En adoptant la loi énergie-climat le 8 novembre 2019, la France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050 afin de lutter contre le dérèglement climatique. La réduction de l'empreinte carbone est essentielle, et notamment dans le secteur du bâtiment qui est responsable de 20 % des émissions de gaz à effet de serre nationales, représentant le 3e poste national d'émission. Dans ce contexte, la réglementation environnementale 2020 (RE2020) soumet, depuis le 1er janvier 2022, les bâtiments à usage d'habitation à des mesures qui visent à encourager la sobriété et l'efficacité énergétique, à diminuer l'impact carbone sur l'ensemble du cycle de vie des bâtiments en incitant à recourir davantage aux énergies renouvelables et aux matériaux biosourcés, et à garantir la fraîcheur des bâtiments en cas de forte chaleur.
Myral « Il faut, pour toute construction neuve, réaliser le bilan carbone sur le cycle de vie du bâtiment de sa construction à sa fin de vie », rappelle Hélène Genin, déléguée générale de l'Association pour le développement du bâtiment bas carbone. La perspective du calcul de la performance environnementale et sanitaire du bâtiment contraint les parties prenantes à réunir pour chaque produit une fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES). Établie sous la responsabilité du fabricant, elle prend en compte l'ensemble du cycle de vie de l'application, depuis l'extraction des matières premières à sa fin de vie, sans omettre les transports, la mise en œuvre et l'usage du produit. « La base Inies qui rassemble les données environnementales et sanitaires pour le bâtiment répertorie à ce jour plus de 4 700 déclarations environnementales ayant été vérifiées par des tierces parties », commente Hélène Genin.
Efforts collectifs
La construction et la rénovation bas carbone avancent. Pour autant, les efforts à mener restent colossaux et tous les acteurs, et notamment les plasturgistes, doivent s'investir dans cette bataille, en essayant de limiter autant que faire se peut les émissions de CO2 de chacun de leurs produits. « Il est urgent que toutes les filières s'associent et opèrent leur révolution bas carbone. Les plasturgistes doivent miser sur des matières à faible impact, faire évoluer leurs procédés de fabrication pour les rendre moins énergivores, privilégier des circuits courts pour limiter les temps de transport, et améliorer l'économie circulaire; à défaut, leur matière risque d'être substituée par une autre pour certains composants », avertit Hélène Genin. Plusieurs leviers peuvent être activés pour tendre vers un produit bas carbone dans le bâtiment. L'important est de commencer par la réalisation du bilan carbone de son entreprise. Il fournit un état actuel des émissions et invite à la décarbonation, identifiant les gisements potentiels. Cette démarche, l'entreprise Myral l'a entamée en 2021.
Myral « Il ne faut surtout pas faire l'impasse sur cette étape qui est sans doute la plus importante dans la mesure où elle nous permet de réellement apprécier et qualifier notre impact sur l'environnement », commente Julien Bagnard, directeur de l'entreprise.
Myral comprend alors que près de 80 % de ses émissions de gaz à effet de serre sont liées à l'utilisation des matières premières. « En premier lieu, il n'était pas utile de modifier notre process de fabrication ou de verdir notre flotte. Nous avons préféré nous atteler à la recherche de matières premières résolument moins polluantes pour diminuer grandement et durablement notre empreinte carbone », explique Julien Bagnard. Rapidement, l'entreprise, qui met en œuvre des solutions d'isolation thermique par l'extérieur décide de miser sur les déchets post-consommation et de les intégrer dans la composition de ses produits qui contribuent à diminuer les besoins énergétiques du bâtiment pour ainsi s'inscrire dans une démarche vertueuse : la mousse isolante contient dorénavant 15 % de bouteilles PET recyclé (soit près de 2 millions de bouteilles PET recyclées par an) la rive d'emboîtement 50 % de PVC recyclé (environ 6 000 menuiseries fin de vie recyclées par an), le parement entre 75 et 90 % d'aluminium recyclé (soit près de 4 000 000 de canettes recyclées par an). Ayant obtenu tout récemment la certification FDES de l'isolant contenant de la matière recyclée, l'entreprise peut s'enorgueillir d'en avoir réduit l'impact carbone de 44 %, passant de 38,7 kg CO2 par m² avec la solution précédente à 21,6 kg CO2 par m² aujourd'hui.
« Nous avons également amélioré l'écoconception de notre produit, nous amenant à légèrement diminuer sa densité et occasionnant ainsi des gains matière se soldant par une économie de 1,5 kg par m² de CO2 », précise Julien Bagnard.
Des matières moins émettrices...
L'entreprise espère passer la barre des 50 % d'économie carbone d'ici à fin 2024, en augmentant notamment la part de matière recyclée. « L'objectif est d'aller jusqu'à 75 % pour le PVC recyclé sans altération de ses caractéristiques techniques, 20 % de contenu recyclé dans la mousse et 95 % sur l'aluminium. En parallèle, nous travaillons sur la déconstruction de notre produit enfin de vie pour améliorer la recyclabilité des différents composants de manière à agir sur la réduction de l'empreinte carbone à toutes les étapes : nous sommes actuellement en phase de certification pour réemployer l'isolant issu de nos chutes de production; ce qui représenterait un gain potentiel d'environ 2 kg de CO2 par m² dé, » taille Julien Bagnard. Les matières qui concourent à la décarbonation dans le domaine du bâtiment ne font pas défaut. Les matériaux recyclés peuvent être utilisés seuls ou en complément d'autres matériaux pour aboutir à des constructions plus écologiques.
« Les Français surconsomment du plastique au quotidien et les gisements des déchets post-consommation existent en quantité colossale et peuvent offrir des performances équivalentes. Les plastiques sont de surcroît agiles, permettant de réaliser une économie sur d'autres matériaux durant la phase de mise en œuvre. C'est le cas avec notre rive PVC d'emboîtement qui nous permet de ne pas utiliser d'ossature bois ou métal, coûteuse en carbone, lors de la mise en œuvre des produits ! », souligne Julien Bagnard. Les biosourcés sont aussi une alternative à envisager, mais la réflexion doit se faire au cas par cas. Certains produits sont compatibles avec une intégration de matériaux recyclés, d'autres avec des matériaux biosourcés. « Le bon matériau au bon endroit ! », résume Julien Bagnard.
... Qui limitent les déchets et améliorent la circularité
L'utilisation de plastique recyclé dans la construction réduit la quantité de déchets qui finissent dans les décharges ou les océans. L'entreprise Le Pavé, créée en 2018 et spécialisée dans le développement et la production de matériaux durables pour le secteur du bâtiment a adopté cette stratégie gagnante. Cette start-up a déjà développé deux matériaux 100 % recyclables fabriqués à partir de déchets plastique et sans aucun ajout de résine, déposant un brevet de thermocompression permettant de garder la matière recyclable : les panneaux PEHD sont conçus à partir de bouteilles et de déchets de l'industrie cosmétique, les panneaux PS à partir de portes de réfrigérateurs. Ce procédé permet ainsi de réduire de 70 % les émissions de gaz à effet de serre au m² à produit équivalent. Voulant donner du sens et un usage aux déchets, ces matériaux se présentent sous forme de panneaux adaptés aux mises en œuvre verticales, hydrofuges, résistants et non poreux.
C'est dans cette même optique que les briques de construction Blockto -qui ressemblent sensiblement à des Lego- ont été conçues à partir de polypropylène recyclé et recyclable en Vendée. Emboîtables et assemblables sans mortier, ces blocs sont très résistants grâce à une conception en nid d'abeille, robustes et modulables à l'infini; les rendant particulièrement attractifs à l'usage.
Idem pour Bref, un isolant thermique et acoustique fabriqué par Semin depuis novembre 2023 à partir de bouteilles en plastique (38 bouteilles entrant dans la composition d'un panneau de 1 m² x 10 cm d'épaisseur). Il participe à rendre les constructions moins gourmandes en chauffage.
S'habituer à réemployer ou à réutiliser est un moyen de transformer progressivement et on l'espère durablement le secteur du bâtiment. Une stratégie qui s'avère triplement payante. « Nous déconstruisons du PVC qui date d'il y a 30 ans pour le réintégrer dans un produit conçu pour durer une cinquantaine d'années et dont la vocation est de réduire la consommation énergétique », se réjouit Julien Bagnard. L'accès à ces ressources doit encore se fluidifier, des filières s'organisent peu à peu pour mettre sur le marché ces matières de seconde main et les incorporer.
« Il nous a fallu sourcer un fournisseur qui soit capable d'intégrer du PET recyclé dans la fabrication du polyol notamment. La taille de notre entreprise (PME) est une force, car cela nous confère une grande agilité pour faire évoluer nos conceptions et intéresser les fournisseurs vertueux », commente Julien Bagnard chez Myral. Sur ce point, la start-up américaine Fusion amis au point une machine qui a la particularité d'assembler les détritus plastique non recyclables pour en faire des briques de 40 cm de côté grâce à la vapeur et la compression, sans aucun intrant chimique, ni tri, ni nettoyage.
Au-delà de la réutilisation du plastique, ces briques offrent une nouvelle alternative écologique au secteur. Cette technique pourrait contribuer à réduire l'impact carbone de la construction puisque ces parpaings engendrent 41 % d'émissions de CO2 en moins par rapport à des blocs de béton traditionnels. L'entreprise espère ainsi recycler 100 millions de tonnes de plastique d'ici à 2030… Nul ne doute que le besoin en plastique recyclé devrait se renforcer dans les années à venir face aux enjeux de durabilité qui s'imposent dans la construction et le bâtiment. Et qui devraient bien évidemment se renforcer…
UNE DATE À RETENIR !
RENDEZ-VOUS AU SALON DE L'IMMOBILIER BAS CARBONE (SIBCA) DU 7 AU 9 OCTOBRE 2024 À PARIS (CARROUSEL DU LOUVRE) POUR AFFINER ET PARTAGER SES CONNAISSANCES EN MATIÈRE DE DÉCARBONATION.
Chiffres
450 M de tonnes la quantité de plastiques produits chaque année à l'échelle mondiale.
37 % la part du secteur du BTP dans les émissions mondiales de CO2.
1,3 tonne les émissions carbones émises parla construction d'1 m² de bâtiment neuf.
8 % la part de la production plastique mondiale issue du recyclage.
Photos : Myral



