Non, il n'y a eu ni pénurie ni flambée des prix dans l'alimentaire pendant le confinement

"Il n'y a pas eu de pénurie ni de flambée des prix pendant le confinement" affirme Philippe Chalmin, le président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, à l'occasion de la présentation de son rapport annuel.

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légumes à rungis
La chaîne alimentaire a fonctionné pendant le confinement, note l'Observatoire des prix et des marges.

En marge de la présentation de son rapport annuel sur les marges dans l'alimentaire, l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) a dressé un premier bilan de la période de confinement sur les habitudes alimentaires des Français. "L'année 2019 est une période sans rupture. Les 55 jours de confinement au contraire ont permis de mettre en avant certaines mutations importantes au sein des filières ", précise Philippe Chalmin, le président de l'OFPM.

L'esprit des Egalim pendant la crise

Au premier rang de ces mutations: la solidarité que les différents acteurs de la chaîne alimentaire ont montré. Résultat, "la chaîne alimentaire a fonctionné", note Philippe Chalmin. D'après les premières données, qui - précise l'OFPM - ne sont pas quantitatives mais qualitatives, "il n'y a pas eu de pénurie ni de flambée des prix" pendant la période. 

Un phénomène que Philippe Chalmin attribue à l'esprit des Etats Généraux de l'Alimentation qui, en 2018, avait réuni l'ensemble des acteurs de la filière alimentaire dans le but de discuter la répartition de la valeur ajoutée. "Avant le confinement, nous avions l'impression que les enseignements des Egalim étaient en train de se dissiper, mais la solidarité dont a fait preuve le secteur pour assurer la continuité montre que leur esprit est encore présent", explique l'économiste.

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Mutation des comportements alimentaires

Le confinement a été aussi marqué par une modification des comportements alimentaires des Français qui ont forcé certaines filières à s'adapter. C'est le cas notamment du secteur de la viande, où la fermeture des restaurants et l'augmentation de la consommation à domicile s'est traduite par une explosion des ventes de steaks hachés.

"Il y a eu une mutation dans la valorisation de la carcasse", observe Philippe Chalmin. Alors qu'habituellement, 55% de la carcasse est transformée en steaks hachés, ce taux a pu atteindre jusque 75% au milieu de la crise. "Certaines parties nobles ont été passées au hachoir. Cela se traduit par une baisse de la rentabilité", ajoute le spécialiste. 

Des dégâts irréversibles pour les entreprises de l'agroalimentaire

Malgré ce premier constat plutôt positif sur la résilience de la filière, Philippe Chalmin se montre inquiet quant aux impacts de la crise économique sur certains secteurs. "L'arrêt de la production va provoquer des dégâts irréversibles sur certaines productions" déplore Philippe Chalmin. L'économiste mentionne notamment les plus petites entreprises de l'agroalimentaire, les grossistes et les détaillants de marché. "L'impact de la crise économique risque d'être beaucoup plus hétérogène que celui de la période de confinement" prévient déjà Philippe Chalmin.

Le rapport 2020, qui sera publié en juin 2021, le mettra en probablement en évidence. Ce rapport sera d'autant plus attendu qu'il permettra également d'analyser les premiers effets de la loi Egalim dont les décrets d'applications, adoptés au cours de l'année 2019, n'ont pas encore pu être analysés par l'OFPM.

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