[Objectif neutralité carbone] De très lourds investissements à venir dans la chimie

L'industrie chimique n'a pas d'autre choix que de se transformer face au changement climatique. Cela nécessitera des investissements conséquents.

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Amélioration de procédés, énergie décarbonnée, mesures compensatoires... Lanxess met tout en oeuvre pour tendre vers la neutralité carbone.

L’industrie chimique joue le jeu. Elle n’a pas le choix. Energivore, donc gros émetteur de gaz à effet de serre, le secteur est, notamment en France, le plus gros consommateur de gaz (30 %) et d’électricité (20 %). La mobilisation des industriels a permis de réduire de 61 % les émissions au niveau européen et de 55 % l’intensité énergétique de la chimie, malgré une hausse de 84 % de la production, filière pharmaceutique incluse, entre 1990 et 2016.

Dans l’Hexagone, la diminution des émissions est du même ordre (61,3 %). Cette réussite découle de l’élimination de 95 % des émissions de protoxyde d’azote (N2O), au pouvoir de réchauffement global trois cent fois supérieur à celui du CO2. Il tient aussi à une meilleure efficacité énergétique, à l’utilisation privilégiée du gaz par rapport au charbon et au fioul, et à quelques investissements dans les énergies renouvelables (biomasse, déchets, chaleur de récupération...).

Les émissions de la chimie sont issues à 60 % de la combustion d’énergie pour obtenir de la chaleur nécessaire aux procédés. Le reste correspond aux émissions de procédés, donc de réactions chimiques pour l’obtention de produits : 5 % viennent du N2O et 35 % du CO2. Les engrais azotés, l’hydrogène et la pétrochimie représentent quasiment la moitié des émissions du secteur. Or, ces émissions sont "très difficiles à abattre", rappelle Sylvain Le Net, le responsable énergie et changement climatique de France Chimie. L’organisation professionnelle estime que, d’ici à dix ans, le secteur pourrait réduire encore de 7 % à 25 % les émissions actuelles, à production constante. Le Cefic, la fédération européenne, considère comme envisageable une baisse supplémentaire de 50 % d’ici à 2050. Mais ces performances passeraient par l’accès important à des énergies décarbonées, des procédés encore plus innovants, le développement de la capture, stockage et réutilisation de CO2 et des investissements considérables. En 2019, la VCI, la fédération allemande du secteur, estimait possible une neutralité carbone de la chimie outre-Rhin à l’horizon 2050 à condition d’investir pas moins de 45 milliards d’euros !

Premières initiatives

En Europe, quelques rares chimistes ont déjà avancé des projets de neutralité carbone. C’est le cas de l’allemand Lanxess, producteur de spécialités, d’additifs, d’intermédiaires et de plastiques (15 500 salariés, 7,2 milliards d’euros de ventes en 2018). Après avoir réduit de moitié ses émissions depuis 2004, il ambitionne de passer de 3,2 millions de tonnes à moins de 300 000 tonnes d’ici à 2040 via des améliorations de procédés, de l’énergie décarbonée et des mesures compensatoires pour les émissions résiduelles. Le norvégien Yara (17 000 salariés, 11,7 milliards d’euros en 2018) vise lui aussi une trajectoire de neutralité carbone pour 2050. Géant européen des engrais, le groupe développe notamment des projets d’alimentation en hydrogène vert pour ses complexes de production d’ammoniac. Les deux premiers ont été lancés en 2019 , l’un en Australie avec le français Engie et le second en Norvège avec le norvégien Nel.

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