Ni la concurrence féroce dans les traitements du diabète et de l’obésité, ni les risques de taxation américaine sur les médicaments ne changent le cap des investissements de Novo Nordisk en France. Le laboratoire danois déploie comme convenu ses gigantesques projets industriels sur son complexe de Chartres, en Eure-et-Loir.
Les effets des 2,1 milliards d’euros d’investissements – financés entièrement sur fonds propres, sans aide - annoncés en novembre 2023 commencent à se voir sur le site et il n’y a «aucune remise en cause du projet» a affirmé Etienne Tichit, le directeur général de la filiale France. Le 26 mai, le groupe a dévoilé la finalisation d’un ensemble de deux bâtiments principaux, recevant à l’occasion pas moins de trois ministres dont celui de la Santé. Yannick Neuder en a d’ailleurs profité pour annoncer un plan obésité en septembre.
Derrière celui du diabète, le marché colossal de l'obésité
Or l’obésité est le nerf de la guerre actuellement pour les laboratoires comme le danois Novo Nordisk et l’américain Lilly avec leurs nouvelles molécules de la classe des analogues du GLP-1. Ces médicaments déjà efficaces et prescrits pour le traitement du diabète ont commencé à prouver leur efficacité contre le traitement de l’obésité. Avec la promesse de marchés colossaux. Selon Novo Nordisk, 589 millions d’adultes souffraient de diabète dans le monde en 2024. C’est deux fois plus qu’en 2009 (285 millions) et le chiffre pourrait augmenter de 45% d’ici à 2050, à 853 millions de patients. En parallèle, le nombre d’adultes souffrant d’obésité représente 1 milliard dans le monde aujourd’hui, et devrait augmenter de plus de 50% ces dix prochaines années pour dépasser 1,5 milliard d’adultes en 2035.
Dans son portefeuille, Novo Nordisk dispose de l’Ozempic, indiqué dans le traitement du diabète, prescrit et remboursé. En revanche, cette même molécule pour le traitement de l’obésité, commercialisée sous le nom Wegovy, échappe pour le moment à la prescription et ne bénéficie pas du remboursement en Europe, sauf au Royaume-Uni et en Suisse. Etienne Tichit précise que le laboratoire «a déposé les dossiers comme prévu» en France, ainsi que «les modèles médico-économiques comme demandés», et que la décision est aujourd’hui «dans les mains» des autorités françaises de régulation du médicament. En l’occurrence, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), la Haute autorité de santé (HAS) et le Comité économique des produits de santé (CEPS) pourront éventuellement approuver l’indication pour l’obésité, avec prescription et remboursement.
La France prépare un plan contre l'obésité, avec une prise en charge la plus large possible
Yannick Neuder souhaite que les évaluations en cours arrivent à terme rapidement et espère une décision «si possible avant l’été». Les signaux semblent en tout cas encourageants du côté du gouvernement. Selon le ministre, l’objectif du futur plan obésité est de «faire en sorte qu’en France on puisse prendre en charge» l’obésité «sur tous les plans : éducatif, sanitaire, sportif, et médicamenteux». Interrogé lors de sa visité à Chartres sur le problème des comptes très déficitaires de la sécurité sociale, Yannick Neuder a même souligné que «les questions budgétaires viendront à l’automne avec le budget de la sécurité sociale, mais il est hors de question de ne pas porter une innovation thérapeutique à des patients dans le cadre de leur diabète de leur obésité pour des problématiques budgétaires».
Les investissements industriels de Novo Nordisk à Chartres se concrétisent
En attendant, Novo Nordisk avance sur son grand chantier qui va permettre de doubler ses capacités de production à Chartres et d’y produire tous les médicaments du groupe et pas seulement les traitements contre le diabète, la spécialité du site depuis sa création en 1961. En plus des deux nouveaux vastes bâtiments tout juste érigés et qui commencent à être équipés pour les formulations aseptiques, tracteurs, grues et ouvriers s’affairent sur le site. Les mises en service sont prévues à partir de 2027 puis de 2028. En termes d’emplois, Novo Nordisk à Chartres frôle désormais les 1900 employés, et arrivera à plus de 2000 à l’horizon 2030.
Le site s’est déjà renforcé ces dernières années. Le laboratoire a finalisé un premier investissement de 130 millions d'euros annoncé début 2023, avant le grand plan de transformation. Destiné à renforcer les capacités d’assemblage de stylos injecteurs d’insuline, le nouveau bâtiment dispose déjà de plusieurs lignes d’assemblage et de conditionnement en service. Deux des six lignes prévues sont actuellement dans les phases de qualification et de finalisation pour démarrer ces prochains mois.



