Malgré des prix du gaz et du pétrole déprimés sur les marchés mondiaux, après les envolées de 2022, TotalEnergies affiche encore cette année des résultats records. Le groupe atteint sur l’année 2023 un bénéfice net de 21,4 milliards de dollars (19,8 milliards d'euros) en croissance de 4 % comparé à 2022. Ses bons résultats sont dus à la croissance des hydrocarbures, en particulier la GNL (gaz naturel liquéfié). Depuis la guerre en Ukraine, TotalEnergies assure 16% de l’approvisionnement en GNL de l’Europe, avec notamment la mise en service de deux terminaux flottant (FSR) en Allemagne et en France au Havre. Le groupe bénéficie aussi de la reprise de l’activité en Chine.
Sa diversification dans l’électricité commence elle aussi à porter ses fruits. En 2023, Total a réalisé un chiffre d’affaires de 2,2 milliards dans l’électricité et 527 M$ de bénéfices. Reste que le retour sur investissements dans les énergies bas carbone, renouvelable, mais aussi gaz, de 20 milliards au total, dont 5 milliards de dollars en 2023 (35% de ses 16,8 milliards de dollars d'investissements) n’est pas attendu avant 2028. TotalEnergies maintient malgré tout le cap. En 2024, sur ses 17 à 18 milliards de dollars d’investissement, le groupe devrait encore en investir cinq dans les énergies bas carbone, l'électricité, mais aussi un peu dans les nouvelles molécules, principalement les carburants aériens durables ou SAF, notamment en France.
A l'assaut de la transition allemande
Sur la carte du monde, TotalEnergies cible ses acquisitions et développements en Inde et aux États-Unis et en Europe, pour décarboner ses propres activités. Il a notamment acheté en 2023 1,5 GW de centrales combiné gaz au Texas. TotalEnergies entamé de grandes manœuvres en Allemagne, un marché moins fermé que le français, où EDF a raflé presque tous les projets éoliens en mer et où l’installation de renouvelables à terre pose des problèmes de permis et d’acceptabilité. En revanche, outre-Rhin, TotalEnergies a pu mettre la main, en octobre, sur l’agrégateur d’électricité renouvelable (9GW) Quadra Energy, et en janvier, sur un développeur de stockage de batterie, Kyon Energy pour 90 millions d’euros. La major a aussi décroché deux concessions allemandes de 3 GW (2+1) d’éolien en mer du Nord et en mer Baltique, pour un montant initial de 582 millions d’euros. Le français a également décroché l’attribution d'un contrat pour l'installation et l'exploitation de 1 100 points de recharge à haute puissance pour les véhicules électriques sur 2134 sites.
Mais «Plus on va dans l’électricité, plus on s’aperçoit qu’il faut des moyens de production flexibles. Et les batteries de suffisent pas. Il faut des centrales à gaz. Et, à un moment, il faudra du captage et stockage de CO2 ou passer à l’hydrogène. C’est le programme allemand auxquelles nous nous intéressons», a déclaré Patrick Pouyanné, lors de la présentation des résultats du groupe à la presse. En mars 2023, le gouvernement allemand avait annoncé vouloir construire 25 GW de centrales à gaz, convertibles, d’ici à 2030, pour sortir du charbon. Le 5 février, il a précisé un cadre de financement pour 10 GW sur quatre centrales gaz convertibles à l’hydrogène entre 2035 et 2040. Un marché qui intéresse fortement TotalEnergies, même si la concurrence s’annonce rude et que rien n’est acté. «On va essayer de comprendre le plan, explique Patrick Pouyanné. Le marché de l’électricité allemand est intéressant, mais il y a beaucoup d’acteurs, le marché encombré. On regarde si on peut investir dans des centrales à gaz, qui vont devenir à hydrogène.»
Regain d'investissements dans le pétrole
Si TotalEnergies commence à s’intéresser aux centrales hydrogène, il regarde encore de loin la production d’hydrogène bas carbone ou d’ammoniac vert. Les grands projets lancés par sa filiale Total Eren, 500 personnes, intégrée à 100 % l’été dernier pour 1,5 milliard d'euros, notamment au Chili, ne servent pour l’instant que d’observatoire pour TotalEnergies. En revanche le groupe, qui avait commencé à externaliser la production d’hydrogène bas carbone sur ses raffineries, à Air Liquide notamment, a lancé un appel d’offres pour 500 Tonnes d’hydrogène vert pour décarboner ses activités. Avec un certain succès. «On a reçu plus de 50 propositions qu’on doit regarder», commente Patrick Pouyanné. Problème, aujourd’hui il n’y a que de petites unités de moins de 20 MW qui tournent. La technologie ne permettant pas de très grosses unités.
TotalEnergies, qui regarde aussi de loin la production de carburant de synthèse et n’a, pour l’heure, qu’investi dans une unité de production d’e-méthane, TES, aux États-Unis, n’est pas pressé de remplacer le pétrole, dans lequel il continue à investir massivement. En septembre, TotalEnergies a annoncé vouloir augmenter sa production d'hydrocarbures de 2 à 3 % par an dans les cinq prochaines années. Notamment parce qu’il a très bien vendu (4 milliards de dollars) ses actifs au Canada dans les sables bitumineux, TotalEnergies annoncé qu’il va investir quelque 12 milliards de dollars dans de nouveaux projets de pétrole et de gaz en 2024. Il a annoncé mettre en service un projet au Nigéria et avoir dans ses cartons des projets d’exploration ou acquisitions en Namibie, au Suriname et au Brésil. Il se renforce dans le GNL aux États-Unis, avec le terminal de Rio Grande LNG, «non concerné par la décision de la Maison-Blanche», précise le PDG de TotalEnergies. Quant au très polémique projet pétrolier en Ouganda et Tanzanie, Patrick Pouyanné a déclaré que le financement du gazoduc EACOP était enfin quasi bouclé, et promis «des annonces prochaines» impliquant «des institutions financières dans le sud global».



