Entretien

Penser que la baisse du bilan carbone de l'aérien passe par une diminution du trafic est une "illusion", selon l'Union des aéroports français

L'Assemblée Nationale a voté l'interdiction des vols intérieurs si une alternative en train de moins de 2 heures 30 est possible. Une erreur stratégique qui pourrait coûter cher au secteur, selon Nicolas Paulissen, délégué général de l'Union des aéroports français.   

 

Réservé aux abonnés
Nicolas Paulissent DG UAF
Nicolas Paulissen est délégué général de l'Union des aéroports français.

La loi Climat, débattue en ce moment à l'Assemblée Nationale, contient différents articles visant à réduire l'impact environnemental du secteur aérien. Mesure emblématique, la suppression des vols nationaux lorsqu'une alternative en train de moins de 2h30 existe a notamment été votée samedi 10 avril. La disposition était réclamée par la Convention citoyenne, qui exigeait néanmoins une fermeture des lignes en cas de trajet alternatif en moins de quatre heures. D'autres mesures ont été actées par les députés, comme l'interdiction de l'agrandissement des aéroports "dès lors que ces opérations conduisent à augmenter les émissions nettes de gaz à effet de serre générées par l’activité aéroportuaire". Enfin, le projet de loi vise une compensation carbone obligatoire pour toutes les lignes domestiques d'ici 2024.     

L'Usine Nouvelle. - Les mesures visant à diminuer l'impact carbone du secteur aérien vous semblent-elles pertinentes ?    

Nicolas Paulissen - Nous sommes très déçus par ce vote, on espère qu'il sera supprimé au niveau du Sénat. Nous avions clairement fait part de notre opposition à ce texte de loi et à son esprit, même si les mesures retenues sont en-deçà de celles demandées par la Convention citoyenne. Ce qui nous gêne, c'est de considérer que l'amélioration du bilan carbone du secteur aérien passe nécessairement par la décroissance du trafic. Cela relève d'une illusion pour une raison simple, la suppression de certains trajets dans un seul pays n'aura pas d'impact ou très peu dans un secteur mondialisé.

L'article sur la compensation carbone, qui devra donc être obligatoire pour toutes les lignes d'ici 2024, est aussi incohérent. Pourquoi imposer des nouvelles normes pour l'ensemble des liaisons domestiques et dans le même temps en supprimer certaines ? Cela n'a pas de sens, ces lignes auraient fait partie de ce cadre législatif, il n'y a donc aucun intérêt écologique à les supprimer.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Autre mesure qui nous semble dommageable, l'augmentation de la fiscalité carbone. Là encore, la mettre en œuvre dans un seul pays ne sert pas à grand-chose… C'est se tirer une balle dans le pied. On va perdre des emplois, du dynamisme dans les territoires, faire fuir les entreprises et fortement restreindre la mobilité des citoyens.

Quelles solutions préconisez-vous pour diminuer l'impact carbone du secteur ?

A la place de la décroissance, nous plébiscitons le verdissement du secteur. Nous avons en France et en Europe une filière aéronautique d'exception qui n'a plus à démontrer sa valeur. Nous sommes capables d'innovations technologiques que le monde nous envie. L'augmentation de la fiscalité va se répercuter sur ces activités. Nous risquons de perdre en compétitivité et d'entamer notre capacité à faire évoluer l'aviation vers un modèle plus respectueux du climat. Alors que cette force industrielle et technologique a justement un rôle à jouer pour établir de nouvelles normes qui auraient une efficacité mondiale.

Pensez-vous que des aéroports pourraient-être menacés de fermeture?

Non, pas directement. Mais ils vont souffrir de cette baisse d'affluence et donc de revenus. Cela pourrait entrainer des pertes d'emplois, des délocalisations et même des fermetures d'entreprises. L'aéroport de Bordeaux (Gironde) par exemple, pour lequel la ligne Orly (Val-de-Marne)-Bordeaux représente 566 000 passagers par an, soit un dixième des 7 millions de passagers annuels. C'est tout le territoire qui risque de souffrir de cette baisse de fréquentation de 10%. Sans compter les habitants eux-mêmes, qui verront leur mobilité fortement entamée. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs