Trois mois ! C’est le délai accordé à Nestlé Waters par le Préfet du Gard, Jérôme Bonet pour se mettre en conformité avec la réglementation sur les eaux minérales. Le groupe suisse doit abandonner la microfiltration à 0,2 micron dans les deux mois à partir d’aujourd’hui, mercredi 7 mai. Début août, l'État prendra la décision d'interdire ou non à l'entreprise d’utiliser l’appellation «Eau minérale naturelle» sur les bouteilles commercialisées. Il prendra ensuite à la fin de l'été la décision de renouveler ou non l’autorisation d‘exploiter les forages de la source Perrier.
C’est un coup dur pour le site de Vergèze et son millier de salariés, mais la décision préfectorale n’est pas une surprise après les conclusions du rapport des hydrogéologues qui avaient rendu début avril un avis défavorable. Il confirmait celui de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) en 2023. C’était Laurent Freixe, le patron de Nestlé qui avait divulgué l‘information lors de son audition le 9 avril dernier par la Commission d’enquête du Sénat sur les pratiques des minéraliers. Dans son rapport, l'agence évoquait un pouvoir désinfectant de la microfiltration et une modification du microbiome de l’eau.
Deux mois pour supprimer les filtres à 0,2 micron
«À la suite de la mission d’inspection diligentée en mai 2024 sur le site de production d’eau minérale naturelle «Perrier» à Vergèze et au regard des éléments transmis en réponse par l’exploitant, le préfet du Gard a mis en demeure, ce jour, la société Nestlé Waters Supply Sud, de retirer dans un délai de deux mois les filtres d’un diamètre de 0,2 µm, peut-on lire dans le communiqué. Il ressort en effet des analyses de l’ARS Occitanie que ces traitements modifient les caractéristiques microbiologiques de l’eau, en contradiction avec la réglementation applicable à la production d’eau minérale naturelle. Parallèlement, l’instruction de la demande de renouvellement de l’autorisation d’exploitation des forages destinés à la fabrication d’eau minérale naturelle se poursuit après la réception, le 7 avril 2025, de l’avis des hydrogéologues. En application du code de la santé publique, le préfet du Gard doit se prononcer avant le 7 août prochain sur la demande formulée par la société Nestlé Waters Supply Sud.»
À l’occasion d’un point presse depuis Vergèze (Gard), la PDG de Nestlé Waters avait exprimé le 9 avril son désaccord avec les conclusions des scientifiques. «C’est une déception qui provoque une inquiétude chez les salariés, indiquait a précisé Muriel Lienau. Il faut clarifier le cadre dans lequel nous pouvons opérer. Nous sommes en désaccord avec une partie des conclusions.» Cela pourrait constituer un précédent dommageable pour les activités des minéraliers selon Nestlé Waters, car ces déviations sont liées au dérèglement climatique et aux activités humaines. En tout cas, le scandale Nestlé lié à la microfiltration n'est pas terminé. Il a atteint le sommet de l'Etat.



