Les mesures en Chine contre le coronavirus font planer des risques de pénurie de médicaments

La lutte en Chine contre l’épidémie de Covid-19 (coronavirus) fait craindre des failles et des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement de matières premières pour les médicaments, entraînant des risques de pénurie en France ou en Europe. Des analyses ont été lancées pour identifier les risques et anticiper des solutions.

Réservé aux abonnés
Medicament
Produire les médicaments en Europe demeure très dépendant de l'importation de matières premières pharmaceutiques depuis la Chine.

L’inquiétude grandit. Les risques de pénuries de médicaments, en France et en Europe, sont de plus en plus évoqués en raison de l’épidémie de Covid-19, nom désormais attribué au coronavirus apparu en Chine depuis la fin 2019. Les craintes portent essentiellement sur les conséquences des mesures de confinement en Chine et des arrêts d’unités de production.

Les inquiétudes ne portent pas exactement sur les risques d’approvisionnement de médicaments depuis la Chine mais sur celui de matières premières, comme les excipients ou les principes actifs, lesquels sont massivement importés depuis l'Asie pour la production de médicaments en France et en Europe.

Plusieurs sonnettes d’alarme ont déjà été tirées ces derniers jours. L’Académie nationale de pharmacie évoquait le 12 février, dans un communiqué, une "grave menace sur la santé publique en France et en Europe, dans la mesure où 80% des principes actifs pharmaceutiques utilisés en Europe sont fabriqués hors de l’espace économique européen, dont une grande partie en Asie". Le groupe des producteurs européens de chimie fine (European Fine Chemicals Group, EFCG) et son homologue nord-américain BFTF (Bulk Pharmaceuticals Task Force), indiquaient le même jour que "pour plusieurs médicaments génériques, plus de 80% des matières de base sont produites à l’international, rendant vulnérables l’Europe et les Etats-Unis face à tout incident qui pourrait perturber la chaîne d’approvisionnement".

Certaines matières premières importées seulement de Chine

France Chimie, l’organisation représentant l’industrie chimique en France, a aussi dressé, pour l’Usine Nouvelle, un inventaire des possibles menaces actuelles. Le risque le plus identifié est celui sur les "importations de matières premières et de principes actifs originaires de Chine", selon un porte-parole. Lequel ajoute d’ailleurs que "certaines matières premières ne peuvent être importées que de la Chine". Et quand des alternatives existent, elles pourraient entraîner des surcoûts allant de 10 à 20% pour un producteur français, toujours selon France Chimie. A court terme, si il ne semble pas y avoir de risque de ralentissement ou d’arrêts de production sur le sol français, une "prolongation des arrêts d’un ou deux mois en Chine créerait des problèmes de production et de continuité dans la supply chain", prévient toutefois le porte-parole.

Analyses des risques en France et en Europe

"Aujourd’hui nous n’avons pas d’inquiétude mais nous sommes en anticipation", a déclaré Agnès Buzyn, le 13 février. La ministre des Solidarités et de la Santé assure qu’il n’y a "pas de rupture liée à ce qui se passe en Chine". Selon elle, des arrêts de production de matières premières pharmaceutiques en Chine sont habituels avec les congés du nouvel an lunaire et les industriels anticipent chaque année cette situation en constituant des stocks. Toutefois, la ministre a demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) de lancer une "analyse des risques afin d’identifier dès à présent toutes les ruptures possibles d’approvisionnement en médicament". En parallèle, à l’issue d’une conférence extraordinaire entre les ministres de la Santé de l’UE à Bruxelles, le 13 février également, l’Agence européenne du médicament (EMA) a elle aussi été mandatée pour un analyse des risques.

Agnès Buzyn a reconnu la semaine dernière que "l’industrie pharmaceutique mondiale est très dépendante des activités de production de matières premières en Chine" et que "si cette production devait être réduite pendant une longue période, des impacts sur la disponibilité de certains médicaments sont possibles". Les analyses de risque en cours, notamment par l’ANSM, doivent permettre de déterminer "très précisément pour quel médicament il n’y a pas de substitution possible" et s’il existe "d’autres localisations en capacité de produire des matières premières", selon la ministre.

20 ans de délocalisation massive vers l'Asie

Les producteurs de chimie fine et d’ingrédients pharmaceutiques actifs (API) en Europe et aux Etats-Unis soulignent depuis des mois les risques d’exposition à des arrêts d’unités de matières premières en Chine, citant notamment des accidents, de nouvelles régulations environnementales ou des catastrophes naturelles. En décembre 2019, avant même le début de l’épidémie de Covid-19, l’EFCG et le BFTF alertaient sur les risques d’approvisionnement, engendrés par la délocalisation massive vers l’Asie, depuis 20 ans, de capacités de production de matières premières pharmaceutiques, essentiellement en Chine et en Inde. Pour réduire l’exposition de l’Europe à des pénuries, l’ECFG préconise en particulier de lancer rapidement des plans d’investissement pour ramener sur le sol européen des technologies et capacités de production de matières premières pharmaceutiques.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs