La suspension du cours de l’action au matin du 12 mars 2024 n’était pas un bon signe. En soirée, Metabolic Explorer (MetEx) a finalement indiqué avoir sollicité le déclenchement d’une procédure de sauvegarde pour l’entreprise auprès du tribunal de commerce, et demande également une procédure de redressement judiciaire pour ses deux filiales industrielles, Metex Nøøvista et Metex Nøøvistago. Moins d’un mois après la publication d’un bilan financier 2023 à nouveau décevant, en raison des prix du sucre – matière première essentielle des productions de MetEx – et du dumping chinois sur la lysine, cette nouvelle étape illustre à quel point le groupe traverse une situation délicate.
L’objectif des deux demandes est de gagner du temps pour trouver des solutions, sachant que «toutes les possibilités sont envisagées», selon un porte-parole du groupe originaire de Clermont-Ferrand. Dans un communiqué, le groupe, dont Bpifrance détient près de 26% du capital, évoque notamment des «négociations avec de potentiels partenaires industriels». Mais la priorité reste de voir si l’Etat, et aussi l’Union européenne, pourraient mettre en place un mécanisme public de fixation des prix du sucre, réclamé depuis des mois par Metabolic Explorer.
Car le sucre est le cœur du problème actuel. MetEx l’utilise massivement pour ses procédés de fermentation industrielle pour fabriquer ses ingrédients de chimie verte qui viennent se substituer à des ingrédients pétro-sourcés sur des segments de nutrition animale, de cosmétiques et de polymères. Sauf que le cours du sucre a presque doublé depuis l’avant-Covid et se maintient depuis à un niveau très élevé. Niveau qui lamine la compétitivité et la rentabilité des productions de MetEx depuis deux ans.
Metabolic Explorer souffre toujours du dumping chinois sur la lysine
En parallèle, le groupe subit le dumping chinois sur la lysine, un acide aminé utilisé notamment en nutrition animale. Dans une interview à nos confrères d’Info Chimie, parue en janvier, Benjamin Gonzalez, fondateur et PDG de MetEx, expliquait qu’en «Chine, la reprise de la production industrielle post-Covid n’a pas été accompagnée d’une reprise de la demande domestique qui est bien plus atone que prévue. Par conséquent les producteurs chinois font des déstockages massifs sur le marché européen à des prix en-dessous des coûts de production». En outre, la crise énergétique en Europe engendrée par la guerre en Ukraine a encore noirci le tableau en termes de compétitivité.

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Le chiffre d'affaires s'effondre pour les commodités de MetEx
De fait, et malgré de grandes mesures mises en place depuis deux ans pour optimiser les coûts fixes, déjà réduits de 20%, pour améliorer l’efficacité énergétique, ou encore pour de l’activité partielle, le groupe de 450 salariés continue de souffrir financièrement. Entre 2022 et 2023, son chiffre d’affaires a chuté, passant de 226,5 millions d’euros à 132,4 millions. MetEx subit surtout un effondrement des ventes de ses produits de commodités, comme la lysine, avec un chiffre d’affaires passé de 138 millions à seulement 35,2 millions d’euros en un an. Alors qu’en parallèle, les ventes de ses produits de spécialité, comme l’acide butyrique ou le PDO utilisés sur des marchés comme les cosmétiques, la détergence ou les arômes et parfums, ont progressé de près de 10% en 2023, atteignant 97,2 millions d’euros.
Deux usines de chimie verte en péril
Evidemment, dans les conditions actuelles, l’inquiétude est de mise pour les opérations industrielles du groupe. Après une vingtaine d’années d’efforts intensifs de R&D et de repositionnements stratégiques, MetEx est devenu un véritable industriel ces quatre dernières années. D’abord avec son usine MetEx Nøøvista construite à Carling (Moselle) et mise en service en 2021. Cette usine de chimie verte d’une cinquantaine de salariés et de 6000 tonnes par an de capacités de production subit de plein fouet les problèmes des coûts énergétiques et des cours du sucre. La seconde filiale industrielle est implantée à Amiens (Somme), avec MetEx Nøøvistago, suite à la reprise de l’usine du japonais Ajinomoto en 2021. L’usine dénombre plus de 320 salariés et détient plus de 100 000 tonnes de capacités de production d’acides aminés pour la nutrition animale, comme la lysine. Elle souffre des mêmes maux que l’usine lorraine ainsi que du dumping chinois.
Or ces deux usines représentent des actifs européens majeurs pour des productions chimiques biosourcées. Celle de Carling est la première en Europe pour la production de PDO et d’acide butyrique biosourcés. Celle d’Amiens est la seule usine européenne d’acides aminés biosourcés pour la nutrition animale. A l’heure des ambitions françaises et européennes en matière d’industrie durable, ce serait très dommage de voir de tels actifs disparaître.



