Analyse

Avec le premier vol habité de son vaisseau Starliner vers l’ISS, Boeing joue très gros

La capsule CST-100 Starliner de Boeing doit emmener ce mercredi 5 juin pour la première fois un équipage vers la station spatiale internationale (ISS). Suite aux difficultés de mise au point du vaisseau, le constructeur enregistre quatre ans de retard par rapport à son concurrent SpaceX. Un échec affecterait encore plus sa crédibilité technologique, déjà fragilisée par les problèmes de sécurité rencontrés par le groupe pour ses avions commerciaux. 

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Boeing Starliner juin 2024
Lancée à partir d'une fusée Atlas V d'United Launch Alliance depuis Cap Canaveral, la capsule de Boeing doit emmener en 24H00 deux astronautes vers l'ISS.

Est-ce que la prochaine tentative sera la bonne ? Ce 5 juin à 16h52 (10h52 en Floride) depuis la base de Cap Canaveral, la Nasa va tenter d’effectuer le premier vol d’astronautes américains vers la station spatiale internationale (ISS) à partir de la capsule CST-100 Starliner de Boeing. Propulsée par une fusée Altlas V d’United Launch Alliance, la capsule doit permettre aux deux astronautes chevronnés Butch Wilmore et Suni Williams de rejoindre l’ISS après un vol d’environ 24 heures. 

Programmée initialement le samedi 1er juin, la précédente tentative avait été stoppée quatre minutes à peine avant le compte à rebours final, suite au dysfonctionnement d’un système d’alimentation électrique du pas de tir. Un retard de plus après les multiples difficultés rencontrées par Boeing pour mettre au point sa capsule. La comparaison avec SpaceX fait mal : il enchaine les vols habités vers l’ISS depuis 2020.

Starliner, un vaisseau ultra-moderne

Cet essai revêt donc une importance capitale à la fois pour l’agence spatiale américaine et pour Boeing. La Nasa, elle, a investi plus de 8,2 milliards de dollars dans son programme Commercial Crew Program afin d’acheter aux industriels des prestations de transport d’astronautes vers l’orbite basse, une mission qu’elle assurait auparavant via ses propres navettes spatiales jusqu’en 2011. Les premiers financements accordés aux candidats ont démarré dès 2010 et, en 2014, les deux favoris Boeing et SpaceX avaient perçu respectivement 4,2 milliards de dollars et 2,6 milliards de dollars pour développer leur taxi spatial vers l’ISS. Ce programme mobilise environ 200 experts de l’agence.

Avec le premier vol habité du Starliner, Boeing joue également très gros. La capsule a été conçue pour emporter sept passagers et du cargo jusqu'à l’orbite basse terrestre. Les ingénieurs de Boeing ont imaginé un vaisseau spatial ultra-moderne : structure innovante sans soudure pour réduire la masse de l’appareil et les temps de fabrication, capacité à être réutilisée jusqu’à dix fois, connexion Internet sans fil pour assurer les communications et l’amarrage avec la station, tablette numérique pour les interfaces de l’équipage…

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Série de retards et crise de confiance

Mais pour le constructeur américain, rien ne s’est passé comme prévu. En 2019, à l’occasion de son vol inaugural sans équipage, la capsule n’avait pas réussi à atteindre la station à cause d’une mauvaise programmation de l’ordinateur de bord qui avait entrainé le vaisseau sur une mauvaise trajectoire ! Tout au long du programme, les difficultés techniques se sont accumulées, touchant des systèmes très différents comme le dispositif de parachutes chargé de freiner la capsule lors de son retour sur Terre ou encore les protections de câbles électriques.

En aout 2023, le constructeur avait ainsi annoncé un énième report de plusieurs mois. Des retards qui ont un coût. Au fil des ans, le groupe a enregistré de lourdes charges et les pertes cumulées pourraient, selon différents médias américains, atteindre le milliard de dollars.

En attendant, la société d’Elon Musk enchaîne les missions de transport d’astronautes et de cargo vers la station spatiale internationale depuis 2020. Son véhicule Crew Dragon a déjà effectué une quarantaine de missions ! Pour sa part, la capsule de Boeing n'a effectué qu’un vol non habité réussi, en mai 2022.

Pour Boeing, la pression est d’autant plus forte que le groupe traverse par une crise de confiance sans précédent du fait de ses déboires dans le domaine des avions commerciaux, son cœur de métier. Suite aux accidents de sécurité survenus sur différents appareils et sa récente mise sous surveillance par la FAA, l'agence de la sécurité aérienne américaine, sa crédibilité technique a été largement entamée. Un échec du Starliner serait un nouveau coup dur pour le constructeur déjà en pleines turbulences.

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