Ils devaient rester 8 jours. Ils y résideront peut-être 8 mois, quitte à rationner leurs vêtements. Les deux astronautes américains Butch Wilmore et Suni Williams, partis le 5 juin dernier à bord de la capsule Starliner de Boeing, ne savent toujours pas combien de temps ils vont devoir séjourner au sein de la Station spatiale internationale (ISS). Dans les prochains jours, la Nasa devra trancher : le vaisseau qui les a transportés est-il suffisamment sûr pour les ramener d’ici peu ou va-t-il falloir appeler SpaceX et sa capsule Crew Dragon à la rescousse, quitte à attendre 2025 ?
Si Boeing et la Nasa hésitent sur la marche à suivre, près de 80 jours après le lancement de Starliner, c’est que plusieurs défaillances techniques ont eu lieu, dont certaines demeurent mal comprises. Elles se situent au niveau du module de service de la capsule, situé sous le module d’équipage et comprenant notamment le système de propulsion, l’alimentation en énergie et les équipements de communication.
Des problèmes encore mal compris
Certes, la mise en orbite du vaisseau a été couronné de succès. Mais une fois dans l’espace, pas moins de cinq fuites d’hélium ont été détectées au niveau du système de positionnement – dit RCS – du module de service de la capsule. Avant le lancement, en mai dernier, une première fuite avait été décelée, mais n’avait pas été jugée à risque. Par ailleurs, ces fuites sont stables d’après la Nasa et la fermeture de valves depuis l’arrimage empêchent toutes nouvelles pertes. Quant au stock d’hélium, servant à la pressurisation du propergol, il serait dix fois supérieur aux besoins.
Plus problématique, une fois en orbite, mais avant l’arrimage à l’ISS, 5 des 28 propulseurs du système RCS sont tombés en panne à différents moments. De quoi réduire la manœuvrabilité de Starliner. Très rapidement, quatre propulseurs ont été réactivés. Mais les causes de leur « déselection » restent inconnues. Boeing et la Nasa ont donc effectué des tests au sol, au niveau d’un centre d’essais situé à White Sands (Nouveau-Mexique). Conclusion : des joints en téflon auraient été déformés en raison d’une forte hausse de température.

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Fin juillet, les 27 propulseurs de Starliner en fonctionnement ont été mis à l’épreuve pour évaluer leur efficacité. Le résultat a été meilleur qu’espéré, comme le détaille la NASA dans son blog qu’elle met régulièrement à jour, laissant malgré tout dans l’expectative les experts quant à l’état actuel des joints en cause. D’où les tergiversations de Boeing et de la Nasa. Le lien entre les fuites d’hélium et l’extinction de certains propulseurs n’est pas non plus établi. Des questions qui se posent avec d’autant plus d’acuité que des pannes de propulseurs du module de service, mais aussi du module d'équipage, avaient eu lieu lors du deuxième vol d'essai sans équipage du Starliner en mai 2022.
La décision de la NASA en suspens
«Les hauts responsables de la NASA ne sont actuellement pas d'accord sur les prochaines étapes à suivre, certains pointant du doigt les risques associés au renvoi des astronautes via Starliner», résume Clayton Swope, expert aérospatial au sein Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) dans une analyse publiée sur le site de l’organisme américain. Alors que les experts moulinent encore les données qui leur permettront peut-être de comprendre les dysfonctionnements du vaisseau, ses batteries ont été entièrement rechargées grâce à l’ISS.
Si le voyage retour des astronautes à l’aide de Starliner est jugé trop périlleux, Boeing devra être en mesure de reconfigurer la mission avec une capsule autonome à vide. Il lui faudra aussi trouver le moyen de ne pas abîmer l’ISS en cas de nouvelles défaillances des propulseurs du système RCS. C’est à son concurrent, SpaceX, qu’incombera alors la tâche de ramener Butch Wilmore et Suni Williams sains et saufs à l’aide de sa capsule Crew Dragon. Une option qui a été officialisée par la Nasa le 14 août dernier, mais qui signifierait un retour bien plus tardif des deux américains.
SpaceX à la rescousse
Les équipes de l’ISS tournant environ tous les six mois, le rapatriement des deux astronautes va devoir se plier au calendrier des allers-retours programmés entre l’ISS et la Terre. Or la prochaine mission de SpaceX, Crew 9, a été décalée du 18 août au 24 septembre (au plus tôt), en raison des problèmes de la capsule de Boeing. Elle partirait avec seulement deux personnes à bord, de sorte à rapatrier les deux naufragés de l’espace en février prochain.
Pour Boeing, l’intervention de SpaceX constituerait un revers industriel. Soucieuse de disposer de deux véhicules distincts, la Nasa a fait appel à Boeing et Space X en 2014 pour mettre au point une capsule capable de transporter des astronautes jusqu’à l’ISS et se défaire de la dépendance à la navette russe Soyouz. Alors que l’entreprise d’Elon Musk assure la navette depuis 2020 et comptabilise une quarantaine de missions, le géant américain multiplie les retards et les pertes (1,6 milliard de dollars depuis 2016) et ne peut faire valoir qu'un vol habité.



