Comment aspirer à une souveraineté économique de l’Europe, quand la chimie de base se trouve menacée par les coûts excessifs des matières premières et de l’énergie ? C’est une question qu’il va falloir se poser, alors que le numéro un mondial de la chimie a décidé de capituler pour sauver sa compétitivité. « Certains produits vont voir leur part d’importation augmenter dans les cinq à dix ans. Cela ne signifie pas la fin de l’industrie chimique en Europe, mais elle va devoir changer », a déclaré Markus Kamieth, le président de BASF, à l’occasion de la présentation des résultats annuels de son groupe. Pour illustrer son propos, il a évoqué la production d’ammoniac ou le vapocraquage pour accéder aux oléfines légères, qui seront difficilement compétitifs, compte tenu du prix du gaz. D’ailleurs, un vaste programme de restructuration est déjà engagé dans son groupe pour réussir cette transformation et économiser 2,1 milliards d’euros d’ici à 2026. Fin 2024, le chimiste avait déjà atteint le milliard d'euros d’économies, dont 100 millions dans son Verbund de Ludwigshafen, qui est plongé dans une cure d'amaigrissement. Une par une, ses productions sont passées au crible pour analyser leur compétitivité au regard de productions similaires aux États-Unis et en Asie. « Une majorité [d'entre elles] sont compétitives », assure toutefois le dirigeant. Mais il y a aussi des « points d’interrogation » et des productions qui ne sont pas engagées sur le « bon chemin ». Cela se fera, « étape par étape », mais il faudra s’attendre à des fermetures d’unités et à des suppressions d'emplois « significatives ». Et c'est une façon de sauver Ludwigshafen qui continuera de faire l'objet d'investissements, mais dans des chimies à plus forte valeur ajoutée. En témoigne la toute récente annonce de la construction d'une usine de méthanolate de sodium et de méthanolate de potassium.
35 % de chiffre d’affaires écartés
Outre ces restructurations, le visage de BASF va être modifié par l’abandon de deux pans d’activités qui ont représenté près de 35 % du chiffre d’affaires en 2024 : les technologies de surface, incluant la peinture et s’adressant largement au marché de l’automobile en difficulté, et toute sa chimie pour l'agriculture, qui doit être introduite en Bourse d’ici à 2027. Deux branches qui ont pesé sur les résultats du groupe. En année pleine, l’Ebitda avant éléments exceptionnels n’a progressé que de 2,4 % à 7,86 milliards d'euros. Il est tiré vers le bas par les deux activités sur la sellette, en recul de 13 %, lorsque l’Ebitda des core business (chimie, matériaux, solutions industrielles et nutrition & soin) parvient à progresser de 18 %. Dans le même temps, le chiffre d'affaires du groupe a reculé de 5,6 %, à 65,3 milliards d'euros, à cause de « la baisse des prix dans tous les segments ». Dans les technologies de surface, ce recul dépasse les 20 %, tandis qu'il se stabilise à -2,9 % pour les solutions pour l’agriculture.
Une transformation verte à réinterpréter
L’autre fait marquant de l’intervention de Markus Kamieth est sa vision du développement durable. « La transformation verte doit être réinterprétée », a-t-il déclaré. « Nous pourrons nous transformer, si le marché se transforme. Nous devons adapter notre vitesse à l’environnement », a expliqué le dirigeant, qui ne souhaite plus être guidé par la publication d'objectifs trop ambitieux. Aussi, le verdissement du groupe devra se faire, via l’usage de matières premières « vertes » dans des installations existantes, que l’on peut moduler selon les besoins. Une réaffirmation de l’intérêt du concept de mass balance au détriment du développement de nouveaux procédés et d’installations industrielles, plus adaptés à de nouvelles matières premières, mais constituant une prise de risques trop importante. En 2025, les émissions de gaz à effet de serre du groupe devraient se situer entre 16,7 et 17,7 millions de tonnes (17 Mt en 2024), à la faveur d’une augmentation de la production. 2025 sera notamment l’année du démarrage du Verbund de Zhanjiang, en Chine, amené à devenir le troisième plus grand site de BASF, après Ludwigshafen et Anvers. BASF compensera cette augmentation par des mesures ciblées de réduction des émissions, telles que l'augmentation de l'efficacité énergétique et l'optimisation des processus, ainsi que la poursuite de la transition vers l'électricité produite à partir d’énergies renouvelables.



