Les ports du Havre, Rouen et Paris ont profité de la congestion d'Anvers et Rotterdam en 2021

Pour son premier exercice marqué par la fusion des trois ports du Havre, de Rouen et de Paris en juin 2021, Haropa Port annonce des résultats en hausse par rapport à 2020 mais en retrait par rapport à 2019. Pour les conteneurs, il bat son record en dépassant la barre des 3 millions de «boîtes», soit un peu mieux qu’en 2018 dans un contexte de congestion de ses deux concurrents, Anvers et Rotterdam. Le renforcement de l’ancrage au Havre du groupe MSC, premier transporteur mondial de conteneurs, est un signal très favorable pour le premier port français de conteneurs.

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Port du Havre
Port 2000, le port à conteneurs du port du Havre dans l'estuaire de la Seine.

Des résultats 2021 « prometteurs ». Pour sa première année d'exercice,  l'établissement Haropa Port, fusion des trois établissements publics portuaires de l’axe Seine - Le Havre, Rouen, Paris (effective depuis le 1er juin 2021), affiche des voyants au vert. 

Le trafic maritime exprimé en tonnages qui recouvre des marchandises très diverses (hydrocarbures, agrégats de construction, céréales et conteneurs contenant toutes sortes de marchandises) affiche une hausse de 12 % à 83,6 millions de tonnes (Mt), sans toutefois retrouver le niveau de 2019 à 90 Mt. Cette progression, qui fait suite au repli de 16,7 % en 2020, est imputable en partie à la hausse de 6 % des vracs liquides (38,9 Mt) du fait notamment de la remise en service de la raffinerie Total de Gonfreville l’Orcher près du Havre stoppée à la suite d’un incendie en décembre 2019.  Mais aussi à la hausse (+ 28 %) du trafic de conteneurs qui permet au Havre de passer pour la première fois la barre des 3 millions d’EVP (équivalents vingt pieds) à 3,10 millions d’EVP, dépassant d’un cheveu son niveau de 2018.

Le Havre, premier port français de conteneurs, gagne 0,2 point de part de marché par rapport à 2019 sur le « range Manche Mer du Nord » (à 6,7 % contre 6,5 %) face à ses concurrents, les mastodontes que sont Rotterdam (15 millions d’EVP) et Anvers (12 millions d’EVP) qui vu son trafic de conteneurs stagner en 2021. L'établissement compte continuer à grignoter des parts de marché en affichant depuis le 1er janvier 2022 des tarifs harmonisés, qu’il s’agisse des droits de ports ou des redevances domaniales.  

MSC serait prêt à positionner au Havre ses navires de « 24.000 boîtes »

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N’allez surtout pas dire à Daniel Havis, le président du conseil de surveillance d’Haropa Port, que la performance havraise s’explique en partie par la congestion de ces derniers, alors que l’on connaît la facilité des chargeurs et des armateurs à déplacer des flux de conteneurs d’un port à un autre ! « Il faut arrêter de penser que nous ne nous développerions qu’à partir des mauvaises performances des autres. Le Havre se développe par l’amélioration de ses prestations !», répond-il, indiquant que Le Havre avait traité en 2021 « 90 extra-call », des escales de navires non programmées. Une source de recettes appréciable pour Haropa Port dont le chiffre d’affaires (non encore consolidé) est estimé à 350 millions d’euros pour son premier exercice post-fusion. L'établissement compte 1800 salariés, dont 1200 au Havre et 400 à Rouen.

Une chose est sûre, le groupe italo-suisse MSC, premier transporteur mondial de conteneurs (ex aequo avec le danois Maersk) et très présent à Anvers, est en train de renforcer son ancrage au Havre. Sa filiale Terminal Investment Limited (TIL) fondée pour développer des terminaux à conteneurs, vient en effet, en toute discrétion, de racheter à Perrigault (groupe familial havrais) les 50 % des deux terminaux à conteneurs de Port 2000 qu'il ne détenait pas encore. «MSC a le projet de positionner au Havre des navires de 24000 EVP » (les plus gros porte-conteneurs du monde) indique Stéphane Raison, le président du directoire et directeur général d’Haropa Port.

Des projets de capture de carbone

Le nouvel établissement « dispose d’une capacité d’investissement d’1,4 milliard d’euros sur la période 2020/2027 » a -t-il aussi annoncé. Après avoir investi 197 millions d’euros en 2021, Haropa Port annonce un budget prévisionnel d’investissement de 256 millions d’euros en 2022. L’enveloppe financera des projets logistiques sur l’ensemble de l’axe Seine, la réalisation des deux derniers postes de traitement de conteneurs (11 et 12) de Port 2000 dans l’estuaire de la Seine et des projets liés à la transition énergétique (16 % du budget). Haropa Port annonce, à ce titre, poursuivre l’électrification des quais et la mise en place de bornes électriques (90 programmées sur l’axe Seine, 13 en service aujourd’hui) et investir dans le projet « carbone capture » dans lequel des industriels de l’axe Seine se sont engagés dans la décarbonation de leurs émissions.

Peu de reports vers le rail ou le fluvial

La multimodalité reste l’un des talons d’Achille de Haropa Ports. 4% des flux de conteneurs empruntent aujourd’hui le mode ferroviaire et 8 % le mode fluvial. «Un effort reste à faire dans le report modal» a admis Stéphane Raison après avoir rappelé que le terminal multimodal (rail, fleuve, route) situé à dix kilomètres en amont des terminaux maritimes n’avait traité que 94.000 EVP en 2021. Le rail devrait être légèrement boosté par la modernisation du tronçon ferroviaire entre Serqueux-Gisors qui, depuis mars 2021 offre un itinéraire alternatif à la ligne historique Le Havre-Rouen-Paris, pour relier le premier port français de conteneurs au premier bassin de consommation, l’Ile de France. SNCF Réseau, le gestionnaire de l’infrastructure, dispose désormais de sillons (créneaux) supplémentaires de transport de fret pour ses clients que sont les entreprises ferroviaires (ECR, Europorte, Fret SNCF, Regiorail…)

Le report modal fluvial reste, quant à lui, handicapé par une absence de liaison directe avec la Seine, source de récriminations des opérateurs depuis la mise en service de Port 2000 en 2006. Pour y pallier, une « chatière » permettant de faire passer les bateaux fluviaux de la Seine aux terminaux à conteneurs situés en mer doit voir le jour. Mais la construction de cette infrastructure de 125 millions d’euros poussée et financée aux deux tiers par la Région Normandie n’a pas commencé. « Le dossier est dans les mains de l’Etat en instruction administrative », a indiqué Stéphane Raison.

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