131 usines de Plastic Omnium ont rouvert leurs portes, selon Stéphane Noël, directeur général de la division "Intelligent Exterior Systems".

L’Usine Nouvelle. – Où en est Plastic Omnium du redémarrage de ses usines dans le monde ?

Stéphane Noël. – Tous nos sites chinois, japonais et coréens ont repris leur activité. En Europe, deux usines en France et une en Pologne ont repris depuis la semaine dernière. A cela s’est ajouté, lundi 20 avril, le redémarrage de deux sites supplémentaires dans l’Hexagone. Au total, 50 usines ont rouvert leurs portes, sur les 131 que compte Plastic Omnium dans le monde.

Nous n’avons pas encore la confirmation claire des dates de redémarrage des groupes français PSA et Renault. Mais d’ici la fin de la

semaine et le début de la semaine prochaine, nous devrions nous mettre en ordre de marche pour préparer la reprise des usines dédiées à ces deux constructeurs. Bien sûr, il faut compter un délai de deux à trois semaines entre le "go" du client et le redémarrage effectif, afin de procéder à la réorganisation de l’usine pour garantir la sécurité des employés et assurer le réapprovisionnement de la chaîne logistique.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Quelles mesures ont été mises en place pour assurer le redémarrage des usines ?

Il faut repenser l’intégralité des flux à l’intérieur de l’usine. La distanciation sociale doit s’appliquer dès l’arrivée à l’usine, ce qui inclut les fournisseurs et autres prestataires de services. A l’intérieur du site, les flux logistiques des pièces et les opérations de travail ont également été repensés pour intégrer cette distance de sécurité et éviter tout contact. Des marquages au sol ont été faits pour matérialiser ces distances de sécurité. La désinfection, qui doit intervenir toutes les deux heures, suppose aussi de modifier le flux de production. Cela est également valable dans les bureaux : les réunions ne peuvent plus se faire côte à côte. Pour leur permettre d’intégrer toutes ces pratiques, nous formons l’ensemble de nos salariés. Cela passe notamment par de la formation à distance, toujours dans le but d’éviter les contacts physiques.

Comment se passe concrètement la reprise de l’activité ?

Nous procédons en trois étapes. La première consiste en une formation de la direction et du management, basée sur un guide que nous avons mis en place.

Celui-ci a été réalisé par les opérationnels eux-mêmes, en incluant toutes les fonctions allant de la supply chain, la production, en passant par les ressources humaines. Le document est par ailleurs alimenté par les remontées des usines qui ont repris leur activité, comme c’est le cas en Chine, à tel point que nous en sommes déjà à la troisième version. La deuxième étape de la reprise repose sur le travail d’une première équipe de redémarrage, qui a réorganisé les flux et marquage au sol dans les usines. Cela permet dans un troisième temps aux premiers opérateurs volontaires de reprendre progressivement la production.

Comment la décision de reprise a-t-elle été accueillie par vos salariés ?

Pour chacune des usines, le plan reprise a été présenté aux instances représentatives du personnel. Il y a une forte adhésion de l’ensemble des salariés pour reprendre le travail. Certaines de nos usines ont rouvert depuis une semaine et les choses se passent plutôt bien. Des points ont été améliorés au fur et à mesure, comme le positionnement des distributeurs de gel hydro-alcoolique.

Tous vos salariés doivent être équipés de masques pour travailler. Avez-vous des difficultés pour vous approvisionner ?

C’est un vrai défi. Le fait de disposer d’usines en Chine nous a toutefois bien aidés. Nous avons mis en place un pont aérien avec le pays pour équiper nos salariés en Europe et en Amérique. En parallèle, nous avons mis en place une initiative qui vise à permettre au groupe d’être autosuffisant. Nous allons assurer la production de nos propres masques chirurgicaux. Deux sites vont se doter de capacités permettant de couvrir l’ensemble des besoins de Plastic Omnium : il s’agit du centre de recherche et développement Sigmatech en France, et de notre usine de fabrication mexicaine de Puebla. La production doit débuter à la fin du mois d’avril en France, et à la mi-mai au Mexique.

Vos fournisseurs parviennent-ils à suivre le redémarrage de vos usines ?

Depuis trois semaines, nos équipes sont en contact avec notre chaîne de fournisseurs mondiale pour disposer d’un état précis de leurs capacités de fabrication. Certains fournisseurs ont repris leur activité, mais d’autres se trouvent dans des zones encore confinées. Il faut alors trouver des solutions alternatives. Cela peut passer par le transfert d’outillages à d’autres sites. C’est par exemple le cas de certains fournisseurs italiens installés en Lombardie, qui ont transféré des outillages à des sites espagnols afin de recommencer à produire certains composants.

Comment appréhendez-vous la sortie de crise et l’impact sur votre activité ?

La sortie de crise est conditionnée à la reprise de la demande et donc à l’ouverture des concessions. En Allemagne, elles rouvrent ce lundi 20 avril. C’est le cas depuis plus longtemps en Chine, avec des premiers signaux positifs : pour la première fois, la semaine dernière, les ventes de véhicules ont été supérieures dans le pays à celles réalisées à la même période en 2019. Mais le redémarrage risque d’être compliqué. Les dernières estimations des spécialistes font état d’un recul de l’ordre de 25% par rapport à 2019. Pour l’heure, nous nous concentrons chez Plastic Omnium sur le redémarrage de nos activités en veillant à la sécurité de nos salariés. 

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs