La construction de deux nouvelles usines chimiques en France avec plus d’un milliard d’euros d’investissements annoncés en une seule journée, c’est du jamais vu dans l’histoire récente de ce secteur. À la manœuvre, on retrouve deux géants de l’industrie chimique mondiale : le numéro un BASF et le groupe américain Eastman (10 Mrds $ de chiffre d’affaires) qui vont tous les deux bénéficier du coup de pouce de France Relance et de France 2030 (jusqu’à 5 à 10 % d’aide pour Eastman) pour leur contribution à la réindustrialisation du pays.
BASF renforce sa chaîne nylon 6,6 à Chalampé
Pour commencer, BASF va renforcer sa chaîne de production de polyamide 6,6 (ou nylon) avec un investissement majeur de 300 M€ dans une nouvelle unité de production de l’un de ses intermédiaires, l’hexaméthylène diamine (HMD). L’unité, d’une capacité de 170 000 t/an, sera installée sur le site de Chalampé (Haut-Rhin), où BASF est présent depuis le rachat en 2020 des activités de Solvay dans le polyamide 6,6. Le projet permettra la création de 50 emplois d’ici à la mise en service de l’unité en 2024. Au terme de cet investissement, BASF affichera une capacité en propre de 260 000 t/an d’HMD, car il a déjà accès à la moitié de la production d’HMD de Butachimie. Cette dernière est une joint-venture (j-v) 50-50, également installée à Chalampé, qu’il partage avec le groupe Invista. L’HMD produit par BASF partira ensuite en Allemagne, dans ses installations de Fribourg, pour l’étape de polymérisation, en présence de son autre matière première, l’acide adipique. À Fribourg, BASF envisage aussi d’accroître sa capacité de production de polyamide 6,6.
Pour l’occasion, le président Macron s’est déplacé sur un site de Chalampé, lundi 17 janvier. Chalampé est une plateforme chimique, également connue sous le nom de WEurope. Cette dernière est gérée par la société Alsachimie, joint-venture 51-49 entre BASF et Domo, et elle abrite trois autres entreprises : Butachimie, ainsi que Linde et Air Products qui sont des fournisseurs d’utilités. Au terme de ce nouvel investissement, le gouvernement a confirmé que la France disposera d’une capacité de production de 350 000 t/an de HMD, soit 65 % de la production européenne et 17 % de la production mondiale.

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Eastman mise sur le recyclage chimique du PET
Le second investissement est encore plus colossal. Eastman va mobiliser 850 M€ pour s’installer industriellement sur le sol français. Il construira la plus grande unité au monde de recyclage chimique de polyester, ainsi qu’un centre d’innovation. Mark Costa, p-dg d’Eastman, a confirmé la bonne nouvelle au président Macron, lors d’un entretien privé qui s’est tenu à l’Elysée, la même journée.
Pour l’heure, on ne sait pas exactement où Eastman compte s’installer, tant les capacités d’accueil sont importantes sur les grandes plateformes chimiques françaises malmenées par la désindustrialisation. Une chose est sûre, l’unité devrait être en mesure de recycler 160 000 t/an de déchets, d’ici à sa mise en service en 2025, entraînant la création de 350 emplois. Le chimiste américain a mis au point un procédé de recyclage chimique – c’est-à-dire avec retour aux monomères - qui passe par une glycolyse ou méthanolyse. Il s’adresse à des produits en PET, post-consommation, tels que les bouteilles en plastique coloré, des fibres de moquette ou encore les vêtements en polyester qui ne sont pas adressables par la voie mécanique. Jusqu’à présent, ils étaient soit mis en décharge, soit brûlés. Une première unité de ce type devrait démarrer sa production cette année, à Kingsport, dans le Tennessee (États-Unis). Avec une capacité de traitement de 100 000 t/an et moyennant un investissement de 250 M$, elle sera pendant un temps la plus grande usine du monde. Une localisation en France s’inscrit en complément pour cet acteur global qui réalise 30 % de son activité en Europe. Eastman dit partager l’ambition forte du pays de lutter contre des plastiques difficilement recyclables mécaniquement, voire pas recyclables du tout, et de contribuer aux enjeux de décarbonation, fixés par le Green Deal.
Bonne ou mauvaise nouvelle pour Carbios ? La technologie proposée par Eastman entre en concurrence avec celle proposée par la société française qui a choisi la voie de la dépolymérisation enzymatique pour traiter un même type de déchets. Mais l’efficacité du procédé, le coût de traitement, la taille du gisement à traiter, les marchés finaux… sont autant de paramètres qui les rendront peut-être difficiles à départager.
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