Dans quelques jours, pénétrer à l’intérieur du futur réservoir d’éthylène de Kem One à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) sera impossible. L’industriel a ouvert le 16 juin les portes d’un chantier d’un montant de 80 millions d’euros qui mobilise, depuis son lancement en décembre 2019, plus d’une vingtaine d’entreprises autour du groupe d’ingénierie espagnol Sener et du constructeur français de réservoirs Tissot. La mise en service est prévue pour décembre 2021.
"Nous investissons dans ce terminal pour diversifier et sécuriser nos sources d’approvisionnement, l’éthylène étant notre matière première pour produire du chlorure de vinyle monomère(CVM) qui sert à la fabrication du PVC. Pour l’instant, il arrive à Fos par pipe depuis les vapocraqueurs de LyondellBasell à Berre et de Naphtachimie à Lavera. Mais le moindre arrêt ou incident sur ces sites nous contraint à ralentir, voire arrêter la production chez nous. Avec ce bac de stockage cryogénique, nous pourrons continuer à tourner" explique le directeur de Kem One Fos et Vauvert, Alain Consonni.
Jean-Christophe Barla Le futur bac de stockage d’éthylène représente 17 000 tonnes de capacité. ©Jean-Christophe Barla
Le réservoir, qui repose sur une dalle de 45,5 mètres de diamètre et 30 mètres de haut, représentera un volume de 30 000 m3 et une capacité de 17 000 tonnes, soit une quinzaine de jours de fonctionnement. L’éthylène sera conservé à - 104°. "Ce projet nécessite 5000m3 de béton pour le seul bac et 2000m3 pour le génie civil des autres ouvrages nécessaires à son exploitation entre l’appontement et nos unités. En moyenne, 120personnes y travaillent, mais actuellement ce sont150. A son achèvement, 400000heures auront été consacrées à sa réalisation" précise le chef de projet du terminal, Patrick Bâcle, en soulignant que l’une des opérations les plus techniques a été le montage du toit du bac par soufflage en octobre 2020.
Jean-Christophe Barla Le toit de 120tonnes du bac a été levé par soufflage d’air avec de puissantes turbines. L’opération était guidée par câbles. ©Jean-Christophe Barla
Les importations se feront depuis l’Ecosse par bateau à la suite d’un accord avec Shell. Des expéditions d’éthylène seront effectuées vers les sites Kem One de fabrication de PVC de Balan et Saint-Fons, dans le Rhône, par l’intermédiaire de barges. Kem One investit d’ailleurs 20 millions d’euros dans l’acquisition auprès du constructeur néerlandais Teamco de deux automoteurs hybrides diesel-électrique afin, là aussi, d’accroître son autonomie logistique et de réduire les impacts environnementaux. Chacun pourra transporter 2 700 tonnes de CVM.
Jean-Christophe Barla Les puits à pompe de 36mètres de long seront bientôt positionnés à la verticale avec une grue à l’intérieur du réservoir par le sommet. ©Jean-Christophe Barla
Les projets s’enchaînent
Quand ce terminal sera achevé, un autre grand chantier se profilera début 2023 avec la conversion de l’électrolyse de l’usine de production de chlore, soude et hydrogène, prévue pour fin 2024. Celle de Kem One à Lavera avait coûté 160 millions d’euros en 2017. A Fos, l’investissement dépassera les 100 millions d’euros avec un soutien dans le cadre du plan France relance de 15 millions d’euros. Le choix technologique d’un procédé à membrane (en remplacement du procédé diaphragme mis en place en 1976) sera différent puisque l’unité fonctionnera à 50 % avec de la saumure, produite à Vauvert (Gard), et à 50 % avec du sel solide de Méditerranée afin de minimiser les consommations d’énergie et de réduire d’environ 50 000 tonnes les émissions de CO2.
Jean-Christophe Barla Dans la future salle des machines en cours d’achèvement. ©Jean-Christophe Barla
"Fos n’avait pas connu d’investissement majeur depuis 1992. Les projets en cours vont contribuer à la pérenniser pour une quarantaine d’années. Mais nous en étudions d’autres autour de l’hydrogène. Entre Fos et Lavera, notre production d’hydrogène décarboné atteint 15000 tonnes. Les pistes de valorisation sont multiples dans l’industrie ou la mobilité à terme" indique le directeur technique, Philippe Engel. L’usine de Fos emploie 340 personnes, celle de Lavera 350 sur un total de près de 1 400 en France pour le groupe.
Jean-Christophe Barla L’intérieur du bac va être préalablement rempli de 22000m3 d’eau pour vérifier son comportement avant de recevoir de l’éthylène. ©Jean-Christophe Barla



