Miné par les incidents, et si Boeing se désengageait du secteur spatial ?

Acteur historique de l’industrie spatiale, Boeing pourrait être tenté de se désinvestir de ce secteur. Alors que le retour à vide de la capsule Starliner souligne une perte de savoir-faire, l’industriel doit avant tout redresser son activité liée à la production d’avions commerciaux. L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Boeing Starliner
Boeing se serait-il perdu dans l'espace ? En difficultés, l'industriel pourrait ne pas avoir d'autres choix que de sacrifier certains actifs...

La capsule Starliner qui revient sur Terre sans ses occupants, le lanceur Vulcan Centaur – développé en tandem avec Lockheed Martin – qui effectue son premier vol avec cinq ans de retard, des pertes qui atteignent plusieurs milliards de dollars tandis que les parts de marché s’étiolent… Boeing, l’un des pionniers de l’industrie spatiale, ayant contribué au mythique programme Apollo, donne l’impression d’être aujourd’hui dépassé. Le géant semble pris de vitesse par SpaceX, qui a rebattu les cartes du secteur spatial en quelques années. Au point que bruissent dans la presse anglo-saxonne des rumeurs persistantes d’un possible désistement du géant américain...

Le spatial constitue «une distraction» pour Boeing, estime Todd Harrison, un chercheur à l'American Enterprise Institute, cité par le Financial Times dans un article publié début septembre. Et de préciser que la vente de cette activité pourtant historique «n’est pas hors du domaine du possible». En juin dernier, Bloomberg y allait plus fort encore, sous la plume de l’éditorialiste spécialisé Thomas Black : «Boeing devrait abandonner ses activités spatiales et permettre à une entreprise soutenue par des investisseurs aux poches profondes de réorganiser sa culture et d'attirer de nouveaux talents».

Le temps des sacrifices

Des propos nourris ces derniers mois par plusieurs signaux allant dans le sens d’un retrait – au moins partiel – de Boeing du spatial, mais aussi de la défense, où l’industriel ne brille guère davantage. Ces deux activités sont par ailleurs rassemblées au sein d’une même branche. Avec Lockheed Martin, l’industriel serait de nouveau en pourparlers pour la vente de leur coentreprise de lanceurs, United Launch Alliance (ULA), à un autre américain, Sierra Space. Une acquisition qui aurait aussi intéressé Blue Origin, la société de Jeff Bezos. D’autres actifs auraient été mis en balance, de moindre ampleur.

Pour Boeing, la question est de savoir si l’enjeu en vaut encore la chandelle, d’autant que l’activité spatiale ne représente que quelques pourcentages de son chiffre d’affaires. Surtout, l’avionneur n’a d’autre choix que de se concentrer en priorité sur le redressement de sa branche dédiée à l’aviation commerciale, mettant en jeu la survie du groupe. Un chantier immense. Difficile d'imaginer encore que Boeing va parvenir à sortir de l’ornière toutes ses activités, tous ses programmes. Pour le géant américain, l’heure des sacrifices pourrait approcher.

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