Le vélo, une alternative pour les automobilistes… et les industriels ? Cette piste de travail va devenir de plus en plus sérieuse, au moment où l’Union européenne semble d’accord pour mettre fin aux ventes de véhicules thermiques neufs en 2035. Jeudi 30 juin, la Commission européenne a annoncé le lancement d’une initiative commune avec le Parlement européen pour « stimuler le cyclisme ». Parmi les mesures évoquées de ce plan vélo : la reconversion des salariés de l’automobile aux métiers du cycle.
Des entreprises automobiles comme Valeo et Bontaz tracent déjà leurs voies sur les pistes cyclables. Mais les synergies entre l’automobile et le cycle pourraient aller plus loin, selon Frans Timmermans. « L’industrie du vélo va aussi profiter de notre stratégie batterie dirigée vers les véhicules électriques », a illustré le vice-président de la Commission européenne en charge du Pacte vert.
Une industrie qui doit encore passer à l’échelle
Sur ce sujet, Business France loue les atouts industriels de l’Hexagone « La France dispose d’un savoir-faire varié et divers, réparti sur le territoire, par exemple dans les activités de forge, de tannerie, d’injection de plastique et de métaux », liste l’organisation dans un communiqué. « La filière vélo a besoin d’un certain nombre de compétences proches de l’automobile. Il faut des compétences en matière de fonderie, de matériaux, de peinture… », ajoute Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée à l’investissement chez Business France, à L'Usine Nouvelle.
Il reste toutefois des obstacles à une telle reconversion. Marie-Cécile Tardieu mentionne par exemple la taille des infrastructures. « Les ateliers de peinture et de fonderie de l’industrie automobile sont de grande taille en comparaison des unités d’assemblage de vélos. Le défi des entreprises du vélo est de passer à l’échelle et d’avoir des volumes suffisamment importants pour avoir des installations plus grandes », observe la directrice générale déléguée. Chez les spécialistes français du vélo comme Moustache Bikes, beaucoup de vélos sont encore assemblés à la main.
L'épineuse réalité des usages du vélo
Au-delà des défis industriels, la Commission européenne devra s’attaquer aux usages. Fin 2021, le bicycle ne représentait qu’entre 3 et 4% des trajets réalisés en France, selon l’association Vélo & territoires. Un peu comme les constructeurs automobiles réclament des bornes de recharge, les acteurs du vélo veulent davantage de pistes cyclables. « Les vélos sont prêts, nous avons les modèles commerciaux et nous avons la passion. Mais nous avons besoin de soutien pour améliorer les infrastructures », a appelé le dirigeant de Cycling Industries Europe, Kevin Mayne.
« L’habitant rural n’est pas condamné à la voiture pour tous les trajets », peut-on lire dans l’édition 2022 de l’Atlas de mobilités. Mais pistes cyclables ou pas, les experts de ce rapport rappellent une évolution démographique : « À la fin des années 2010, la population française augmentait moins dans les villes, plus propices à l’usage du vélo, que dans les territoires périurbains, conçus pour l'usage de la seule automobile. La transition cyclable sera vaine si l’étalement urbain se poursuit à la même vitesse. » Ce casse-tête fait redouter un fracture de plus en plus grande entre des villes débarrassées de leurs véhicules émetteurs et leurs périphéries, où les foyers plus modestes continueront de se déplacer avec des véhicules vieillissants.



