« Nous nous concentrons sur l’hydrogène vert à destination des industries les plus polluantes et les plus difficiles à décarboner », déclare Carina Krastel, du centre européen sur l'hydrogène vert

Les 18 et 19 octobre derniers se tenait à Amsterdam le « business booster », événement annuel organisé par EIT InnoEnergy, société européenne soutenant la création d’entreprise, l’innovation et la formation dans le secteur de l’énergie durable. A cette occasion, Industrie & Technologies a rencontré Carina Krastel, directrice générale du Centre européen d’accélération du développement de l’hydrogène vert, l’une des initiatives d’EIT InnoEnergy lancées pour contribuer à la structuration de la chaîne de valeur de l’énergie en Europe. Quels en sont les objectifs ? Éléments de réponse. 
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Carina Krastel

Industrie & Technologies : En quoi consiste le Centre européen d’accélération du développement de l’hydrogène vert, lancé fin novembre 2020 par EIT InnoEnergy ? 

Carina Krastel : Le Centre européen d’accélération du développement de l’hydrogène vert est l’une des trois initiatives autour de la chaîne de valeur créée par InnoEnergy, avec l’Alliance européenne pour les batteries et l’Alliance européenne de l’industrie solaire photovoltaïque. A la différence des deux autres, nous ne sommes pas une alliance, mais un centre d’accélération. Ce positionnement est intentionnel, et fait suite à nos observations : sur le marché de l’hydrogène, il existe déjà un certain nombre d’alliances et de réseaux. Le besoin se situait plutôt du côté business, d’où notre appellation. 

Quel type d'activités privilégiez-vous ?

Nous nous concentrons sur l’hydrogène vert à destination des industries les plus polluantes et les plus difficiles à atteindre pour la décarbonation. Cela va dans le sens de notre stratégie qui est d’utiliser l’hydrogène uniquement pour les industries où l’électrification n’est pas possible - à savoir l’industrie de l’acier, des fertilisants, le transport maritime ou encore les carburants pour l’aviation. 

Comment intervenez-vous précisément ?

Nous avons deux activités principales. La première activité consiste à investir dans des startups dédiées à l’hydrogène, à des stades précoces de développement. La seconde consiste à créer nos propres sociétés. Pour cela nous avons mis en place une approche innovante : nous incluons l’acheteur du produit fini dans le capital de l’entreprise que nous créons. 

Pouvez-vous donner des exemples de cette inclusion de l'acheteur du produit fini ?

Prenons le cas des fertilisants, produits aujourd’hui à partir de gaz naturel donc très intenses en carbone. Pour répondre à cette problématique, nous avons soutenu la création d’une start-up espagnole, Fertighy, qui a pour objectif de créer des fertilisants bas carbone. Cette entreprise inclut différents investisseurs au nombre desquels on retrouve la coopérative agricole InVivo qui achète et distribue les fertilisants, et… Heineken.

Cela peut sembler surprenant, mais une entreprise comme Heineken cherche aussi à réduire son empreinte carbone, et l’orge utilisé pour brasser la bière nécessite aussi des fertilisants pour pousser. Or les fertilisants représentent une part importante du scope 3, scope qui permet à une entreprise, avec les scopes 1 et 2, de déterminer son bilan carbone. Ils ont donc trouvé cela intéressant de se pencher sur l’amont, et la production de fertilisants bas carbone, pour diminuer leur empreinte carbone.

Suivant le même principe, nous avons créé Gravithy, une société française destinée à produire de l’acier vert. Avec, à son capital notamment, l'équipementier automobile Forvia, qui pourra utiliser directement l’acier ainsi produit et agir sur son bilan carbone. 

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