Ils n’ont pas remporté la victoire attendue mais s’avouent bien loin d’être vaincus. Le groupe ADP et Volocopter rêvaient de faire des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) la vitrine du Volocity, le taxi volant de la jeune entreprise allemande. L’engin devait notamment être déployé en plein Paris depuis une barge installée sur la Seine près de la gare d’Austerlitz. Malgré les déclarations optimistes des deux acteurs ces derniers-mois, misant à défaut d’une exploitation commerciale sur des vols réservés à quelques personnalités triées sur le volet, le pari n’aura in fine pas été relevé. Pas de quoi pour autant émousser leurs ambitions.
D’abord parce qu’il s’en est fallu d’un cheveu, selon les deux coéquipiers. L’impossibilité d’assurer des vols s’explique par des difficultés techniques bien cernées, puisque situées pour l’essentiel au niveau des moteurs de l’eVTOL (pour aéronef électrique à décollage et atterrissage vertical) fournis par une entreprise américaine. Un temps sollicité, le français Safran n'a finalement pas participé au projet. «Les moteurs sont repartis aux Etats-Unis, ils vont être testés par le fournisseur qui va les améliorer et les renvoyer ensuite, fait-on savoir chez Volocopter, société créée en 2011 avec à sa tête l’ex-patron d’Airbus Defence & Space, Dirk Hoke.Cela a donc eu des répercussions sur le calendrier de certification prévu.»
Une certification d'ici début 2025 au plus tard
Volocopter devrait recevoir des moteurs répondant aux critères de certification vers le 15 août. L’entreprise va ensuite entamer de nouveaux tests pendant au moins huit semaines, via des protocoles convenus avec l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) chargée de certifier les aéronefs civils. Toutefois, il va falloir encore attendre plusieurs mois pour décrocher la certification complète du Volocity. «Nous prévoyons beaucoup moins de turbulences pour les mois à venir et espérons obtenir la certification au plus tard au début de l'année prochaine», commente un porte-parole de la start-up. Un sésame qui ouvrira alors la voie à une exploitation commerciale.
Après, on estime au sein du groupe ADP que le champ sera libre, d’autant que le Conseil d’Etat a rejeté fin juillet le référé déposé par la Mairie de Paris visant à interdire la barge parisienne. Et les acteurs privés peuvent aussi compter en France sur le soutien du ministère des Transports et de la région Ile-de-France. D’où l’optimisme persistant des promoteurs du taxi volant, malgré le récent revers. A Paris, le groupe ADP prévoit toujours de faire voler un Volocity d’ici la fin de l’année, si possible à l’horizon de la réouverture de Notre-Dame prévue en décembre 2024, entre des ponts au-dessus de la Seine. La mise en service provisoire de la barge est en effet autorisée jusqu’au 31 décembre de cette année. Si la certification de l'engin n'est pas décrochée à cette échéance, une autorisation temporaire pourra être obtenue.

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Des vols effectués en Ile-de-France
«Ce type d’objectif contribue à mobiliser l’écosystème, relève Edward Arkwright, directeur général exécutif du groupe ADP. L’écart entre les JOP et cet événement est infinitésimal, au regard des délais du secteur aéronautique. Même en l’absence de vol, les JOP nous ont fait gagner entre 18 et 24 mois.» Si l’objectif de crever l’écran au moment des JOP n’a pas été atteint, le groupe ADP se félicite d’avoir su mettre en place dans les temps les cinq vertiports censés lancer l’exploitation de ces eVTOL, basés outre Austerlitz et Saint-Cyr-l’Ecole, aux aéroports Roissy-CDG et du Bourget ainsi qu’à Issy-les-Moulineaux.
En outre, à défaut d’y parvenir à Paris, le Volocity a effectué des vols en Ile-de-France à la fin des JOP : des démonstrations ont d’abord eu lieu jeudi 8 août au niveau de l'aérodrome de Saint-Cyr-l'Ecole (Yvelines). A Saint-Cyr, le vertiport est opérationnel qui comprend toute l’infrastructure nécessaire, avec passage aux frontières, filtrage, contrôle d’identité… «Il constitue un démonstrateur pour nous, argue Edward Arkwright. Et l’on commence d’ailleurs à avoir des marques d’intérêts appuyées à l’étranger.» Le vol a permis de vérifier l’insertion de cet engin dans un aérodrome en fonctionnement normal. Ce qui n'était pas le cas à Pontoise (Val d'Oise) en 2022.
Maxime Letertre/Groupe ADP Le Volocity a effectué un vol jeudi 8 août à Saint-Cyr-l'Ecole (crédits photos: Maxime Letertre/Groupe ADP)
Rebelote le dimanche 11 aout, cette fois depuis le Château de Versailles. Un vol organisé en quelques jours seulement. Ce cours laps de temps a suffi pour qualifier le vol, créer un petit aérodrome devant le Grand Trianon, avec dans la boucle la préfecture, le maire de la ville et le domaine du Château de Versailles. Sans oublier la mobilisation de pompiers aéronautiques et la mise en place d’une station météo. Le tout en lien avec la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC). De quoi prouver la souplesse d’utilisation de l’appareil et la solidité de l’écosystème, selon le groupe ADP.
Des ambitions mondiales
Pour autant, plusieurs élus fustigent ce projet, dont l’origine remonte à 2019 lorsque le groupe ADP en avait dévoilé les premiers contours lors du salon aéronautique du Bourget. Ils pointent du doigt les nuisances sonores des taxis aériens, l’impact environnemental de leur exploitation et les enjeux de sécurité, s’appuyant par ailleurs sur un rapport très critique publié par l’autorité environnementale en septembre 2023. «Face à l’opposition du projet, il nous faut encore démontrer l’intérêt du principal usage envisagé à Paris, à savoir le transport sanitaire», admet Edward Arkwright.
Et le dirigeant d’insister : «Lorsque le VTOL fera la démonstration de son intérêt face aux ambulances, qui peuvent se retrouver dans des bouchons, et aux hélicoptères, bruyants et polluants, alors je parie que les oppositions seront bien moins nombreuses». De nombreux projets similaires ont vu le jour dans le monde, en particulier au Moyen-Orient et en Asie. Au-delà des JOP, Volocopter misent sur des vols à Rome (Italie) à partir de la fin 2024 à l’occasion du Jubilé 2025, ainsi qu’à Osaka (Japon) lors de l’exposition universelle de 2025. Quant au groupe ADP, il suit de très près un certain nombre d'appels d'offres.



