“Nous pouvons recycler tous les textiles en polyester”, assure Emmanuel Ladent chez Carbios

L’entreprise de biotechnologies Carbios a inauguré ce lundi 2 octobre en présence de Roland Lescure, ministre délégué en charge de l'Industrie, une ligne de préparation textile au recyclage enzymatique. Emmanuel Ladent, son directeur général, revient pour Plastiques & Caoutchoucs Magazine sur cette étape décisive.

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Emmanuel Ladent Carbios
Emmanuel Ladent, le directeur général de Carbios.

Spécialiste du recyclage enzymatique des bouteilles en PET, Carbios élargit son périmètre d’action grâce à l’inauguration d’une ligne de préparation textile. Emmanuel Ladent, directeur général, revient sur l’impact de cette nouvelle installation et les projets de recherche de l’entreprise.

Plastiques & Caoutchoucs Magazine. : Comment fonctionne la ligne de préparation textile ?

Emmanuel Ladent. : Notre point de départ, ce sont les vêtement usagers en polyester, parmi lesquels une part importante de vêtements de sport.

Notre ligne de préparation textile est conçue pour éliminer les points durs des tissus, c’est-à-dire les boutons, fermetures, etc. Elle dispose également d’un champ magnétique pour supprimer les pièces métalliques. Le textile est ensuite découpé en petits morceaux avant traitement par notre procédé de recyclage enzymatique. La création et la configuration de cette ligne de préparation ont nécessité un important travail d’ingénierie, que nous avons d'ailleurs protégé par un dépôt de brevet. 

Quels types de textiles traite la ligne (vêtements, textiles techniques…) ?

Il n’y a aucune limite tant qu’il s’agit de textile en polyester. Le 100 % polyester n’existe pas en réalité car il y a toujours des pigments ou autres. Nous visons donc des déchets à haut contenu en polyester soit 95 %, fournis par des centres de tri, qui les enverraient en incinération à défaut avec un coût supplémentaire pour eux, qui plus est.

Carbios 2Carbios
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Y a-t-il des résidus après traitement enzymatique et si oui, qu’advient-il d’eux ?

Nous parvenons à retirer les déchets non polyester après traitement grâce à un système de filtrage. Ces résidus représentent 3 % de ce que nous extrayons grâce à notre procédé et nous le valorisons comme combustible pour les cimenteries.

Quelles seront vos sources d’approvisionnement ?

Notre procédé traite aussi bien les bouteilles en PET que les barquettes ou le textile. Nous avons signé un contrat avec Citeo pour les déchets de barquettes et noué des accords avec plusieurs centres de tri pour le textile. Ces derniers revendent généralement en France et à l’étranger le fruit de leur travail. Nous récupérons uniquement ce qui n’a pas de valeur marchande et est malheureusement souvent incinéré. Nous espérons que les exports de déchets textiles vers les pays du Sud seront à terme supprimés afin de pouvoir bénéficier de ce flux.

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Les composites souples contenant du polyester pourraient-ils être recyclés par le biais de votre technologie ?

Notre procédé est le plus tolérant qui soit par rapport aux déchets. A partir du moment où ils contiennent du polyester, les composites souples peuvent tout à fait être recyclés grâce à notre procédé enzymatique, qu’il s’agisse de bâches, de moquettes, ou d’airbags de voitures. Nous pouvons également prendre en charge les textiles des sièges de voitures, les flacons de cosmétiques ou encore les seringues et sommes en contact aussi bien avec des entreprises du secteur médical qu’aéronautique. 

Des partenariats avec certaines marques sont-ils prévus pour la matière post-consommation ?

Nous avons mis en place des consortiums de marques. Pour la partie packaging, nous nous sommes ainsi associés à L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo et Suntory Beverage & Food Europe. Pour le textile, nous sommes partenaires de On, Patagonia, Puma, Salomon et du groupe PVH qui détient des marques comme Calvin Klein ou Tommy Hilfiger. Nous développons également des partenariats dans le luxe et l’automobile. Les marques avec lesquelles nous nous associons s’engagent par ce biais à acheter la matière transformée grâce à notre procédé enzymatique. Elles sécurisent en ce sens la demande. Elles nous permettent par ailleurs de récupérer la matière issue de leurs déchets de production. 

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Quel est le calendrier de mise en place de vos installations ?

Nous avons débuté les travaux de notre démonstrateur situé à Clermont-Ferrand en septembre 2021 et il est opérationnel depuis l’été 2022, date à laquelle la ligne textile a été mise en route.  Notre usine de Longlaville devrait obtenir quant à elle son permis de construire avant la fin de l’année, pour pouvoir démarrer son activité fin 2025 et enregistrer une production significative en 2026. Elle est dimensionnée pour prendre en charge 50 000 tonnes de déchets par an soit 2 milliards de bouteilles ou 2, 5 milliards de barquettes ou encore 300 à 400 millions de T-shirts. Bien entendu ces chiffres qui permettent de donner une idée de la quantité de déchets traités ne sont pas à prendre tels quels car nous aurons très certainement à procéder à un mix de ces différents types de déchets.

Quel est la somme investie pour cette ligne de préparation textile ?

Nous ne dévloilerons pas le montant investi pour la ligne. En revanche, le démonstrateur industriel que nous avons inauguré le 2 octobre à Clermont-Ferrand en présence du ministre délégué en charge de l'Industrie Roland Lescure, représente un investissement total de 20 millions d’euros. Il a bénéficié d’une aide de l’Europe via le programme de financement européen Life. Ce démonstrateur est l’étape première avant le passage à une échelle industrielle avec notre usine de Longlaville en Meurthe-et-Moselle. Puis nous pourrons envisager des licences d’exploitation.

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A qui s’adresse ce type de licence ?

Grâce à notre procédé, nous fabriquons deux composants, le monoéthylène glycol (MEG) et l’acide téréphtalique (PTA), essentiels pour la production de PET. Ce sont donc principalement les fabricants de plastique et les chimistes qui souhaiteront acquérir nos licences.

Vous avez récemment réalisé une augmentation de capital pour votre usine mais également pour financer votre R&D. Où en sont actuellement vos recherches ?

Notre augmentation de capital en juillet 2023 nous a permis de lever 141 millions d’euros. Elle témoigne de la confiance de nos investisseurs et va accélérer et financer nos recherches, notamment sur le recyclage enzymatique des polyoléfines et polyamides. Elles sont effectuées au sein d’un laboratoire à Toulouse, le TBI (Toulouse Biotechnology Institute), une unité mixte de recherche entre l’Insa Toulouse, l’Inra et le CNRS. Il nous a permis d’en apprendre énormément sur le comportement des enzymes en contact avec le PET et nous avons obtenu des résultats préliminaires très encourageants sur les polyoléfines et les polyamides qui nous laissent espérer des résultats probants dans 3 à 5 ans. Le caoutchouc fait également partie des matériaux sur lesquels nous travaillons, en distinguant bien d’un côté le caoutchouc naturel vulcanisé et de l’autre le caoutchouc synthétique. Les pneus en caoutchouc restent néanmoins très difficiles à traiter pour l’instant car ce sont des produits à la structure très complexe.

Vous avez longtemps travaillé chez Michelin. Que vous apporte cette expérience pour votre poste chez Carbios ?

J’ai travaillé dans de nombreux pays étrangers chez Michelin et participé à la mise en place de sites industriels. L’expérience de l’international et celle du montage d’usines sont donc des atouts pour les besoins actuels de Carbios. 

© Carbios-AgenceSkotchProd

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