Enquête

Les synergies payantes du papetier Norske Skog dans les Vosges

Dans les Vosges, les liens développés par le papetier Norske Skog avec le fabricant d’isolants Pavatex génèrent d’importants investissements à Golbey (Vosges).

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Le groupe norvégien Norske Skog poursuit son partenariat industriel dans cette vallée verte de Lorraine.

Le déclin de son marché principal – la presse – a incité le site vosgien du papetier Norske Skog à optimiser ses ressources en les partageant avec d’autres industriels, en application de l’adage énoncé par ses dirigeants successifs : «S’il ne doit rester qu’un fabricant de papier journal en Europe de l’ouest, ça sera nous !» Cette approche volontariste a permis à cette entité quasi autonome du groupe norvégien de conserver 350 emplois à Golbey, dans l’agglomération d’Épinal, mais surtout d’y attirer en 2013 le fabricant de panneaux isolants en fibres de bois Pavatex, filiale du français Soprema.

D’autres tentatives de constituer une grappe d’entreprises autour du papetier ont été moins fructueuses, à l’instar d’un producteur de ouate de cellulose contraint de baisser le rideau il y a huit ans. Mais la stratégie s’est révélée gagnante, puisque Norske Skog et Soprema viennent de débloquer plus d’un demi-milliard d’euros en vue d’accroître les capacités industrielles et d’organiser la transition énergétique du site. «Nous avons amorti les fluctuations de nos revenus en mutualisant les achats de bois avec Pavatex, en valorisant auprès d’eux notre vapeur résiduelle, en leur fournissant l’électricité, en partageant la station d’épuration, le gardiennage...», détaille Jean-Claude Pierrot, le directeur des achats de Norske Skog Golbey. Cette coopération a permis à Pavatex d’économiser 15% sur le coût de construction de son usine. Bruno Gertsch, le directeur chargé des isolants naturels chez Soprema, est catégorique : «Sans ces mutualisations, le site Pavatex, que nous avons repris en 2016, aurait sans doute délocalisé ses nouveaux investissements en Allemagne, car ce pays représente les trois-quarts de ses débouchés commerciaux.»

Une ligne alimentée avec 100% de papiers récupérés

À l’heure où Norske Skog mobilise 250 millions d’euros dans la conversion de son outil industriel vosgien, cette démarche vertueuse n’est pas remise en question, mais évolue. En effet, la première ligne du papetier, mise en service en 1992, va être reconvertie. Dans moins d’un an, elle fabriquera du papier pour carton ondulé d’emballage (550 000 tonnes par an) à partir de vieux cartons. La deuxième ligne continuera de produire du papier journal (330 000 tonnes par an) mais son process fonctionnera à 100% à partir de papiers récupérés, donc de fibres recyclées. Ces changements ont une conséquence majeure : l’arrêt, début 2023, de la fabrication de pâte à papier à partir de fibres de bois, une pâte vierge qui était mélangée aux fibres recyclées.

Pour autant, Norske Skog continuera d’acheter ce bois dit «industriel», une ressource indispensable à Pavatex. Il s’agit de rondins d’éclaircies provenant des coupes d’entretien des forêts, mais aussi de plaquettes forestières, un broyat issu du bois non exploitable par les scieries. À ces fins, Norske Skog a créé en septembre la société GV Bois. «Il nous a paru opportun de conserver notre savoir-faire en matière d’achats de bois industriel pour le mettre au service d’autres acteurs», explique le directeur des achats de Norske Skog Golbey. Pavatex devrait entrer dans les prochains mois au capital de GV Bois, détenu majoritairement par Norske Skog. «Face à la hausse de la demande en bois-énergie, il est intéressant pour Pavatex de conserver deux canaux d’approvisionnement, une partie en plaquettes de scierie, une autre en rondins d’éclaircie que nous broyons nous-même», complète Bruno Gertsch.

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Ce savoir-faire en matière d’achats devrait aussi profiter à la bioraffinerie de Circa, implantée 150 kilomètres plus au nord, ainsi qu’aux Établissements Gaiffe. Cette scierie vosgienne de 65 salariés, au prix d’un investissement de 50 millions d’euros, souhaite substituer les rondins locaux à ses bois importés de Finlande ou de Suède, pour fabriquer des lames de terrasse et de parquet, des bardages extérieurs...

Des efforts dans la décarbonation

GV Bois aura aussi pour mission d’acheter du bois de recyclage de classe B. Il en faudra 300 000 tonnes par an pour faire fonctionner les chaufferies biomasse du site. Le fonds Pearl Infrastructure Capital, actionnaire de GV Bois, finance à hauteur de 80%, aux côtés de Norske Skog et de Veolia, un investissement de 200 millions d’euros dans une unité de cogénération biomasse. Elle complétera, à sa mise en service en 2024, la chaudière biomasse «historique», pour couvrir les besoins du papetier en vapeur. Cette énergie décarbonée répondra aussi en partie aux besoins de Pavatex. En effet, le fabricant d'isolants biosourcés récupérait jusqu’à présent la vapeur résiduelle issue des procédés de fabrication de pâte vierge de Norske Skog, dont l’arrêt est imminent.

Le renouvellement de la confiance de Soprema dans le modèle décliné à Golbey se traduit dans un plan d’investissement de 110 millions d’euros, qui devrait porter son effectif local de 70 à 150 personnes. Ce plan comprend l’extension Pavatex II, qui fabrique depuis ce printemps des panneaux souples en fibres de bois (30 000 tonnes par an à terme). Il inclut également Pavatex III, dont le chantier a été lancé à quelques centaines de mètres sur l’écoparc de Chavelot, propriété de la communauté d’agglomération d’Épinal. Sa mise en service fin 2023 doublera les capacités de l’usine en panneaux rigides (120 000 tonnes par an au total).

Pavatex a d’ailleurs fait sienne cette culture des synergies industrielles. Ses résidus riches en particules de bois humides sont valorisés dans la chaudière de Norske Skog, tandis que les poussières issues de ses procédés secs rejoignent entre autres le site de fabrication de panneaux de particules Egger à Rambervillers (Vosges). 

Du bois vosgien pour la bioraffinerie Circa

Norske Skog Golbey devrait fournir sa matière première à la bioraffinerie Circa, en cours de construction sur le site de la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle). Le papetier norvégien collabore depuis 2015 avec la start-up. Il l’a notamment accompagnée dans le lancement de son pilote industriel en Australie. Devenu son principal actionnaire en 2021, Norske Skog devrait alimenter via sa filiale GV Bois la première usine de Circa, dont la mise en service est attendue en 2024 en Moselle. À partir de 30 000 tonnes de copeaux de bois par an, les 50 salariés de la bioraffinerie synthétiseront un solvant biosourcé capable de se substituer à ses homologues issus de la pétrochimie en cosmétique, pharmaceutique, chimie fine...

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3712 - Novembre 2022

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