Expert en matériaux, et dans leur combinaison complexe pour créer des objets aussi high-tech que des pneumatiques, Michelin possède, de longue date, un savoir-faire de chimiste. Les 4 et 5 octobre derniers, le groupe de Clermont-Ferrand a ainsi célébré les 60 ans de son site industriel de Bassens, situé à une dizaine de kilomètres de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne, et spécialisé dans la production d'élastomères synthétiques. C'est très exactement le 11 février 1964 que sont sorties des installations de cet ancien site américain, les premières balles d'élastomères, issues d'une réaction de polymérisation entre le styrène et le butadiène. Ce caoutchouc peut représenter jusqu'à 25 % du poids d'un pneumatique qui est le fruit de l'assemblage de quelque 200 matières premières différentes, dont du latex naturel, extrait de l'hévéa aux propriétés irremplaçables.
La production d'élastomères innovants
À ce titre, le site de Bassens, qui s'étend sur 60 hectares et emploie 460 salariés, joue un rôle central pour le groupe Michelin, dans sa capacité à produire plusieurs dizaines de milliers de tonnes d'élastomères par an. En fonction du type de pneumatiques que l'on cherche à fabriquer (pour véhicule de ville, tout-terrain, engin de chantier…), une vingtaine de références différentes d'élastomères alimente les usines de production de pneumatiques de Michelin, principalement en Europe (90 %), mais également aux États-Unis, au Brésil, en Inde, en Chine et en Thaïlande. Bassens fait ainsi partie d'un réseau de trois usines d'élastomères dans le monde, en plus d'une installation aux États-Unis et une en Indonésie. Mais dans ce trio, le site girondin occupe tout de même une place à part. C'est toujours depuis la France que sont développés des procédés de production d'élastomères innovants pour améliorer les performances des pneumatiques, notamment la réduction de la résistance au roulement, la diminution des émissions de particules, ou l'augmentation de leur longévité.
Aujourd'hui, le site confirme qu'il travaille, à moyen et long termes, afin de développer de nouveaux élastomères toujours plus innovants, qui entreront dans la composition des pneumatiques de demain, enjouant, par exemple, sur les longueurs de chaînes de polymères ou sur des greffages de molécules en bout de chaîne. Pour ces mises au point, la R&D reste localisée à Clermont-Ferrand. Mais c'est Bassens qui réalise les prototypes industriels. « Porter l'innovation à grande échelle, c'est ce que l'on fait de mieux chez Michelin », a déclaré Pierre-Louis Dubourdeau, membre du comité exécutif et directeur industriel.

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Célébration sous le signe de l'innovation
Aussi, c'est tout naturellement sous le signe de l'innovation qu'a été placé cet anniversaire de Bassens. En janvier 2024, par exemple, avait été inaugurée une nouvelle unité pilote de fabrication de butadiène bio-sourcé, dans le cadre du programme BioButterfly, mené en partenariat avec IFPEN et Axens. La concrétisation de dix ans de R&D, qui ont nécessité quelque 80 millions d'euros d'investissement. L'idée est de mettre au point un procédé, qui pourra ensuite être commercialisé par Axens, pour le déploiement d'une production de butadiène d'origine végétale à travers le monde, en remplacement du butadiène fossile fourni par des installations pétrochimiques. Une façon de réduire considérablement l'empreinte carbone des élastomères et, par voie de conséquence, des pneumatiques. Ce projet s'inscrit pleinement dans les objectifs de Michelin d'intégrer 100 % de matériaux renouvelables (recyclés et/ou biosourcés) dans ses pneus, à horizon 2050. Outre la dé-fossilisation du butadiène, Michelin s'intéresse à celle du styrène, l'autre composant clé de ses élastomères, qui passera, cette fois, parla voie du recyclage. Aujourd'hui, le groupe développe son propre procédé de dépolymérisation du polystyrène, pouvant recycler notamment des pots de yaourt. Il a notamment pris une prise de participation minoritaire, en 2020, dans une start-up canadienne de recyclage chimique du polystyrène par micro-ondes, Pyrowave, mais continue d'évaluer les procédés concurrents, avant de pouvoir arrêter son choix et de se lancer dans une phase de pilotage du procédé. Bassens pourrait être un site d'accueil pour la mise à l'échelle d'untel procédé, même si aucune décision n'a encore été éprise. Si Bassens travaille à la réduction de l'empreinte carbone des pneumatiques, via les élastomères, il travaille aussi sur l'impact environnemental de ses propres installations. Guillaume Bouquant, directeur du site, a rappelé que, le 4 avril dernier, les zones industrielles de Bassens et d'Ambès avaient remporté l'appel à projet Zibac de France 2030. Initiée par Michelin, ainsi que parle Grand Port maritime de Bordeaux, Bordeaux Métropole, Sarp Industries Aquitaine et Pyrénées (SIAP), EDF et Terega, cette coopération vise à accélérer la transition écologique et énergétique des industries et du territoire. « On est plus forts ensemble », a-t-il commenté. La labellisation en tant que Zibac permettra d'obtenir 50 % de financements pour mener les études permettant d'accélérer le déploiement des stratégies de décarbonation. Michelin ambitionne, par exemple, de sortir définitivement du charbon, alors qu'il utilise encore cette matière première pour la production de chaleur.
L'Homme, au cœur de la performance de Bassens
Cet engagement dans le développement durable fait du site Michelin de Bassens un site attractif, dans un contexte des plus compétitifs. L'usine a connu une vague de recrutements importante sur ces trois dernières années, avec 160 embauches, afin d'accompagner le renouvellement de ses effectifs, les nouveaux projets et le développement de son pôle Ingénierie et Méthodes.
Le site propose également des formations à des profils sans cursus initial, dans le secteur de l'industrie, grâce à des parcours de formation de deux ans. Ces formations sont qualifiées par des partenaires ainsi que les moniteurs et tuteurs Michelin. Le site de Bassens s'appuie sur différentes entités-activités de fabrication, unités de R&D, bureau d'études et d'ingénierie-qui permettent d'accompagner et développer les compétences des équipes, en proposant des parcours de carrière évolutifs. « Notre vraie richesse, c'est notre personnel », a estimé Guillaume Bouquant. Il ajoute que l'usine de Bassens a à cœur d'entretenir un dialogue social constructif et mature dans les relations avec les différents partenaires sociaux, par une culture de la coconstruction, mais également par un partage permanent des projets du site avec l'ensemble de ses salariés.
REPENSER LE PNEU EN VERSION BIOSOURCÉE ET RECYCLÉE
Michelin multiplie les projets innovants dans l'objectif d'intégrer de plus en plus de matières renouvelables ou recyclées dans ses pneumatiques.
Outre ses avancées autour des élastomères styrène-butadiène, le fabricant auvergnat s'intéresse au recyclage chimique du PET, au travers de la technologie de recyclage enzymatique de Carbios. Le PET est utilisé au niveau de la carcasse du pneu. L'idée est d'incorporer, dans le futur, ce composé dans une version recyclée.
Michelin est entré au capital de Carbios à hauteur de 4,5 % et il héberge l'entreprise à Clermont-Ferrand, au sein du site historique. Autre cible, la silice. Depuis 1992, Michelin associe ce composé à son élastomère de synthèse par un agent de liaison chimique. Les mélanges obtenus ont permis l'élaboration de pneus verts présentant une faible résistance au roulement et une bonne adhérence sur sol froid. Traditionnellement issue du sable, la silice existe en abondance dans le sonde riz où elle peut être récupérée par pyrolyse. Michelin travaille, enfin, sur la thématique du recyclage du noir de carbone, en collaboration avec un autre géant du pneu, Bridgestone, pour la mise en place d'une chaîne de valeur plus efficace. Fort de ces innovations, Michelin avait dévoilé, en 2020, un pneu homologué pour la route contenant 45 % de matériaux durables, avec du noir de carbone recyclé, de l'huile de tournesol, des résines biosourcées, de l'acier recyclé et de la silice issue d'écorce de riz.
Cap sur les 100 % de matériaux renouvelables à horizon 2050.



