L'Usine Nouvelle - Arkema va renforcer ses capacités mondiales de Pebax. Quel est cet élastomère et quels sont ses champs d’application ?
Erwoan Pezron - Le Pebax est un élastomère thermoplastique de haute performance, qui se distingue par sa légèreté et son retour énergétique, sa flexibilité et sa forte résistance à l’impact. Il est très utilisé dans le domaine du sport, pour des semelles de chaussures de course, les chaussures de ski et de randonnée, de football, mais on trouve aussi des applications dans les putters de golf ou même les raquettes de badminton.
Le Pebax est aussi très utilisé dans le domaine médical grâce à ses propriétés mécaniques particulières, comme pour les cathéters où il apporte une très grande précision, et dans les biens de consommation comme les ordinateurs portables, les téléphones, les écrans flexibles, dans les vêtements en tant que fibres élastiques. On trouve enfin des applications plus industrielles. Il est utilisé ainsi comme additif antistatique dans le traitement d’équipements électroniques. Ce sont les quatre grands secteurs applicatifs en croissance.
A quel point votre gamme Pebax Rnew est-elle biosourcée ?

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
- 95.92+1.23
9 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
C’est une version à base de polyamide 11 dérivé d’huile de ricin, donc biosourcée, au lieu d’un bloc pétrochimique. Nous fabriquons le monomère à Marseille et bientôt à Singapour. Cela dépend des grades, mais la partie biosourcée peut aller de 30% à 95% dans le Pebax. Si on parle de performance pure, les propriétés peuvent même être supérieures en biosourcé, selon les grades, en termes de résistance. D’autre part, la caractère biosourcé améliore l’analyse de cycle de vie avec une empreinte carbone moindre. De plus le Pebax est très recyclable. Le défi est de monter des chaînes d’approvisionnement pour ce type de recyclage, c’est pour ça que nous avons acquis Agiplast en Italie il y a sept mois. La famille Pebax s’inscrit dans la stratégie ABC de nos investissements dans les polymères : A pour advanced, les matériaux avancés, B pour biosourcé et C pour circulaire.
Comment se comporte la demande ?
La demande en biosourcé est en très forte croissance, bien valorisée en particulier dans certains marchés de consommation. Elle est forte pour le Pebax et Arkema, inventeur de ce type de polymères, est le seul à disposer de cette possibilité en biosourcé.
L’investissement pour des capacités supplémentaires à Serquigny concerne les deux grands types de Pebax ?
La nouvelle unité pourra produire le traditionnel ou le biosourcé. Nos lignes, à Serquigny et dans notre autre unité Pebax à Birdsboro, aux Etats-Unis, sont flexibles et permettent de faire l’un et l’autre, en s’adaptant à la demande.
Quel est le montant de l’investissement à Serquigny, et comment cela se traduit en termes de capacités ?
Le projet permettra d’augmenter de 25% nos capacités mondiales de Pebax. A Serquigny c’est davantage, il s’agit d’une augmentation capacitaire très significative. En termes d’investissement on parle de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le projet porte aussi sur l’amélioration environnementale du site. Nous allons réduire la consommation d’eau, d’environ 25%, grâce à l’optimisation des procédés.
Cela concerne tout le site ou juste les nouvelles lignes ?
L’ensemble. Cela va permettre de moderniser le site où sont aussi produites les gammes de polyamide 11 et de polyamide 12, du rilsan clear, un polyamide transparent, ou encore du Pebax.
Le projet créera-t-il des emplois sur le site ?
Le projet augmentera la solidité du site, qui recense déjà 370 collaborateurs, en développant encore plus les spécialités et les procédés, mais ne générera pas un nombre d’emplois supplémentaires important une fois en service.
Arkema dispose d’une autre unité de Pebax aux Etats-Unis. Pourquoi investir en France plutôt que sur votre site américain ?
Serquigny est une plateforme très importante pour Arkema dans le domaine des spécialités polyamides, et c’est notre plus grand site de production de Pebax, deux fois plus important que Birdsboro, en Pennsylvanie. C’est aussi notre usine de référence pour les nouveaux grades de spécialités grâce à la proximité directe, à Serquigny, du Cerdato, notre centre de R&D, et de ses 250 collaborateurs. Dans les phases de développement et d’initiation, le support du Cerdato est fondamental, voilà pourquoi on investit d’abord ici.
Pour son périmètre industriel, Arkema privilégie une implantation industrielle assez semblable entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie. Une unité de Pebax est-elle ainsi envisageable en Asie ?
Cela fait partie, bien sûr, de nos réflexions. Si notre croissance et les développements se poursuivent, nous réfléchirons à une implantation Pebax en Asie également. Après, nous sommes très sensibles et très vigilants à la protection de notre propriété intellectuelle. Nous préférons mettre au point, ajuster et lancer nos nouveaux produits depuis la France. Nos clients sont mondiaux, avec de grands centres de décisions en particulier en Europe ou en Amérique du Nord, même si les transformations de nos matériaux et spécialités peuvent s’effectuer partout, y compris bien sûr en Asie. Nous restons d’abord proches des prescripteurs et le plus possible des transformateurs. Le Pebax est un produit qui se transporte bien mais, oui, il faudrait être présent en Asie, comme en Amérique du Nord et en Europe. C’est notre stratégie de livrer de la région à la région, d’opter pour des circuits courts et une chaîne d’approvisionnement réactive.



