Reportage

Pierre Lannier mise sur la montée en gamme pour développer sa production de montres en France

Sur son site d'Ernolsheim-lès-Saverne (Bas-Rhin), la firme familiale Pierre Lannier fabrique des montres depuis les années 80. La marque a récemment lancé un modèle d'une gamme supérieure avec un taux important de composants fabriqués en France, et a investi 250000 euros dans la modernisation de son atelier. Ce qui lui permet d'avancer sur la relocalisation de la production de ses modèles, auparavant majoritairement produits à Madagascar.

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Opératrice horlogerie Pierre Lannier
Le recrutement d'artisans horlogers est difficile, tant les apprentis ont les yeux rivés sur la Suisse.

L’opératrice prend le mouvement avec des gants, le pose sur le cadran de la montre, serre les vis avec une minutie et une rapidité acquises après de longues sessions d’apprentissage, retire les impuretés grâce à un aspirateur fin, puis l’emballe soigneusement. Des opérations quotidiennes pour l’équipe de 15 personnes — principalement des femmes — qui fabrique les montres Pierre Lannier, à Ernolsheim-lès-Saverne (Bas-Rhin). Dans cette bourgade de 600 habitants, où le brouillard épais du mois de janvier empêche de voir à plus de 100 mètres, la famille Burgun a lancé la marque de montres Pierre Lannier, en 1977.

Délocalisation à Madagascar…

Au début des années 2000, avec l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, les montres made in China et leurs très bas prix font leur apparition dans les vitrines. Pierre Lannier doit réagir. «Après avoir rencontré un fabricant de bracelets en cuir à Madagascar, mon père décide d’ouvrir un atelier là-bas», raconte Pierre Burgun, PDG de Pierre Lannier. L’atelier de production à Antananarivo, où le salaire minimum est de l’ordre de 50 euros, emploie ainsi 27 salariés (pour 83 salariés en France). La part de production hexagonale diminue fortement, atteignant les 15% en 2013. Selon Pierre Burgun, les anciens opérateurs de production se sont reconvertis «dans le marketing et l’administration des ventes», entre autres.

… et retour en Alsace

Mais à partir de 2013, porté par un certain élan autour du Made in France et la demande croissante pour dans certains pays comme le Japon, Pierre Burgun décide de relocaliser la majorité de la production. Un défi plutôt réussi : en 2024, 82% des montres de l’entreprise étaient fabriquées en France. Mais cela a nécessité des aménagements, notamment en termes de prix. «La différence de coût de fabrication entre une montre fabriquée à Madagascar et en Alsace est de 3,60 euros. Si nous faisions toutes nos montres à Madagascar, nous économiserions 600000 euros par an, indique Pierre Burgun. Le prix de vente moyen de nos montres est passé de 80 à 150 euros entre 2001 et aujourd'hui.»

L’horloger, dont le chiffre d’affaires est de 16 millions d’euros, a également lancé 1977 en octobre 2024, une gamme de montres dont 75 à 80% des composants proviennent de France, ce qui lui a valu de recevoir le label "Origine France Garantie". Mouvement fabriqué par France Ebauches dans le Doubs, berceau de l’horlogerie française, cuir issu d’une tannerie alsacienne… les composants viennent de fournisseurs tricolores, seul le cadran vient de Suisse. Le prix d'achat des modèles de cette gamme est compris entre 1577 et 1777 euros.

Un atelier flambant neuf

Pour fabriquer ce modèle, et rénover le site de fabrication, la firme familiale a investi 250000 euros durant l’été 2024. L’occasion d’investir dans de nouveaux équipements, comme une machine pour poser les aiguilles — mais seulement les grandes, l’outillage nécessaire pour poser les petites étant trop onéreux —, ou un nouveau graveur laser autonome, qui laisse les mains de l’opératrice libre pour effectuer une autre tâche.

Des équipements qui permettent de gagner du temps, mais qui ne fonctionnent pas automatiquement. «En général, quand on relocalise une production, on cherche à automatiser, mais cela n’est pas possible dans l’horlogerie, ou coûte beaucoup trop cher», souligne Raphaël Plaza, directeur des opérations et ancien de chez General Motors. Clin d’œil à son passé dans l’automobile, l’atelier est depuis peu équipé d’un écran qui indique l’avancement de la production.

L’atelier a également été équipé d’un flux laminaire, consacré à l'emboitage des mouvements des montres 1977, pour éviter toute trace de poussière. «Quand nous recevons des apprentis en CAP horlogerie, c’est cette étape qu’ils préfèrent, sourit Pierre Burgun. Mais leur rêve, c’est la Suisse. Il est difficile de les recruter, sauf s’ils habitent en Alsace.» L’entreprise rêve aussi d'export, voulant accroître ses ventes à l’étranger. «Nous faisons aujourd’hui 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’export, alors qu’avant la crise sanitaire nous en faisions 4», se rappelle le dirigeant. Parmi les 50 pays où ses marques sont distribuées, l’Arabie saoudite fait figure de «grand marché d’avenir» pour la firme qui souhaite atteindre les 50% d'export d'ici à 5 ans.

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