Depuis 2021, les industriels subissent l’envolée et la volatilité des prix de l’énergie. Entre le premier semestre 2021 et le premier semestre 2022, les tarifs moyens de l’électricité ont enregistré une croissance de 31 %, ceux du gaz de 103 % ! En retour, le gouvernement amis en place le dispositif d’aide aux entreprises touchées parla hausse des prix de l’énergie comprenant le bouclier tarifaire, le guichet d’aide, l’amortisseur d’électricité… Entré en vigueur le 1 er janvier 2023 et visant les PME, l’amortisseur électricité peut par exemple, sous certaines conditions d’éligibilité, permettre la prise en charge d’environ 20 % de la facture globale d’électricité. Face à la crise énergétique, certaines entreprises se veulent résilientes, d’autres adoptent une attitude proactive, mettant en place des actions pour maîtriser leur consommation énergétique et/ ou les évolutions tarifaires. En effet, il existe plusieurs leviers, qui peuvent être activés à court et moyen termes, afin de compresser sa facture.
Diminuer sa consommation
C'est plus que jamais le moment de partir à la chasse au gaspillage.
« C'est à dire vérifier que les extrudeuses et les presses à injecter ne restent pas en veille lors des arrêts de production, que les consignes de refroidissement ne soient pas trop exigeantes, que le chauffage et l'éclairage soient coupés en dehors des temps d'activité… », illustre Jean-Pierre Riche, président de la société de conseils Orygeen. Il est facile de grappiller des gains ici et là, surtout si les mauvaises habitudes sont légion. La démarche d'optimisation débute par l'analyse de son profil de consommation énergétique. Elle sert à mettre en exergue les éléments les plus énergivores et identifier les zones d'améliorations.
Après quoi, plusieurs mesures graduelles sont envisageables selon les objectifs. « Remplacer un compresseur de grande capacité par de petits compresseurs en cascade, se déclenchant en série en fonction des besoins, est un bon moyen de réduire sa consommation énergétique », donne en exemple Cécile Le Borgne, chargée de conseil Santé Sécurité Environnement au sein de Polyvia. L'achat d'un module de régulation spécifique pour réduire la haute pression d'un groupe froid d'après les contraintes extérieures peut contribuer à le rendre moins gourmand. Au niveau des éclairages, le recours à la LED s'avère bénéfique. Il est également possible d'automatiser le pilotage du chauffage et de l'éclairage parle biais de capteurs pour ne consommer que le juste nécessaire. « La récupération de la chaleur émise pour chauffer le bâtiment mérite d'être étudiée de près », rappelle Jean-Pierre Riche. Faire évoluer progressivement son parc de presses à injecter hydraulique vers des modèles électriques avançant des indicateurs de performance tout aussi concurrentiels s'avère une stratégie efficace de réduction des dépenses. « La majeure partie de ces mesures ont un retour sur investissement compris entre 6 mois et 3 ans; d'autant que certaines peuvent être financées en partie par le biais des certificats d'économie d'énergie (CEE) », commente Jean-Pierre Riche.
Autre point de vigilance, la maintenance de l'appareil productif qui doit être régulièrement opérée, de manière à prévenir les surchauffes notamment. Et qui peut conduire à remplacer tout élément défectueux ou obsolète pouvant entacher la productivité et les dépenses. En parallèle, les opérateurs doivent être sensibilisés à l'écoconduite afin d'adopter des comportements résolument plus vertueux. On l'aura compris, réduire sa consommation est le premier levier à actionner. Parla même occasion, il faut veiller à border son budget, en couvrant autant que faire se peut le risque de variation de prix.
Agir sur les prix
Cela passe généralement par une meilleure anticipation des besoins. Pour les entreprises dont le contrat arrive prochainement à échéance, « mieux vaut s'y pencher quelques mois à l'avance pour ne pas compromettre son pouvoir de négociation, avoir le temps nécessaire d'opérer un examen complet des offres disponibles sur le marché et d'apprécier les variations à venir », préconise Cécile Le Borgne. Pour optimiser son contrat d'énergie, l'important est de le dimensionner d'après les besoins réels et les spécificités de son activité. En fonction de la conjoncture, il peut être pertinent d'acheter par tranche. Et/ou de consulter le marché spot d'électricité, sur lequel s'organisent des achats et des ventes la veille pour le lendemain au pas horaire. À défaut de compétence en interne, « vous pouvez vous faire aider par un courtier en énergie sur la mise en concurrence et les négociations sur le prix et la durée de l'abonnement », conseille Cécile Le Borgne.
Moins contraignant que par le passé, le dispositif d'effacement peut être une option intéressante selon son profil de consommation. Par l'intermédiaire d'un contrat, une entreprise s'engage avec un agrégateur ou RTE à ne plus soutirer de l'électricité au réseau à certains moments de l'année, en échange de tarifs avantageux ou de contreparties financières. L'autoconsommation reste par ailleurs un levier particulièrement probant pour sécuriser ses approvisionnements et maintenir ses coûts. Il permet de produire une partie de ses besoins énergétiques, avec un ROI avoisinant les dix ans en moyenne. Le déploiement d'une centrale photovoltaïque dans ses locaux est le plus courant. « Très rentable, cette solution se justifie, y compris dans les Hauts-de-France », souligne Jean-Pierre Riche. Les panneaux solaires sont idéalement installés au sol pour limiter les frais d'installation. Faute de mètres carrés disponibles, ils peuvent être placés sur le toit de l'usine ou en ombrières de parking. Les industriels sont de plus en plus nombreux à investir dans la création d'une ferme photovoltaïque. Il y a deux ans, c'est le choix qu'a opéré le groupe Lenze (aujourd'hui Mov'ntec) pour son site de Ruitz, installant des panneaux solaires d'une puissance totale de 249 KW. De même pour le mouliste de l'Ain SMP qui a installé la sienne à l'automne 2022.
En complément, la signature d'un « Power Purchase Agreement » (PPA) est un autre moyen de se prémunir face à la volatilité des prix et de bénéficier d'une énergie verte. Conclu à des tarifs négociés sur une période pouvant s'échelonner sur 3 à 15 ans voire 20 ans, ce type de contrat peut être envisagé pour une consommation atteignant 15 GW. « En deçà de ce seuil, cette solution n'est pas rentable et vous risquez de ne pas parvenir à intéresser un fournisseur », précise Jean-Pierre Riche. Effectivement, le PPA reste principalement employé par des grands groupes et s'avère plus répandu hors de nos frontières, en Espagne ou en Norvège notamment. Pour faciliter son accessibilité auprès d'entreprises de taille plus modeste, Orygeen vient de constituer un Club PPA. Il regroupe six PME/ETI qui ont pu ainsi sécuriser leur approvisionnement et maintenir leur poste énergétique sur le long terme, en contractant avec un même et unique fournisseur.



