Le site industriel de ZF Bouthéon, situé à Andrézieux-Bouthéon près de Saint-Étienne (Loire), dédié à la production de boîtes de vitesse pour véhicules utilitaires thermiques (poids lourds et autocars), se dirige vers une troisième semaine d’arrêt total. Cela fait suite à un mouvement social initié par l’intersyndicale CGT/CFDT/CFE-CGC. La très grande majorité des 330 salariés de l’équipementier automobile allemand suit cette grève entamée le 24 avril. Ils revendiquent «une prime exceptionnelle de compensation de 10000 euros, bruts désormais (contre nets au début du mouvement) pour chaque employé avant la cession du site à un repreneur» alors que le groupe propose 2000 euros bruts par salarié en contrat à durée indéterminée.
Un droit d’alerte économique déclenché en décembre 2021
L’origine du conflit est liée à l’arrivée en fin de cycle de vie de certains produits, notamment d’une boîte de vitesse d’ici janvier 2024 qui devrait entraîner la perte de près de la moitié du chiffre d’affaires du site ligérien - et la transition du marché vers l’électrique. «Cela ne nous permet pas de maintenir l’usine au sein du groupe ZF», a écrit Peter Laier, membre du directoire, dans une lettre adressé aux grévistes, le 4 mai. L’intersyndicale déplore «une décision politique et stratégique alors que nous avions alerté la direction sur cette fin de vie dès 2016 et qu’elle aurait pu engager des investissements vers de nouveaux produits. Il aura fallu un droit d’alerte économique en décembre 2021 pour que les choses bougent.»
La réponse est tombée en avril 2022 avec l’annonce de la recherche d’un repreneur qui «assure la pérennité des emplois grâce au soutien du groupe ZF qui s’est engagé à assurer des débouchés pendant cette phase de transition et restera le client principal», assure Peter Laier. Il évoque «des revenus annuels pour l’usine de 50 millions d’euros jusqu’à fin 2025» et «des investissements pour plus de 1,5 million d’euros». «Je n’ai jamais vu une telle offre de reprise», prolonge Michel Fétiveau, président de ZF Bouthéon, qui estime que «le groupe a fait beaucoup d’efforts».
Le projet de reprise en danger ?
Outre le fait que «la vente n’est pas actée», les grévistes expliquent qu’ils ont eux aussi «consenti des efforts financiers depuis des années, notamment en acceptant la remonté de royalties depuis 2016 pour la Recherche & développement et le secteur commercial qui ont réduit à néant (leurs) primes d’intéressement». Et quand Peter Laier stipule que «les rémunérations sont aujourd’hui compétitives et supérieures aux grilles prévues par la profession», les salariés rétorquent qu’«elles sont très loin des rémunérations pratiquées en Allemagne où les salariés, eux n’ont pas perdu leurs primes». «Toute poursuite de grève mettrait le succès de la reprise en danger», avertit le courrier de Peter Laier.
Racheté à Renault véhicules industriels (RVI) en 1998, le site d’Andrézieux-Bouthéon s’étend sur quelque 70 hectares au nord de Saint-Étienne et a enregistré un chiffre d’affaires de 112 millions d’euros en 2021.
Deuxième équipementier automobile au niveau mondial avec 165.000 salariés et un chiffre d’affaires de plus de 43 milliards d’euros, le groupe allemand ZF (Zahnradfabrik Friedrichshafen qui signifie «usine de roues dentées» en allemand) serait, selon les salariés ligériens, en négociation avec le groupe belge Punch, candidat à la reprise. Par ailleurs, ZF exploite une autre unité, ZF Pwk Mécacentre (200 salariés), à Saint-Étienne, toujours dans le secteur de la sous-traitance automobile.



