Emballages Magazine : Où en êtes-vous dans vos projets de conversion vers les technologies numériques ?
Jean-Pascal Bobst : L’impression digitale est pour nous un axe stratégique. Un axe qui ne concerne pas uniquement l’impression numérique, mais comprend un concept de machine « all in one », avec flexo, gravure, dorure et découpe, en plus d’offrir des solutions intégrant le workflow, le développement des encres, la compatibilité avec les différents substrats. Aujourd’hui, nous sommes très avancés dans les étiquettes, avec un parc de plus de 70 presses installées en forte progression, des machines récentes, comme la série DM, et bientôt deux nouvelles gammes, pour mieux pénétrer les marchés, sur les laizes moyennes, en 510 mm, et à partir de 2025 sur les laizes plus importantes, en 850 mm. Notre ambition est de doubler le parc pour devenir un des leaders du marché.
C’est difficile, mais les récents succès démontrent que nous allons y parvenir petit à petit. En matière de carton compact, nous sommes aussi bien lancés. Nous venons de vendre des presses à Philip Morris, qui imprime sur bobine et effectue de la découpe en ligne. Une autre machine similaire a été installée en France. Ce n’est pas de l’impression feuille à feuille, c’est vrai, mais, en réalité, dans le carton plat nous ne produirons pas de machine feuille à feuille pour concurrencer l’offset. L’idée est plutôt d’être opportunistes, d’aller chez des clients qui utilisent nos plieuses-colleuses et qui peuvent être intéressés par une solution d’impression « all in one » numérique et analogue fiable, surtout pour les moyennes et grandes cadences, donc sur les procédés bobine. Sur ce segment, nous pensons qu’il y a une place à prendre dans les spiritueux, la pharmacie, l’alimentaire et plus particulièrement là où il y a des données variables, comme des QR codes, des marquages spécifiques, des systèmes anticontrefaçon.
Vous évoquez des machines vendues pour Philip Morris… Mais quel est l’intérêt pour un fabricant de cigarettes, habitué à travailler sur des très grandes séries, de passer au numérique, une technologie née pour les petites séries ?

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
La principale raison est le « time to market ». Une entreprise comme Philip Morris met d’habitude entre quatre et six mois pour lancer un nouveau produit, alors qu’avec ces nouvelles solutions, elle peut y parvenir en quelques semaines. Quant aux volumes, les choses ont beaucoup évolué. Avec nos machines, aujourd’hui en 510 mm de laize et demain en 850 mm, il est possible de produire beaucoup plus d’emballages qu’auparavant, d’autant plus lorsque, comme c’est le cas pour nos procédés, on roule à 100 mètres par minute. De plus, le numérique permet de mieux répondre aux obligations légales, massives dans le domaine du tabac, qui imposent certains messages et visuels sur les packagings et qui ne sont jamais les mêmes d’un pays à un autre. Avec des machines de ce genre, un groupe comme Philip Morris peut « régionaliser » sa production pour être plus efficace et réactif sur ses marchés.
Des presses numériques pour carton ondulé à la Drupa
Et le carton ondulé ?
Ça vient. Nous pensons annoncer quelque chose pour la prochaine Drupa. (NDLR : le salon international des technologies d’impression qui aura lieu à Düsseldorf, en Allemagne, du 28 mai au 7 juin 2024).
Justement, vous évoquiez au plus fort du Covid, en 2020, vouloir arrêter de participer aux grands salons comme la Drupa pour miser sur des visites plus ciblées de vos clients et prospects dans vos centres de compétences en Europe. Cette politique reste-t-elle inchangée ?
Oui, nous restons de l’avis qu’il faut innover aussi dans les expositions, communiquer autrement et proposer une approche nouvelle à nos clients ; éviter de déplacer des dizaines de tonnes de machines d’un pays à un autre, ce qui coûte de l’argent et nuit à l’environnement. Nous confirmons notre présence dans les expositions, donc à la Drupa, mais avec un stand complètement innovant, différent des autres, qui va sans doute surprendre beaucoup de personnes. À Labelexpo, par contre, qui vient d'avoir lieu à Bruxelles, nous sommes allés avec des machines, car nous sommes encore nouveaux et petits dans le domaine de l’étiquette et si l’on vient sans matériel on risque de faire jaser certains. C’est une question purement tactique.
Cela fait maintenant un an que Bobst Connect a été lancé. Où en est le déploiement de cette plate-forme numérique ? Quels équipements sont connectés, quels autres ne le sont pas ?
Toutes les machines que nous vendons sont « connectables » et ceci depuis quelques années déjà. Cependant, il est possible de profiter des performances de Bobst Connect seulement depuis 2023, pas à pas selon les machines et les industries. Après, elles ne seront effectivement pas toutes connectées, cela dépendra des clients – certains d’entre eux ayant d’autres priorités – et des régions, qui n’accèdent pas toutes de la même manière à ces nouvelles technologies. Nous croyons néanmoins que les débuts sont positifs. Nous avons ouvert à nos clients de nouveaux horizons en termes de productivité et ils vont suivre : ce n’est qu’une question de temps. Il est vrai que c’est un gros investissement pour nous et nos clients, mais si le client comprend qu’en payant un peu plus, il peut mettre en route son autoplatine en quelques minutes seulement, il saura choisir la bonne option. Le retour sur investissement est là, en six mois, huit mois au maximum, le surcoût est amorti. Nous allons donc enrichir cette plate-forme en proposant tous les six mois de nouvelles options, sur chaque segment de marché sur lequel nous sommes présents.
Tout le monde tirera des bénéfices d'un PDF unique
Vous évoquiez, il y a un an, un projet autour du « PDF unique », un fichier contenant les informations graphiques, soit le visuel et les inscriptions qui apparaissent sur l’emballage, comme c’est déjà le cas, mais aussi les données pour piloter les postes d’impression, jusqu’aux outils de découpe et de façonnage, en passant par l’ennoblissement. Où en est ce chantier ?
C’est toujours notre cheval de bataille. Par contre, nous mesurons clairement les difficultés à rassembler nos confrères autour de ce projet. Il va de soi qu’un PDF unique n’a de sens que si tout le monde s’y conforme, de l’éditeur de logiciel prépresse au constructeur de machines de façonnage en passant par l’impression. Or, Bobst n’’intervient que sur certains segments du cycle de production. Malheureusement, chacun a de bonnes raisons de vouloir imposer ses propres solutions. C’est normal. Je suis néanmoins persuadé qu'on y arrivera, car tout le monde en tirera des bénéfices. Cela n’est qu’une question de temps.
Récemment, vous avez racheté Dücker, un spécialiste de la manutention robotisée pour l’approvisionnement des lignes et le déchargement, renforcé votre participation chez Cito qui développe des outillages. Allez-vous continuer à vous développer par croissance externe ? Et si oui dans quels domaines ?
Notre priorité actuellement n’est pas de racheter des entreprises, mais d’améliorer le service aux clients. C’est leur proposer une offre élargie dans la numérisation, la connectivité et l’automation. En plus, je pense, notamment, à notre chaîne d’approvisionnement qui a beaucoup souffert depuis trois ans, si l’on pense au Covid, aux confinements en Chine, à la guerre en Ukraine. Il faut impérativement que cette chaîne d’approvisionnement soit plus résiliente et prête à faire face aux aléas. Cela n’arrivera qu’à travers une nouvelle façon de concevoir la production. Il faut que nous soyons plus « lean », que nous automatisions davantage notre production, que nous développions un « sourcing » résilient. Cela passera peut-être par une refonte totale de l’organisation de nos usines de production. Il faut s’y préparer.
L’actualité réglementaire, en Europe et en France, semble toujours plus axée sur le réemploi. Le projet européen de règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (NDLR : PPWR, Packaging and Packaging Waste Regulation) évoque un quota de 50% d’emballages réutilisables dans l’e-commerce à l’horizon 2030. Cela représente-t-il une menace pour vous qui fabriquez des machines pour l’industrie du carton ?
Je n’y crois pas. Je ne pense pas qu’on puisse basculer la moitié des volumes vendus par e-commerce dans des caisses réutilisables en plastique. Imaginez les conséquences des retours de ces millions de caisses vides sur l’environnement. Même si ces projets réglementaires deviennent un jour force de loi, on se rendra compte que c’est impraticable, et l’on reviendra au passé.
Propos recueillis par Tiziano Polito



