Entretien

«Nous allons mettre en place une nouvelle organisation pour être plus efficace», explique Aliette Mousnier-Lompré (Orange Business Services)

Mardi 27 septembre, Orange organise l'Orange Business Summit à Paris. Aliette Mousnier-Lompré, la directrice générale d'Orange Business Services, revient à cette occasion sur les résultats médiocres du premier semestre et dévoile les premières mesures pour retrouver le chemin de la croissance.  

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Aliette Mousnier-Lompré Orange business services (O.B.S.)
«J’ai eu la chance de prendre mes fonctions avec un marché qui est très dynamique, même si le moment est compliqué», assure Eliette Mousnier-Lompré.

L’Usine Nouvelle - Lors de la présentation des comptes semestriels, il est apparu qu’Orange Business Services (O.B.S.) était à la peine. Deux mois plus tard, comment l’expliquez-vous ?

Aliette Mousnier-Lompré - Au premier semestre, nous avons enregistré un chiffre d’affaires plutôt stable et un recul sur la profitabilité de 25 %. Plusieurs raisons l’expliquent, à commencer par le contexte économique général, avec la reprise de l’inflation, l’impact de la guerre en Ukraine sur le prix des matières premières, la pénurie de composants qui retarde certains projets, ou le contexte de guerre des talents.

Orange Business Services doit effectuer une énorme transformation : les besoins en solutions que nous offrons n’ont jamais été aussi grands et les usages ont profondément changé. Certains de nos business historiques sont en forte chute, comme la voix. Plus personne ne décroche son téléphone au bureau pour appeler un correspondant. Tout le monde a basculé sur des applications, comme Zoom, Teams, Slack…. Or, c’était une activité qui générait beaucoup de marges. OBS doit se réinventer. Nous l’avions bien anticipé depuis dix ans. La crise du Covid, en changeant les usages, les habitudes a accéléré la transformation.

Peut-on dire que cette accélération vous a surpris ?

Nous n’avions pas anticipé une pandémie mondiale, plusieurs périodes de confinement qui ont changé en profondeur les usages. Mais la transformation à l’œuvre était sous-jacente sur le marché. Dans nos métiers, il y a des ruptures technologique fortes vers le cloud, le logiciel, la cybersécurité. Nous avons commencé à nous adapter, nous allons accélérer.

Concrètement cela implique trois mouvements. Nos activités historiques doivent être basculées vers le monde du cloud et du logiciel : c’est ce qu’on appelle la virtualisation. Nous devons pour cela adapter nos compétences et nos modes de travail. Cela a été initié il y a 10 ans et certains résultats le prouvent : aujourd’hui, OBS est à la pointe sur certains sujets comme les réseaux d’entreprises virtualisés. Il faut aller encore plus vite sur ces nouveaux modèles.

Ensuite, nous devons monter en puissance sur les différents business du digital (cloud, data…). Nous sommes aujourd’hui la troisième ESN française, avec 10 000 experts chez OBS sur le cloud. C’est grâce à cela que nous pouvons monter en valeur pour nos clients. Sur ces nouveaux sujets pour nous, les projets sont très complexes : il faut migrer les données, ce qui nécessite un accompagnement, des expertises, de la connectivité vers la cloud. Aujourd’hui, OBS réalisé un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros sur le cloud et la data. L’an prochain, nous atteindrons 1 milliard sur la cybersécurité, où nous enregistrons sur ces activités des taux de croissance à deux chiffres.

Pour toutes ces mutations, OBS doit être capable d’accompagner pas à pas les entreprises dans leur transformation technologique et ce dans une approche globale de confiance. Cela veut dire faire des choix. Sur la partie réseau, nous sommes des experts reconnus. Sur les solutions cloud, nous essayons d’avoir un portefeuille de partenaires le plus large possible pour satisfaire nos clients.

Lors de l’annonce des résultats semestriels, la directrice générale d’Orange, Chistel Heydemann, a indiqué vouloir procéder rapidement à une revue stratégique. Où en êtes-vous ?

Nous sommes en phase de finalisation, mais d’ores et déjà je peux vous dir que, nous n’allons pas annoncer un big bang dans les semaines qui viennent. Notre stratégie est claire et dans la continuité de ce qui s’est fait ces dernières années. Elle consiste à mettre en place une nouvelle organisation pour être plus efficace. Pour cela, nous sommes guidés par deux axes : la transformation des réseaux de nos clients et l’évolution d’OBS vers les purs métiers purs (data IA et le cloud). Nous allons présenter ce projet d’évolution de l’organisation OBS aux instances représentatives du personnel.  .

Où en est Bleu, votre projet avec Capgemini ? Avez-vous essayé de les convaincre d’accélérer ?

Le processus pour créer la joint-venture avec Capgemini est en cours. C’est un projet très ambitieux sur lequel nous sommes très enthousiastes. Nous devrions être prêts à la fin de l’année. Nous devrons ensuite passer par les étapes de validation de la Commission européenne, notamment au regard du droit de la concurrence. Notre programme est d’avoir une plateforme technologique disponible en 2024, mais, dès la création de la co-entreprise en 2023 nous allons pouvoir commencer à discuter avec nos clients actuels et potentiels. C’est un bon timing, car nous serons sur de très gros projets qui demandent plusieurs mois de préparation.

Vous évoquiez au début de l’entretien la guerre des talents. Possédez-vous les compétences nécessaires en interne pour mener à bien tous ces chantiers ? Allez-vous recruter et à quel prix, car le marché est haussier sur les talents de la tech ?

C’est un enjeu énorme pour nous. Dans le monde, on ne forme pas assez d’ingénieurs ni d’experts en cybersécurité pour le cloud. Une entreprise comme la nôtre en pâtit. Nous avons énormément de postes ouverts sur lesquels le recrutement est difficile. C’est pour nous un enjeu économique et sociétal, avec cette situation délicate, où d’un côté il y a des demandeurs d’emplois qui peinent à trouver un emploi et de l’autre des postes hyper qualifiés non pourvus. C’est aussi un important enjeu interne. Nous allons accélérer notre politique de formation, y compris sur les métiers du cyber de la data et relancer une campagne de recrutement.

Pour finir une question plus personnelle. Vous avez été nommée il y a quelques mois maintenant. Quelles premières leçons tirez-vous de ces débuts ?

J’ai eu la chance de prendre mes fonctions avec un marché qui est très dynamique. Mais le moment est compliqué . Reste que nous avons des opportunités énormes et je suis très enthousiaste, d’autant que ces opportunités ne sont pas seulement économiques, mais aussi sociétales et même environnementales. OBS accompagne de plus en plus de clients sur cette dimension. Cela donne un sens formidable à la mission qui  m’a été confiée et cela donnera du sens à tous nos collaborateurs actuels et à ceux qui viendront nous rejoindre.

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