Les limites du modèle des fermes verticales

La levée de fonds de la start-up française Jungle le 22 mars dernier a mis la lumière sur les fermes verticales. Ce marché, qui permet de produire au plus près des consommateurs en réduisant l'utilisation d'eau et d'intrants, est toutefois confronté à plusieurs freins. 

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Jungle ferme verticale agriculture
Les fermes verticales de Jungle

Les fermes verticales sont-elles l'avenir de l'agriculture ? La question se pose alors que les levées de fonds se multiplient dans ce secteur. Dernière en date, celle de la start-up française Jungle qui a collecté fin mars plus de 42 millions d'euros pour se développer. L'objectif ? Construire deux nouvelles fermes pour produire jusqu'à 10 millions de végétaux en 2022, essentiellement des herbes aromatiques et des salades.

Un marché en croissance

"Il y a de grandes disparités entre les pays", souligne toutefois Baptiste Bannier, associé responsable du secteur agro-agri au sein du cabinet de conseil PwC France et Maghreb. L'Asie, tirée par la demande du Japon et de Singapour, représente actuellement le plus grand marché pour les fermes verticales. Actuellement, plus de 200 structures seraient déjà implantées au Japon. "La pression sur le foncier joue un rôle important dans le développement de ce type d'agriculture", analyse Baptiste Bannier.

En France, la disponibilité des sols limite les ambitions du marché des fermes verticales. "Leur développement a du sens mais cela restera probablement un marché de niche en France, au regard de nos conditions pédoclimatiques et de la disponibilité du foncier", observe Baptiste Bannier.

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Aux Etats-Unis, le nombre de fermes verticales atteint déjà 2 000 avec de grands noms comme Aero Farm qui a réalisé, en 2019, un chiffre d'affaires de 45 millions de dollars ou Plenty Illimited. Ici, pas de pression du foncier, mais une difficulté d'accès aux ressources naturelles dans certains Etats comme la Californie qui propulsent les fermes verticales. 

Une consommation d'énergie importante

Car l'un des grands attraits de cette forme d'agriculture hors sol est de réguler l'utilisation d'eau. Résultat: les fermes verticales permettent d'en réduire la consommation de plus de 10 fois par rapport à l'agriculture conventionnelle. "L'agriculture verticale est entièrement sous contrôle: le recours à l'eau y est optimisé, celui aux phytosanitaires presque totalement supprimé", précise Baptise Bannier. Le rendement quant à lui est de 30 à 100 fois plus important selon les cultures.

Un point noir demeure, tout de même: celui de la consommation d'énergie. Car pour booster la pousse des plantes, les fermes verticales nécessitent un éclairage intensif et un nombre important de matériels robotique. Des industriels du matériel électrique, à l'image de Samsung qui a lancé une gamme de LED spécialement conçue pour l'horticulture, ont beau s'être penchés sur le sujet, le coût en énergie des fermes verticales reste encore quatre fois supérieur à celui de l'agriculture traditionnelle.

"Les Capex sont également très importants, ce qui implique des cultures à cycle rapide et à forte valeur au mètre carré . Ainsi certaines cultures comme les céréales ou la pomme de terre ne sont pas pertinentes",tempère Baptiste Bannier. D'autant plus que les produits issus de l'agriculture hors-sol ne peuvent pas prétendre au label bio, même s'ils n'utilisent pas de pesticides. 

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