Le gouvernement, représenté par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, et Cédric O, secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, a dévoilé, ce 17 mai, la nouvelle stratégie nationale dans le cloud. Le maitre mot de cette stratégie : cloud de confiance. Un projet en développement depuis deux ans par l’Etat, les filières de cloud et de sécurité, et les entreprises utilisatrices représentées notamment par le Cigref, qui regroupe plus de 150 grandes entreprises et organismes français.
" Pour la première fois, nous prenons en compte les réalités technologiques du marché et les demandes des entreprises et administrations. C’est-ce qui avait manqué dans la stratégie précédente pour réussir ", souligne Bruno Le Maire, en faisant allusion à l’initiative de cloud souverain de 2012 qui s’était soldée par un grand fiasco.
Lever la confusion sur le marché
La nouvelle stratégie repose sur trois piliers. Le premier réside dans la création du label Cloud de Confiance en prolongement du label SecNumCloud délivré par l’Anssi, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information. Une initiative réclamée à cor et à cri notamment par OVHcloud et 3DS Outscale pour lever la confusion sur le marché entre sécurité et souveraineté.
Selon Bruno Le Maire, le label SecNumCloud garantit le plus haut niveau de protection technique des données au monde, notamment contre les cyberattaques qui fleurissent partout à la faveur de l'explosion des usages numériques pendant cette période de pandémie. Le label de Cloud de Confiance le complète par une protection juridique contre les lois extraterritoriales étrangères comme le Cloud Act américain. " Notre plus grand partenaire, les Etats-Unis, a mis en place un système de récupération des données gérées par les fournisseurs américains du cloud, rappelle Bruno Le Maire. Nous voulons assurer une indépendance totale par rapport à des lois extraterritoriales comme le Cloud Act. Les serveurs doivent être localisés en France et les entreprises les opérant doivent être de droit français et contrôlés par des capitaux français. »
Licence des services américains
Pas question toutefois de se passer des services cloud américains, qui restent actuellement les plus avancés. C’est ce qui fait qu’ils sont adoptés par presque toutes les grandes entreprises françaises, d’Airbus à Total, en passant par Air Liquide, Engie, Schneider Electric, Veolia, Sanofi, Thales ou encore SNCF. Mais pour conjuguer protection et valorisation maximales, les acteurs américains sont invités à licencier leurs meilleurs services à des sociétés française, à l’instar de ce que Google a fait avec OVHcloud pour service Anthos de gestion des applications dans le cloud. Ces offres américaines, opérées par des acteurs français, deviennent alors éligibles au label Cloud de Confiance. " Pour les trois offres d’Oodrive, Outscale et OVHcloud, déjà labellisées SecNumCloud, le passage au label Cloud de Confiance est une simple formalité, annonce Cédric O. Pour les autres candidats, ils doivent d’abord construire leurs offres en respect des critères de protection juridique vis à vis des lois extraterritoriales de pays étrangers. "
Pour Bruno Le Maire, le recours aux solutions américaines via des licences ne signifie pas un abandon de l’indépendance. " Nous l’avons fait déjà dans le nucléaire sur la base de licences de technologie américaines, rappelle-t-il. Nous le faisons en 2021 dans les données et le cloud. Les technologies seront opérées par des acteurs français. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à développer des solutions françaises. "
5 projets sélectionnés
C’est le deuxième pilier de la stratégie de l’Etat. Elle vise à soutenir le développement de solutions françaises, innovantes et compétitives. Cinq premiers projets d’un montant total de 107 millions d’euros ont été sélectionnés dans le cadre du plan « France Relance ». Ils couvrent les domaines des plates-formes de travail collaboratives, de l’edge computing, notamment dans le contexte de l’IoT, ainsi que des communications sécurisées.
Les premiers projets devraient débuter dans les prochains mois avec un financement du Plan d'investissement d'avenir tandis que les plus importants d’entre eux seront financés dans le cadre d’un futur Projet Important d’Intérêt Européen Commun (PIEEC) réunissant à ce jour onze Etats membres : la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie, la Hongrie, la Tchéquie, la Pologne et la Lettonie. Avec d’ambition de créer un cloud européen vert dans les domaines de rupture technologique, tels que l’edge computing, et une suite de bureautique collaborative européenne.
Le troisième pilier concerne la stratégie de migration de l’Etat vers cloud. Amélie de Montclain en a annoncé l’accélération sous le nom « Cloud au centre ». " Il faut adapter l’administration au 21e siècle, affirme-t-elle. Le cloud est l’ingrédient essentiel de la transformation numérique. Il faut le faire tout en garantissant la souveraineté. Nous voulons utiliser les meilleures technologies disponibles pour offrir aux agents de l’Etat, au public et aux entreprises des services numériques de pointe et de qualité, dans un souci légitime de protection des données et de respect de la souveraineté. "
Le cloud par défaut pour l'Etat
Tous les nouveaux projets numériques de l’Etat seront orientés par défaut vers le cloud. L’objectif est de rattraper le retard dans les usages du cloud par rapport à d’autres pays comme le Royaume-Uni. Selon Cedric O, cette migration représente un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros. Une belle opportunité pour les offreurs de cloud de confiance et un signal fort de nature à servir d’aiguillon aux entreprises. Rien que le projet visant à doter les agents de l’Etat d’outils modernes de travail collaboratif, il se monte à 200 millions d’euros dans le cadre du plan « France Relance ». Selon la sensibilité des données, les services seront hébergés soit dans le cloud privé de l’Etat soit chez des prestataires extérieurs certifiés Cloud de Confiance. Le troisième cercle du cloud de l'Etat, prévu dans la stratégie précédente annoncée en 2017, disparaît. Les moyens d'hébergement interne de l'Etat seront consolidés autour de deux ministère: celui de l'Intérieur, et celui de la fonction publique.
Concernant les données de santé, hébergées aujourd’hui chez Microsoft, elles devront passer sur une plate-forme de Cloud de Confiance dans un délai maximum d’un an après la disponibilité d'offres labellisées Cloud de Confiance.



