Les thermoformeurs face à la crise énergétique

Les thermoformeurs peuvent être lourdement impactés par l’augmentation des prix de l’électricité. Pour résister, chacun déploie une stratégie qui lui est propre.  

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Technoplast Group thermoformage énergie
Réduire sa consommation énergétique passe par une sensibilisation des collaborateurs aux écogestes et par une optimisation du process dans son ensemble.

Après les résines qui ont subi des hausses de prix à deux chiffres, quasiment tous les mois au cours de l’année 2022, c’est au tour du poste énergétique de se voir affecté par l’inflation ; touchant de plein fouet le bilan et le moral des industriels, et notamment les thermoformeurs. L’Insee prévoit en moyenne un quasi-doublement des factures d’électricité des entreprises en 2023, avec une hausse des prix de 92 % dans l’industrie. « Le prix des matières ayant atteint un plateau, nous aurions pu souffler. Mais il nous faut à présent concentrer nos efforts sur l’énergie

, en misant notamment sur la sobriété. Le prix des résines pourrait à nouveau grimper à partir du mois d’avril nous imposant probablement de composer doublement avec nos clients », résume Christophe Deffrennes, dirigeant de SNT-Thermoformage et coprésident de l’Association Thermoformer. Pour l’heure, tous les industriels n’ont pas subi cette crise énergétique avec la même intensité. Tout dépend de la date d’échéance de leurs contrats d’énergie et des tarifs auxquels ils ont accès. Technoplast Group s’est vu par exemple imposé l’augmentation tarifaire dès fin 2021, le mégawattheure atteignant 100 euros au titre de l’année 2022 lors de son renouvellement, contre 50 euros en 2021. « L’année suivante, les prix qui nous étaient annoncés par les fournisseurs d’énergie approchaient les 600 euros, faisant grimper notre budget électricité à 3 millions d’euros annuels, contre 500 K euros en 2022, 250 K euros en 2021. Nous avons alors décidé de changer de stratégie d’achat », retrace Karine Mer, présidente de Technoplast Group. SNT-Thermoformage n’a pas été autant pénalisé, n’opérant le renouvellement de son contrat d’électricité qu’à partir de janvier 2023. L’entreprise accuse dorénavant des prix trois fois supérieurs à l’an passé. « Nous constatons de fortes disparités entre les industriels qui ont déjà assez lourdement subi les hausses tarifaires et ceux qui vont prochainement les subir. Elles finissent par être préjudiciables pour l’acheteur qui peine à comprendre l’organisation du marché et les réactions de ses membres », souligne Christophe Deffrennes. 

Contrer les hausses tarifaires

Confrontés à une activité énergivore surtout lorsqu’ils transforment de la forte épaisseur, les thermoformeurs sont amenés à étudier de près toutes les possibilités qui s’offrent à eux pour contrer l’envolée tarifaire de l’électricité. Technoplast Group l’a d’abord répercutée sur les contrats de ses clients, voulant se montrer parfaitement transparent. En septembre 2022, la PME prenait la décision de ne plus conclure de contrat d’électricité à prix fixe, préférant s’en référer au prix spot. « Lorsque nous avons expliqué cette stratégie à nos clients, ils se sont montrés au départ très réticents. Ils redoutaient que les tarifs ne soient encore plus inaccessibles, se souvenant que sur l’année 2022, ils avaient pu grimper le temps d’une journée à plus de 1 000 euros. Nous avons pu les rassurer en étant accompagné par un expert et en s’engageant à établir un point trimestriel avec eux et à leur rétrocéder le cas échéant le trop-perçu. Cette manière de travailler en partenariat nous permet de nous adapter mutuellement à cette crise », commente Karine Mer. Les premiers résultats ont été à la hauteur des espérances pour les mois de janvier et février. L’entreprise estime avoir payé son électricité certes plus chère qu’en 2022 (+30 %), mais dans des proportions moindres que si elle avait conclu un contrat à prix fixe avec un fournisseur d’énergie. Elle bénéficie également de l’amortisseur d’électricité lui octroyant une réduction de prix sur sa facture. « Cette inflation nous contraint à anticiper pour les années à venir. A l’heure actuelle, une fenêtre de tir s’ouvre pour l’achet de gaz et d’électricité pour 2024 et 2025. Nous pourrions dès maintenant acquérir notre électricité du premier semestre 2024 avec le prix spot. Pour le gaz, un contrat à prix fixe paraît profitable, le tarif étant descendu à 60 euros pour 2024, en dessous de 50 euros pour 2025 », détaille Karine Mer. Chez SNT-Thermoformage, la politique adoptée pour couvrir les besoins en électricité se veut différente, l’entreprise s’étant engagée en février 2023 au moyen d’un contrat à prix fixe de 57 centimes le kilowattheure, contre 13 centimes avec la mouture précédente. « Le Groupement d’intérêt économique auquel j’appartiens m’a conseillé de ne pas aller vers l’Arenh, justifie Christophe Deffrennes. D’autre part, certains de mes clients m’ont demandé de pouvoir leur confirmer ma stabilité énergétique. Cela devient un argument commercial pour une petite structure comme la mienne d’afficher des tarifs énergiques stables dans ses devis ; d’autant que j’y ai déjà intégré la variabilité des prix matières et qu’elle n’est pas toujours bien acceptée ». La courte durée (1 an) a été privilégiée à la conclusion d’un contrat pluriannuel face à tant de volatilité. Les hausses des prix de l’électricité devraient se poursuivre sur l’année 2023. D’après Christophe Deffrennes, « nous devons nous habituer à des prix de vente de l’électricité plus élevés que par le passé. Ils devraient finir par se stabiliser autour de 30 centimes le kilowattheure ». 

Pour diminuer leur facture énergétique, des industriels misent sur l’autoconsommation en installant une centrale photovoltaïque, améliorant au passage leur empreinte environnementale. SNT-Thermoformage a commandé en ce sens une étude de faisabilité. « C’est un pari sur 10-15 ans, qui va fortement dépendre de l’évolution du coût de l’électricité », considère Christophe Deffrennes. Technoplast Group vient de s’engager avec cinq autres entreprises évoluant dans la même zone industrielle sur le projet « Panneau photovoltaïque et autoconsommation ». Par ce biais, l’entreprise souhaite couvrir ses besoins avec une électricité qui n’est pas issue des énergies fossiles et dont le prix serait fixé librement entre le fournisseur et le consommateur. « La phase d’étude a démontré que nos bâtiments ne supporteraient pas le poids des panneaux solaires. Nous pourrions par contre en installer en ombrière de parking mais cela reste un investissement très conséquent pour une couverture assez faible », explique Karine Mer. En parallèle de toutes ces actions, les thermoformeurs ont tout intérêt à se lancer dans une économie de kilowattheure, en faisant de la sobriété leur ligne de conduite. 

Chaque kilowattheure compte 

« Cela va dans le sens de l‘histoire de s’atteler collectivement à la réduction des émissions de CO2 », rappelle Karine Mer. En règle générale, les consignes de température des ateliers de production ont été rabaissées à 19°, le matériel obsolète et/ou énergivore idéalement remplacé. « Dans l’atelier, j’ai changé le groupe froid et le compresseur, isolé les faux-plafonds, installé des radiateurs connectés pour adapter le chauffage à la présence humaine, mis en place des LED… », illustre Christophe Deffrennes. Réduire sa consommation énergétique passe par une sensibilisation des collaborateurs aux écogestes et par une optimisation du process dans son ensemble. SNT-Thermoformage a ainsi réfléchi à l’étape de démarrage qui occasionne un pic de consommation énergétique. Cela conduisit l’entreprise à mettre en place la semaine de quatre jours, du lundi au jeudi, pour éviter une surconsommation le vendredi. Une façon d’attirer également des collaborateurs avec des conditions de travail améliorées. « Nous pourrions également décaler les horaires de travail pour que le redémarrage ait lieu durant les heures creuses », anticipe Christophe Deffrennes. Technoplast Group essaie également d’opérer les changements d’outillage à des heures plus coûteuses, remettant en question la planification de ses différents ateliers. « C’est une piste de gain potentiel », admet le responsable commercial Pedro Bastidas. La PME mène également des études sur la chauffe directe en regard de la préchauffe et de la chauffe selon les épaisseurs matières pour optimiser et rendre plus vertueux ses process. « Nous travaillons en continue sur les taux de rebus et de recyclabilité afin d’agir sur les causes de non-conformité et les aléas technologiques afin d’impacter à la baisse notre consommation », ajoute Pedro Bastidas. En bref, aucune piste ne doit être omise pour contrer l’inflation, d’autant que certaines peuvent concourir à l’amélioration de l’impact carbone.  

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