Moteurs ioniques, microlanceurs, antennes, géolocalisation... Six start-up qui dopent le new space tricolore

Constructeurs de lanceurs, équipementiers de satellites, fournisseurs de services... L’écosystème français des nouveaux entrants dans le spatial est très diversifié. Sélection de six jeunes start-up qui affichent leur ambition.

 

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Vue d'artiste d'un nanosatellite équipé d'un moteur ionique Exotrail.

Exotrail - Champion avec ses moteurs ioniques à effet Hall

  • Création : 2017
  • Implantations : Massy, Toulouse
  • Effectif : 90 salariés

Dans le monde du new space français, c’est sans doute le champion. Fondé en 2017, Exotrail est une start-up spécialisée dans la construction de moteurs de satellites. Des propulseurs électriques qui permettent aux engins de changer d’altitude selon leur mission, particulièrement adaptés aux constellations de satellites et dont le marché en plein essor a contribué à la croissance de l’entreprise. En février, deux ans et demi après avoir récolté 11 millions d’euros, Exotrail, situé à Massy (Essonne) et à Toulouse (Haute-Garonne), a levé 54 millions d’euros pour industrialiser ses moteurs. Une étape essentielle pour son équipe de 90 salariés, appelée à quasiment doubler pour honorer des commandes de plus en plus nombreuses. Ses clients, présents en Europe, aux États-Unis et même en Asie, sont à la fois des opérateurs de satellites et des fournisseurs de services de lancement. Exotrail se distingue par son approche holistique, qui inclut les équipements, mais également les logiciels pour optimiser les missions des satellites. Côté technologie, l’entreprise a fait le choix du moteur ionique à effet Hall, qui a l’avantage d’être particulièrement léger. Ce type de propulseur économe en carburant est utilisé par certains modules de la station spatiale chinoise.

Prométhée - La Terre vue du ciel, pour tous

  • Création : 2020
  • Implantation : Toulouse
  • Effectif : 50 salariés
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Promethee Earth Promethee Earth

© Prométhée

Prométhée a l’intention de construire une constellation de nanosatellites dédiés à l’observation de la Terre. Cet opérateur, créé en 2020 par d’anciens employés de Safran et d’ArianeGroup, a bénéficié très tôt du soutien de grands noms du secteur comme Comat, Hemeria et le Cnes. De quoi lever une douzaine de millions d’euros en trois ans, un budget à la hauteur de ses ambitions. Ses engins, dont le premier exemplaire doit être mis en orbite en 2023, seront chargés de la surveillance de la Terre en temps réel afin de protéger les populations les plus exposées aux risques climatiques. Ils pourront suivre les inondations, les tremblements de terre et les sécheresses, mais aussi la pêche illégale et les évolutions de la qualité de l’air. De nombreux satellites scientifiques sont déjà dédiés à ces missions, mais Prométhée promet un accès facilité aux données, afin que chaque client puisse les déchiffrer sans faire appel à des spécialistes. Sa première constellation comptera une vingtaine de satellites. La start-up espère lever 80 millions d’euros d’ici à 2024 pour mener à bien ce projet.

Latitude - Microlanceur pour constellations

  • Création : 2019
  • Implantation : Reims
  • Effectif : 60 salariés
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Latitude Latitude

© Latitude

C’est à Reims qu’est né en 2019 Venture Orbital Systems, rebaptisé Latitude par la suite. Cette entreprise d’une soixantaine de salariés a l’ambition de construire son propre microlanceur dédié aux nanosatellites. En 2022, ses fondateurs ont levé 10 millions d’euros, ce qui leur a permis de progresser dans la conception de leur moteur Navier, fabriqué par impression 3D au bout de deux ans de recherches en interne. Un moteur qui, s’il ne vole pas encore, a réussi ses premiers tests d’allumage, réalisés dans le nord de l’Écosse au début de l’année. Le but, désormais, est d’en monter dix sur le futur lanceur, Zéphyr, toujours en développement, et dont le premier décollage est prévu en 2024. Malgré d’importantes étapes technologiques à franchir, Latitude mise sur le marché important et dynamique des microlanceurs, très prisés par les opérateurs de constellations de satellites. Il compte sur un financement, actuellement à l’étude auprès du fonds Expansion, pour finaliser le développement de son propulseur. Il lui restera alors à attirer des clients avec la promesse d’un prix accessible pour les satellites de moins de 100 kg.

Geoflex - L’hyper-géolocalisation pour les entreprises

  • Création : 2018
  • Implantation : Massy
  • Effectif : 20 salariés
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Geoflex Geoflex (Geoflex)

© Geoflex

Un simple GPS peut dire dans quelle rue vous êtes, son équivalent européen Galileo préciser sur quel trottoir... Geoflex, lui, assure pouvoir localiser chacun de vos pas, et même plus ! Cette jeune pousse, née en 2018 à Massy (Essonne), travaille sur l’hyper-géolocalisation. Avec le soutien du Cnes, Geoflex promet une précision jusqu’à 4 centimètres à partir des données satellites du GPS Galileo, mais aussi de leurs équivalents russe (Glonass) et chinois (Beidou). Sa technologie repose sur un correcteur de données, baptisé PPP (pour Positionnement ponctuel précis), qui supprime les quelques imprécisions des satellites liées au matériel, à l’orbite ou à l’horloge atomique. Les clients ne seront pas les automobilistes, qui n’ont pas besoin d’une telle précision, mais les acteurs du BTP qui pilotent des grues connectées, les agriculteurs qui répandent des produits phytosanitaires, ou le secteur du ferroviaire pour l’aide à la conduite. Geoflex a levé 6 millions d’euros en mars et compte vendre ses prestations sous forme d’abonnement. Un service déjà testé depuis quatre ans dans différents domaines d’activité. Pour le moment, la stratégie de la start-up est de se cantonner aux groupes industriels français, avant de passer à l’Europe et au reste du monde, misant sur une nouvelle levée de fonds pour accompagner cette croissance.

Anywaves - Les antennes et rien que les antennes

  • Création : 2017
  • Implantation : Toulouse
  • Effectif : 31 salariés
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Antennes spatiales Anywaves Antennes spatiales Anywaves

© Anywaves

Si certaines start-up se font un plaisir d’annoncer des dizaines de produits, quitte à risquer de s’éparpiller, d’autres s’en tiennent à ce qu’elles savent faire. C’est le cas d’Anywaves, qui mise sur sa spécialisation en proposant un service d’antennes pour satellites. Née en 2017 dans les locaux du Cnes, à Toulouse, l’entreprise a concentré ses efforts sur l’architecture de ses antennes à la fois petites, puissantes et faciles à fabriquer en grande quantité pour répondre à la demande croissante des opérateurs de petits satellites. Elle ne se focalise que sur la partie «hardware», délaissant le numérique. Ses antennes sont conçues pour avoir un débit élevé et permettre un plus grand transfert de données sans perte de qualité. Les prochaines pourraient être construites en céramique grâce à l’impression 3D, ce qui augmenterait encore sa capacité de production. En attendant, Anywaves a réalisé une levée de fonds de 3 millions d’euros en décembre, afin de poursuivre l’industrialisation. Il a déjà conclu 2022 avec 400 ventes et prévoit de faire encore mieux cette année en produisant plus vite. La start-up toulousaine a en outre la chance de faire voyager ses antennes très loin. Un projet est en cours pour équiper le rover MMX, qui doit aller prélever des échantillons sur Phobos, une lune de Mars. Elle espère aussi équiper des cubesats à destination de la Lune prochainement.

Maiaspace - Le réutilisable pour la start-up d’ArianeGroup

  • Création : 2022
  • Implantation : Paris
  • Effectif : 70 salariés
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MaiaSpace MaiaSpace

© MaiaSpace

MaiaSpace est loin du cliché de la start-up créée dans un garage par une bande de passionnés. L’entreprise est née en 2022 sous l’impulsion d’ArianeGroup. Résultat : cette société allie la flexibilité des petites compagnies et les moyens d’un grand groupe. Ayant reçu plus de 10 millions d’euros de la part de sa maison mère moins d’un an après sa création, elle peut faire avancer ses projets sans s’épuiser dans la course aux investisseurs. Se trouver sous la houlette d’ArianeGroup lui offre également un accès privilégié à des partenaires européens. Son défi technologique, la conception d’un lanceur réutilisable, s’inscrit dans la droite ligne de ceux de SpaceX. Mais la start-up prévoit aussi de construire des véhicules chargés de déplacer les satellites d’une orbite à une autre. Des projets qui reposent sur le moteur Prometheus d’ArianeGroup, en cours de développement. MaiaSpace espère faire voler son lanceur d’ici à 2026.

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