Pour Thales, pas de doute : «le contexte est porteur», comme l’affirme son PDG, Patrice Caine. Sur fond de tensions géopolitiques croissantes, le groupe de hautes technologies a présenté mardi 4 mars un niveau de prises de commandes historique, soutenu avant tout par ses activités de défense. En 2024, l’industriel a engrangé pour 25,3 milliards d’euros de nouvelles commandes, en hausse de 9%. A eux-seuls, les contrats de défense représentent 58% de ce montant inédit. De quoi faire bondir le carnet de commandes à 50,5 milliards d’euros (+12%). Du jamais-vu pour l’entreprise tricolore.
A l’instar d’autres grands groupes de défense en Europe, Thales profite d'un afflux de commandes en équipements militaires qui devrait encore s’amplifier dans les prochaines années. Alors que la nouvelle administration américaine a signifié l’arrêt de son soutien à l’Ukraine, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a dévoilé ce même jour un plan de 800 milliards d’euros pour réarmer l’Europe. De quoi augurer une augmentation des dépenses militaires pour un certain nombre de pays du Vieux continent. «Nous sommes entrés dans une décennie de forte croissance d’objets de défense, et ce partout dans le monde, affirme Patrice Caine. L’Europe redécouvre en fait une réalité que beaucoup de pays n’ont jamais perdue de vue.»
Des équipements militaires sollicités de toutes parts
Equipements pour des Rafale destinés à l’Indonésie, missiles sol-air Aster B1NT pour l’Italie, système de surveillance aérienne pour un client militaire au Moyen Orient, nouvelles frégates F126 par la Marine allemande, radars compacts Ground Master 200 multimission pour le ministère de la Défense néerlandais, munitions de 120 mm pour le Service Interarmées des Munitions (SiMu), systèmes de lutte anti sous-marine HUNTER pour la Marine royale australienne, missiles LMM pour la défense britannique… En 2024, sur les 35 grands contrats d’un montant unitaire supérieur à 100 millions d’euros enregistrés par Thales, 27 concernaient des équipements de défense, terrestres et aériens.
Résultat : le carnet de commandes des activités défense de Thales atteint un niveau lui-aussi record, à 39,2 milliards d’euros, en hausse de 12%, soit 78% du carnet de commandes total. Aux côtés des deux autres branches que sont l’aérospatial et le cyber & digital, celle dédiée aux équipements militaires prend donc du poids dans le chiffre d’affaires de Thales, lequel atteint lui-aussi des sommets. L’an dernier, le groupe a généré 20,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 11,7%. En cinq ans, la part de la défense dans le chiffre d’affaires du groupe est ainsi passée de 51 à 54%.

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Des cadences de production orientées à la hausse
L’accumulation de commandes dans la défense incite Thales à devoir investir pour augmenter ses capacités de production. Elles ont par exemple été multipliées par deux pour les radars entre 2022 et 2024, et vont être encore multipliées par trois d’ici à 2026. Même dynamique pour le missile multi rôle LMM : les cadences ont été doublées entre 2022 et 2024 et vont encore l’être d’ici deux ans. Alors que le groupe fournit environ 25% des équipements du Rafale, il compte suivre le triplement des cadences qui devrait s’effectuer entre 2023 et 2025.
Pour autant, Thales ne va pas immédiatement tirer profit des hausses de dépenses militaires qui pourraient être effectués à court terme par les pays européens, alors que la nouvelle administration américaine a signifié l’arrêt de son soutien à l’Ukraine. «La défense est un secteur de cycles longs, en terme de passation de contrats et d’exécution de contrats, précise Patrice Caine. Ce qui a été dit ces dernières semaines par un certain nombre de dirigeants politiques n’aura pas d’impact en 2025. Par contre, cela aura un effet dans cinq ou six ans, voire dix ans.»
Le spatial patine
Si la défense a le vent en poupe chez Thales, les autres activités n’ont pas non plus à rougir. C’est le cas de la cyber et du digital, musclées par l’intégration d’Imperva et de Tesserent : elle représente 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires, en hausse de 14,8%. Quant à la branche aérospatiale, elle bénéficie du rebond du transport aérien depuis l’après-covid. Elle a cumulé 6,4 milliards d’euros de prise de commandes, soit une hausse de 15%, et a généré un chiffre d’affaires de 5,4 milliards d’euros (+ 4,8%).
Ceci dit, au sein de cette activité, alors que l’avionique profite des livraisons d’avions de première monte et des services après-vente, le spatial fait du sur-place, en raison de l’atonie de la demande dans le marché des satellites géostationnaires. Le rapprochement avec Airbus et l’italien Leonardo pourrait-il enfin voir le jour ? «Nous menons des discussions préliminaires et exploratoires, qui sont donc non engageantes», répond Patrice Caine. Et le dirigeant de préciser qu'il ne se prononcera sur l'issue de cette opération que lorsqu'il aura «quelque chose à dire».



