Entretien

«Pour accélérer sur le metaverse, il faut des contenus et des devices. Meta travaille sur les deux», explique Antoine Bordes (Meta)

Après une année 2021, où Meta était absent de Vivatech - en 2020, il y avait eu une intervention à distance de Mark Zuckerberg - Meta est de retour en 2022 avec un stand présentant la vision du futur de l'entreprise. A cette occasion, nous avons interviewé Antoine Bordes, le directeur de FAIR, Facebook AI Research, la division de Meta spécialisée dans la recherche en IA. 

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Antoine Bordes Fair (Meta)
Le directeur de Fair explicite l'utilité de l'intelligence artificielle dans le métaverse. Il revient aussi sur la stratégie de Meta.

L'Usine Nouvelle. - Vous allez donner une conférence ce 17 juin sur les nouvelles interfaces du métaverse. Quelles sont les conditions de leur émergence ?

Antoine Bordes. - Pour développer le métaverse, pour accélérer, il faut une montée en puissance en parallèle de deux choses : les contenus et les terminaux pour y accéder. Il faut l'un et l'autre. Meta travaille sur les deux. Nous avons déjà des contenus, avec des jeux, des films... Et ça ne fait que commencer.  Il faut aussi avoir des devices pour l'accès. Je dirais même qu'il va falloir fournir au marché les meilleurs appareils qui ne seront pas chers, pour que l'adoption puisse être massive. On trouve nos nouveaux casques Quest 2 aujourd'hui pour moins de 500 euros. Ce n'est pas donné mais ça reste abordable. Meta a la volonté de démocratiser le métaverse en développant des appareils qui donnent une meilleure expérience à l'utilisateur tout en restant accessibles à l'achat. 

A partir de l'automne, notre plateforme sera accessible sur les smartphones. Pour la réalité virtuelle, nous avons des lunettes 3D et nous travaillons sur des lunettes de réalité augmentée.. Ce à quoi je crois, c'est que ce device remplacera tous les autres le jour où il fonctionnera.

Sur votre stand, on peut voir des lunettes de réalité augmentée siglées Ray-Ban. le développement du métaverse passe aussi par des partenariats avec des industriels ?

Oui, nous développons des partenariats, c'est notre culture. Nous avons bien conscience que nous n'allons pas pouvoir tout faire nous-mêmes. Nous devons nous associer avec des gens qui savent faire et sont reconnus pour ça. Nous avons aussi signé des accords avec de nombreuses universités et nous en conclurons d'autres à l'avenir, notamment sur la question de la réalité augmentée. Elle est une véritable rupture technologique qui reste encore en grande partie à faire. C'est ce qu'il y a de plus complexe et de plus risqué. 

Vous travaillez sur l'intelligence artificielle au sein de Fair, l'entité qui fait de la recherche sur le sujet. Qu'est-ce que l'IA peut apporter au métaverse ? 

L'IA va permettre créer, d'améliorer les expériences de l'utilisateur dans le metaverse. Démocratiser le metaverse passe par des expériences plus simple pour tous. Nous avons lancé Build Bot, une application pour aider les personnes à créer leur espace. Nous imaginons des aides dans le metaverse, d'outils pour interpréter le langage, les gestes des personnes ou de leurs avatars. 

L'autre grand sujet concerne l'inclusion dans le metaverse. Meta veut que quel que soit l'endroit d'où l'on vienne, on ait une chance dans le metaverse. Aujourd'hui, le web est  largement anglophone. Pour un français, les outils de traduction existants offrent une aide non négligeable. Mais je reviens du Sénégal, et je peux vous dire que la traduction de la langue wolof vers l'anglais et inversement - et je ne parle pas du peul - n'est pas du tout aisée.  L'intelligence artificielle est un moyen de faciliter les traductions à l'écrit mais aussi à l'oral en temps réel pour que le metaverse soit ouvert au plus grand nombre de personnes possibles.  

Comment l'IA facilite-t-elle la traduction ? 

La question de la bonne traduction se joue à plusieurs niveaux. Pour bien traduire il faut un certain volume de données. Pour une langue moins utilisée dans le monde, c'est donc plus difficile. Nous travaillons avec des traducteurs et des linguistes pour améliorer notre stock de données disponibles.  Ensuite il faut réussir à faire apprendre la traduction avec moins de datas. Aujourd'hui, on travaille sur des systèmes de traduction many to many, c'est à dire qu'on aen  entrées et en sorties beaucoup de langues différentes. Nous travaillons sur des outils pour traduire d'une langue à l'autre, quelles qu'elles soient.

Enfin, il faut pouvoir évaluer la qualité de la traduction. C'est là où il y a le plus gros investissement humain, car il faut pouvoir tester la traduction, tester et repérer les erreurs et les biais. C'est pour cela que sur ces sujets nos équipes comportent des linguistes et des scientifiques qui travaillent ensemble quotidiennement. 

Pour ajouter un niveau de complexité, nous travaillons à la traduction du texte mais aussi des émotions, des intonations. Imaginez le jour où deux personnes se croiseront dans le metaverse en parlant des langues différentes. Comprendre les mots, c'est important. Mais ce sera encore mieux si on peut percevoir les émotions de la personne qui vous parle. 

On parle beaucoup de difficultés à recruter aujourd'hui en France. Etes vous concerné ? 

Non, nous arrivons à trouver les profils que nous recherchons. 

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