Pepper est un élément central dans la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) mise en place par le ministère de la Transition écologique et le ministère de la Santé telle que réaffirmée en 2017. Cette plateforme de validation publique-privée a vu le jour deux ans plus tard, sous forme d'association loi de 1901, pour permettre une validation scientifique des méthodes issues de la recherche sur les perturbateurs endocriniens, un sujet de préoccupation majeur pour les consommateurs. Si les réglementations européennes les régissent de façon de plus en plus affirmées, les méthodes d'essais scientifiques disponibles à l'heure actuelle ne sont pas en mesure de caractériser l'ensemble des mécanismes possibles d'action de la perturbation endocrinienne, qui peuvent être nombreux, sachant que le système endocrinien (ou hormonal) est constitué de différentes glandes, notamment les ovaires, les testicules, les glandes thyroïdiennes, parathyroïdiennes et surrénales, l'hypophyse, l'épiphyse cérébrale et le pancréas. Cette mauvaise mesure de la perturbation endocrinienne s'explique notamment par l'insuffisance du nombre de méthodes analytiques validées.
« Peut-on imaginer faire une mesure de distance sans un étalon-mètre ? Non. Peut-on imaginer caractériser les perturbateurs endocriniens sans avoir une série de méthodes qui soient validées et reconnues par tous ? Je crois qu'on a répondu… on en a absolument besoin », explique Philippe Prudhon, président de la plateforme Pepper et ancien responsable des affaires réglementaires de France Chimie.
Face à cette situation, les associations professionnelles France Chimie, la FEBEA, ainsi que la Fondation de la Maison de la Chimie, en partenariat avec le ministère de la Transition écologique et solidaire, celui en charge de l'agriculture, celui en charge du travail, et des industriels tels que BASF, Bayer, le FHER ou LV MH, pour ne citer que ceux dont la contribution financière porte l'association, se sont associés pour créer Pepper, dont l'objectif est de réaliser une « pré-validation » des méthodes d'essai en toxicologie et écotoxicologie pertinentes. Philippe Prudhon revient sur les débuts de Pepper et son ambition : « Les perturbateurs sont un sujet très sensible en France depuis une dizaine d'années. C'est la raison pour laquelle nous avons créé une structure pour travailler sur ces substances au niveau de la caractérisation de leurs propriétés. Cela signifie que nous n'avons pas vocation à faire de la prestation de service pour déterminer si telle ou telle substance est un perturbateur endocrinien. En revanche, nous voulons valider des méthodes de caractérisation et qu'elles soient adoptées au niveau international par l'OCDE. » Philippe Hubert, directeur de la plateforme depuis 2019, poursuit : « Notre ambition n'a jamais été de décider du classement de telle ou telle substance comme perturbateurs endocriniens, mais de donner des outils à ceux qui en sont chargés. Nous avons réuni les industriels, les autorités et les ONG. Tout le monde en avait assez de ce doute et de ce désordre sur le sujet, au risque devoir certains industriels « boycotés » et des autorités discréditées. Tout le monde a été d'accord pour avancer. »
Des méthodes tirées de la littérature à valider

- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
- 95.92+1.23
9 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Là où le bât blesse, c'est qu'il existe de très nombreuses méthodes de caractérisation d'effets endocriniens décrites dans la littérature. Ces descriptions reposent sur des tests effectués sur des espèces vivantes les plus diverses ou sur des cellules in vitro ce qui réduit les coûts et les durées, tout en ciblant des mécanismes précis. Pour autant, ces méthodes sont-elles toutes pertinentes et reproductibles, et accessibles à tous ? Fort d'une équipe de six permanents dont cinq experts internationaux, Pepper a commencé ses travaux par un travail bibliographique approfondi, dans le but de recenser le plus de méthodes de caractérisation possible. Puis, la plateforme a développé un questionnaire d'autoévaluation à l'attention des développeurs pour leur permettre d'évaluer la maturité et la robustesse de leurs méthodes, dans le but de ne sélectionner que les plus pertinentes au regard des enjeux d'évaluation. Ensuite, les méthodes retenues entament le processus de validation scientifique (essais circulaires en aveugle par exemple). Ce processus passe par la sélection de trois laboratoires publics ou privés en Europe où seront reproduites les méthodes de caractérisation sur un certain nombre de produits. En cas de reproductibilité des résultats, les méthodes pourront être validées et portées vers les instances internationales comme l'OCDE.
« Nous avons un rôle de passeurs. Nous recherchons des méthodes dans le domaine académique, vérifions qu'elles soient solides et nous les portons en aval », résume Philippe Hubert. Dans tous les cas, le processus reste long et coûteux. « Nous avons déjà 11 méthodes encours d'évaluation à travers le monde et nous venons de lancer deux nouveaux appels d'offres internationaux pour sélectionner les laboratoires qui conduiront les prochains tests, afin d'atteindre la validation de 13 méthodes », poursuit Philippe Prudhon. « Notre objectif est de lancer trois nouvelles méthodes de caractérisation par an », ajoute-t-il. D'ores et déjà, 70 experts ont été impliqués dans les travaux de Pepper depuis cinq ans. Environ 25 laboratoires à travers le monde ont participé aux tests. Quatre articles scientifiques ont été publiés. Mais Philippe Prudhon estime que le travail est loin d'être terminé, car il en faudrait plus d'une vingtaine supplémentaire pour pouvoir couvrir tout le spectre de manifestation des effets endocriniens. En parallèle, Pepper avance sur la reconnaissance de ses travaux par l'OCDE. Déjà cinq méthodes sont au programme de travail, dont une en phase finale pour une reconnaissance par l'organisation internationale dont les « lignes directrices d'essai » permettent l'acceptation mutuelle des données entre pays, mais aussi par tous les acteurs : industrie, parties prenantes, pouvoirs publics.
On mesure bien ici le travail de titan exécuté par la plateforme Pepper, qui a été salué par une affluence record de quelque 400 personnes, le 6 décembre 2024, à l'occasion d'un grand colloque international organisé à Paris pour les cinq ans de la plateforme. La manifestation a été l'occasion de rappeler toute la particularité de Pepper. « Il y a des budgets européens sur les perturbateurs endocriniens, mais ce processus de validation, qui est un travail répétitif pour s'assurer de la robustesse, n'existe pas au niveau européen. Seul Pepper s'y attèle, etc'est pour le bien de tout le monde », a déclaré le président, tout en rappelant l'importance de poursuivre le financement de Pepper, qui a à peine parcouru la moitié de son chemin.
Perturbation endocrinienne : ce qu'il faut retenir
Le système endocrinien (ou hormonal) est constitué de différentes glandes et des hormones qu'elles produisent. Il comprend notamment les ovaires, les testicules, les glandes thyroïde, parathyroïdes et surrénales, l'hypophyse, l'épiphyse cérébrale et le pancréas. Les hormones jouent le rôle de messagers et régulent de nombreuses fonctions essentielles de l'organisme. Elles sont d'ailleurs transportées par le sang et les vaisseaux lymphatiques, et se fixent à des récepteurs qui leur sont spécifiques au niveau des cellules cibles et déclenchent ainsi leurs effets biologiques.
La définition des perturbateurs endocriniens fait encore l'objet de débats au niveau international. Cependant, celle proposée par l'Organisation mondiale de la santé en 2002 est la plus communément admise : les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui empêchent le bon fonctionnement du système hormonal et provoquent un effet néfaste pour la santé. Il existe ainsi de nombreux perturbateurs endocriniens de synthèse : par exemple le BPA (bisphénol A), les phtalates, les parabènes, le phénoxyéthanol, les éthers de glycol, le formaldéhyde, les composés polybromés, des produits de combustion comme les dioxines, les furanes, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les produits organochlorés (DDT, chlordécone…)..
À noter qu'il existe aussi des perturbateurs endocriniens d'origine naturelle comme les phytoestrogènes présents notamment dans le soja (présence dans les préparations à base de protéines végétales) ou certaines huiles essentielles (lavande, arbre à thé… ).
La communauté scientifique recommande de tous les prendre en compte, quelle que soit leur origine, en tenant compte de leur potentiel d'action.
D'autant plus que l'exposition à un mélange de plusieurs perturbateurs endocriniens pourrait avoir des effets très différents de l'exposition aux substances seules. On par le d'« effets cocktail » : leurs effets pourraient s'additionner, se renforcer ou au contraire s'inhiber.



