Un an après avoir obtenu l’aval du conseil d'administration et cinq mois après avoir décroché le permis de construire, le groupe Orano a officiellement lancé le jeudi 10 octobre les travaux d’extension de l’usine Georges Besse II. Budgété à hauteur de 1,7 milliard d’euros, ce projet prévoit la construction d’un bâtiment de 20 000 m² accolé à l’usine originelle opérationnelle, elle, depuis 2013.
Cette nouvelle réalisation, qui accueillera quatre modules en complément des 14 déjà installés, doit permettre au groupe Orano d’augmenter de 30% sa capacité d’enrichissement par centrifugation, soit 2,5 millions d’UTS supplémentaires par an. Quelque 120 millions de foyers pourront ainsi être alimentés avec une électricité d’origine nucléaire produite à partir d’un combustible enrichi dans la vallée du Rhône. Du fait des choix technologiques retenus, cette nouvelle usine devrait commencer à produire en 2028 et être pleinement opérationnelle en 2030.
«Ce nouveau site est la réplique exacte de ce que nous avons mis en place par le passé. Cette option présente un double avantage puisqu’elle va nous permettre de respecter le timing et de garantir la qualité de nos produits» a expliqué Claude Imauven, le président du conseil d’administration du groupe français peu de temps après avoir dévoilé la plaque inaugurale. Dans le détail, ce chantier confié à des entreprises régionales pour la plupart, représente 30 000 m3 de béton armé, 1 400 tonnes de charpentes métalliques, 60 kilomètres de tuyauteries et 800 kilomètres de câbles. Entre 300 et 500 personnes y seront affectées chaque jour avec des pointes à 1 000 personnes en fonction de l’avancée des travaux.
Une question de souveraineté énergétique dans un contexte géopolitique incertain
La construction de ce nouvel équipement est une des conséquences directes du conflit russo-ukrainien. Cette nouvelle usine a en effet pour vocation de contribuer à la souveraineté énergétique occidentale. Le marché mondial de l’enrichissement d’uranium est, en effet, dominé par le groupe russe Rosatom qui détient, à lui, seul, 43% des capacités mondiales de production. Or, la Russie qui exporte sa production dans le monde entier - y compris en France et aux USA - pourrait être tentée de stopper ou pour le moins de ralentir ses livraisons d’uranium pour faire pression sur les alliés de Volodymyr Zelensky, voire les punir. «L’idée, au travers cette extension capacitaire, est de permettre à nos clients français, mais aussi japonais, coréens, suisses, belges ou américains comme ils nous l’ont demandé, de leur fournir davantage de matières premières pour alimenter leurs centrales et ainsi, d’être moins dépendants des atomes russes», explique Orano qui a d’ores et déjà contractualisé avec ses clients.
Selon la même logique, le groupe français a également en projet la construction d’un site aux Etats-Unis dans l’état du Tennessee, à Oak Ridge, actuellement propriété du Département de l’énergie américain. Cet investissement de plusieurs milliards de dollars est une réponse à la mise en œuvre d’une nouvelle loi américaine qui proscrit totalement l’importation d’uranium russe à partir de 2028. Rappelons qu’avec 96 réacteurs en fonctionnement, les Etats-Unis sont les plus gros consommateurs d’uranium enrichi au monde, une matière qu’ils ne produisent pourtant pas sur leur sol.



