Comment Thales compte redresser ses activités spatiales

Thales s’est fixé pour objectif de redresser la rentabilité de ses activités spatiales, avec une marge opérationnelle de 7% en 2028 contre 1% en 2023. Outre la réduction des effectifs, le groupe compte actionner plusieurs leviers et mise sur des segments en croissance, tel que le militaire. Les discussions pour un éventuel rapprochement avec les activités satellitaires d’Airbus en sont encore à un stade exploratoire.

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Thales Alenia Space_ capsule
Certes, le marché des satellites de télécommunications s'est effondré. Mais pour Thales, le spatial demeure un secteur plein d'avenir.

Touchées mais pas coulées. Pour Thales, les activités spatiales ont même de belles opportunités devant elles. C’est l’un des messages qu’a souhaité faire passer Patrice Caine, son PDG, à l’occasion de la journée investisseurs organisée à Paris par le groupe de hautes technologies, jeudi 14 novembre. «Ces derniers mois, nos discussions ont été très ancrées sur la crise du secteur des télécoms, mais en prenant un peu de hauteur, on s’aperçoit que les besoins dans le spatial resteront très importants dans les années à venir», a insisté le dirigeant. L’industriel mise même sur une forte hausse de la marge opérationnelle de ses activités spatiales, qui pourrait passer de 1% en 2023 à 7% en 2028.

Thales n’a en effet pas échappé à la crise qui touche de plein fouet le secteur. Il est secoué notamment par l’irruption de la constellation Starlink de SpaceX de satellites en orbite basse et par l’effondrement du marché des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire. Ce qui a conduit Thales à annoncer, en mars dernier, que la société conjointe avec l’italien Leonardo, Thales Alenia Space, allait devoir supprimer 1300 postes, dont près d’un millier en France, d’ici à 2025. Pour sa part, Airbus table sur une réduction de 2500 postes.

Un marché divisé par deux

Cette réduction des effectifs doit contribuer à l’amélioration de la profitabilité des activités spatiales, souligne-t-on chez Thales. En 2018, avant la crise du secteur, la marge opérationnelle de Thales dans le spatial s’établissait à 8%. Le groupe prévoit donc un rétablissement de la rentabilité en une dizaine d’années. Un discours qui passe mal au niveau des organisations syndicales. Celles-ci, soulignant une forte charge jusqu’à fin 2026, fustigent des suppressions de postes dont la moitié sont justifiées «uniquement pour atteindre un niveau de rentabilité record».

Côté direction, on met pourtant surtout en avant une chute des commandes. «Le marché des satellites de télécommunications a été divisé par deux, nous devons donc nous adapter à la réduction de sa taille», a relevé Patrice Caine. Pas de licenciements en vue pour autant, la groupe assure vouloir garder ses compétences. «En France, la totalité des effectifs concernés va être redéployée au sein du groupe, comme nous l’avions fait avec l’aéronautique au moment du Covid», a précisé le PDG de Thales. En clair, la plupart des postes vont être redirigées vers les activités en croissance, la défense notamment.

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Des segments prometteurs

Si le spatial est marqué par une crise des satellites de télécommunications, d’autres segments semblent bien plus florissants, augurant pour Thales de juteux contrats à venir. D’autant que le segment des télécoms ne représente environ qu’un tiers du chiffre d’affaires des activités spatiales du groupe. «La majorité de nos contrats sont effectués avec les grandes institutions et leurs besoins resteront très importants dans les années à venir, a tenu à rappeler Patrice Caine. C’est aussi vrai dans le domaine des applications militaires spatiales, où il y un besoin constant de nouvelles applications.»

Parmi les opportunités qui concentrent l’attention : Iris², le projet de constellation de satellites internet, pour lequel la Commission européenne a donné son feu vert fin octobre. Malgré son retard à l’allumage, ce programme lancé en 2022 constitue pour l’Europe un enjeu de souveraineté de premier ordre, à même de se dresser face aux constellations tels que Starlink et Kuiper, celle du patron d'Amazon, Jeff Bezos.

D'autres réductions de coûts en vue

«Iris² est un projet complexe, sous-tendu par des technologies très avancées, il est donc normal que cela prenne du temps, a plaidé Patrice Caine. Nous nous positionnons en tant que simple constructeur de satellites. L’ambition n’est pas de reproduire ce que fait Starlink, Iris² va consister en un système de satellites multi orbites.» Avec Telespazio, autre société conjointe avec Leonardo, la forte croissance des services spatiaux promet aussi d’aider à tirer les marges vers le haut.

Par ailleurs, Thales entrevoit la possibilité de réduire à court terme un certain nombre de coûts au sein de ses activités spatiales. «Nous finissons un cycle d’investissements importants au niveau de la nouvelle génération de satellites géostationnaires, dénommée Space Inspire, a fait savoir Pascal Bouchiat, le directeur financier de Thales. Elle a représenté un investissement majeur et le cycle de développement va s’achever en 2025, marquant la fin des dépenses associées.» Autre facteur de réduction de coûts prévisible : nombre de contrats de satellites sur la période 2022-2023 ont été signés à prix fixes, ne prenant donc pas en compte la forte inflation. Un facteur désormais pris en compte.

Des discussions exploratoires avec Airbus

Pour muscler davantage ses activités spatiales, Thales va-t-il devoir s’associer à un autre industriel, de quoi gagner rapidement en taille critique ? Depuis plusieurs mois bruisse la rumeur d’un possible rapprochement avec Airbus, soit les deux plus grands fabricants de satellites en Europe. «On a vu apparaître des rumeurs sur des discussions exploratoires, je ne vais pas les commenter, a répondu Patrice Caine. Je ne vais pas fonder notre plan stratégique sur des éléments qui sont à ce stade encore exploratoires. Mais je ne nie pas que ces discussions existent.»

Si le spatial représente le caillou dans la chaussure du groupe de hautes technologies, les autres activités – défense, aéronautique, cybersécurité et digital – devraient toutes connaître de fortes croissances dans les prochaines années. De quoi permettre à Thales de miser sur un chiffre d’affaires de plus de 25 milliards d’euros en 2028, contre 18,4 milliards d’euros en 2023. Quant à la marge opérationnelle à l’échelle du groupe, elle pourrait s’élever entre 13 et 14% à cet horizon, contre 11,6% en 2023. Même l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ne devrait pas remettre ces plans à mal. Cela pourrait même constituer une «source d’opportunités», selon les mots de Patrice Caine, mettant en avant le désir croissant d’une plus grande souveraineté européenne.

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